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Parcours d'architecture

D'autres parcours à travers Paris

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Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien

Parcours d'architecture

11e ardt - De la rue Oberkampf à la rue Jean-Pierre Timbaud


De l'ancienne Ville-Neuve d'Angoulême à la rue Jean-Pierre Timbaud

Le 11e arrondissement fut sans conteste l’un des faubourgs les plus denses et les plus industrieux de la capitale au début du XXe siècle. A la faveur d’une main-d’oeuvre abondante et de l’espace disponible à proximité immédiate du centre de Paris, l’industrie s’y développe dès les premières heures de la Révolution Industrielle, affichant une grande diversité d’activités : textile, porcelaine, ébénisterie… tandis qu’une concentration de l’industrie des matériaux, et plus précisément des métaux, se dessine au nord de l’arrondissement. Apanage du quartier de Popincourt, dit “la Popinc’ ”, entre les rues Oberkampf et du Faubourg du Temple, les petits ateliers voués au travail de la fonte et des métaux se multiplient dans les arrière-cours et les passages d’un quartier populaire où s’imbriquent étroitement lieux de travail et lieux de vie.
Bastion des auvergnats “montés” à Paris et reconvertis dans la mécanique et la métallurgie, qui vaudront à l’endroit son nom de “petite Auvergne”, la population des “marchands de ferrailles” se distingue aussi au XIXe siècle par une tradition frondeuse et insurrectionnelle, à laquelle s’ajoute un fort esprit de corporatisme et de syndicalisme chez les ouvriers - particularisme local d’un arrondissement compris dans le périmètre symbolique “Bastille-Nation-République”.
Sous la double poussée de l’urbanisation des faubourgs et de l’industrialisation, et tandis que les grands travaux haussmanniens modèlent le visage de Paris, le quartier de l’ancienne Ville Neuve d’Angoulême - nommé ainsi à la suite du premier projet de lotissement et d’urbanisation de cette zone marécageuse au XVIIIe siècle appartenant alors au comte d’Angoulême - adopte au long du XIXe siècle le visage que nous lui connaissons aujourd’hui.
Cet espace de faubourg compris entre les rues Oberkampf et Jean-Pierre Timbaud, ancienne rue d’Angoulême, intègre dans son paysage le travail et l’industrie, sa composante essentielle. Celle-ci est assimilée et retranscrite dans les formes et les matériaux d’une architecture industrielle typique - alliance de la pierre, de la brique, du bois, et structures métalliques - mais aussi au coeur même du tissu urbain, dans le parcellaire étroit avec cour centrale, inséparable de la fonction artisanale et industrielle.
Baptisée à la mémoire du syndicaliste “section métallurgie”, membre des brigades internationales exécuté en 1941, la rue Jean-Pierre Timbaud et la rue Oberkampf, industriel du début du XIXe, forment un ensemble thématique à l’identité marquée, au centre duquel la maison des Métallos incarne l’apogée artisanale et industrielle du quartier. Ancienne fabrique d’instruments de musique, puis haut lieu du syndicalisme ouvrier, siège de l’Union Fraternelle des Métallurgistes à partir de 1936, elle semble faire symboliquement écho au “répit du travailleur”, sculpture en bronze de Pendariès (1925) du square Jean-Pierre Timbaud.
Témoignage de la capitale industrielle que fut Paris aux XIXe et XXe siècles, ce parcours à travers l’ancien quartier du fer et des métallos présente une grande variété de bâtiments qui sont protégés par le Plan local d’urbanisme : de l’habitat typique des faubourgs aux immeubles de rapport 1900 avec comme dominante les formes industrielles typiques. Marqué par un héritage toponymique, architectural et symbolique très fort, ce quartier aujourd’hui prisé par les étudiants, les nouvelles technologies et les jeunes créateurs, reste imprégné par cet “esprit des lieux”, comme en témoigne par exemple le très à la mode “Café Charbon” de la rue Oberkampf, jadis débit traditionnel de la “petite Auvergne”, ou encore le comité de sauvegarde formé autour de la maison des Métallos.
Chère à ses habitants, cette permanence de l’identité du quartier invite le promeneur à apprécier la richesse d’un “patrimoine industriel” encore vivant.

Puce urbanisme Parcours numéroté et descriptif des bâtiments remarquables 
Plan du parcours architectural, 11ème arrondissement
» Consulter le plan du parcours au format pdf (208 Ko)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer.

Puce urbanisme Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments :
 
Pastille 1140 boulevard Richard Lenoir

Immeuble construit probablement en 1826 en même temps que l'ouverture du canal et attesté en 1841. Il a abrité, à partir de 1867, l'ancienne maison de grossiste Bouly (décors, revêtements de salles de bains et cuisines, articles sanitaires, carrelages etc) dont la publicité sous la forme d'un panneau de céramique aux couleurs vives est apparente au niveau de l'entresol, sur la partie droite.
Le bâtiment est constitué d'un grand corps de logis, double en profondeur et comportant huit niveaux : caves voûtées, rez-de-chaussée et étage en entresol, quatre étages carrés et un cinquième étage sous combles. La façade principale est traitée en arcades pleines jusqu'au premier étage, englobant les fenêtres de l'étage en entresol. La porte principale sous l'arche centrale est flanquée de deux niches rectangulaires ornées de statuettes dans le goût antique. Solidement bâties en pierre et moellons, les trois façades conservent encore les garde-corps d'époque aux dessins différenciés par étage.


pastille 2 124 boulevard Richard Lenoir

Immeuble de rapport de la seconde moitié du XIXe siècle présentant une façade sur le boulevard composée de cinq travées et de trois étages carrés sur rez-de-chaussée. L'étage noble est desservi par un grand balcon filant soutenu par des consoles et présentant un garde-corps orné d'une grille à motif de balustres. Double étage de combles saillant au-dessus des trois travées centrales traité dans un style néo-baroque faisant écho au décor placé au-dessus de la porte piétonne. Corniche à modillons.
Sur la rue de la Folie-Méricourt, bâtiments disposés en U autour d'une cour desservie par un portail. Décor de chaînes.


pastille 3 68 rue de la Folie-Méricourt

68 rue de la Folie MéricourtImmeuble à usage mixte construit en 1884 par l'architecte A.-P. Aldrophe pour une entreprise de maroquinerie. Ses étages d'ateliers, construits selon un plan libre sur des piles métalliques, entourent une cour centrale. La façade sur rue présente un traitement différencié suivant l'usage : de grandes baies de part et d'autre d'une travée centrale encadrée par deux piles ornées pour les trois premiers niveaux d'ateliers, les deux derniers niveaux réservés à l'habitation sont séparés par un bandeau orné en saillie. La grande porte monumentale enchâssée dans la grille de fonte de la façade donne accès à une cour d'une simple ordonnance.


pastille 4 1-9 rue du Marché Popincourt

Ensemble Popincourt de la fondation Rothschild réalisé en 1904 par l'Agence (Nénot, architecte-conseil, Rey et Provensal, chargés des dessins et études). Il forme, avec le groupe Belleville, le premier ensemble achevé par la fondation en 1908 et sa conception est également contemporaine du concours pour la rue de Prague lancé en 1905. Bénéficiant des nouvelles théories hygiénistes et en particulier de celles d'Augustin Rey, il marque une étape de l'histoire du logement social. Il comprend 74 logements de tailles variées (du studio au trois pièces). En raison de sa petite taille ou simplement par prudence on y prévoit peu de services communs.
L'implantation des bâtiments résulte plus directement du concours : elle illustre exactement les théories de Rey et reproduit à peu près la partie centrale de son projet. La construction en brique et pierre est extrêmement soignée. A l'intérieur, les murs des cages d'escalier sont recouverts, jusqu'à mi-hauteur, de carreaux de céramique blanche émaillée (carreaux-métro de Gentil et Bourdet). A l'extérieur la pierre forme le soubassement et les saillies des angles, la brique recouvrant la partie centrale des murs et les façades sur cour.


pastille 577 avenue Parmentier

Immeuble édifié par l'architecte Mourzelas qui remporta le Concours des façades en 1908. Laloux, membre du jury, en loua le caractère harmonieux et “la sobriété des moyens employés pour le traitement de la partie comprise entre le soubassement et l'entablement”. Deux bow-windows, très légèrement cintrés, forment une avancée symétrique à droite et à gauche de la façade et sont couronnés par des frontons majestueux ornés de coquilles. Une importante décoration sculptée agrémente la façade : mascarons et cartouches au rez-de-chaussée et au premier étage, guirlandes de roses sur les consoles, les couronnements des fenêtres et à l'intérieur du vestibule. Cette recherche ornementale est caractéristique des constructions bourgeoises du début du XXe siècle.


pastille 6 90 avenue Parmentier

Immeuble de logement construit en 1909 par l'architecte Xavier Schoellkopf. L'immeuble exploite pleinement sa situation en angle sur un carrefour et offre une interprétation assagie du style Art nouveau.


pastille 7 96-98 rue Oberkampf et 7bis cité de l’Industrie

Maisons caractéristiques de l'ancien faubourg au XIXe siècle. Façade sur rue composée d'un étage sur entresol et rez-de-chaussée. Porte cochère englobant les deux premiers niveaux au no 98 et desservant à l'arrière une ancienne cour d'activités.

pastille 8 109 rue Oberkampf

Café Charbon, ancien commerce de “Vins Charbons Liqueurs”, typique des bistrots auvergnats qui fleurissaient dans l'arrondissement à cette époque.


pastille 9 101-103 rue Oberkampf et 109 rue Saint-Maur

Maisons caractéristiques de l'ancien faubourg au XIXe siècle. Au no 101, façade sur rue composée de trois travées et de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée, surmontée d'un fronton triangulaire. Au no 103, façade sur rue composée de deux étages carrés sur rez-de-chaussée. Plusieurs lucarnes en bâtière.

pastille 10 10 cité d’Angoulême

10 Cité d?AngoulêmeAncienne manufacture construite en 1853 pour les frères Dutertre, peintres décorateurs sur porcelaine. La façade monumentale est surmontée d'un grand pignon sculpté anciennement visible depuis la rue Jean-Pierre Timbaud (ancienne rue d'Angoulême).


 
 

pastille 11 39 rue des Trois Bornes

39 rue des Trois BornesGroupe scolaire en brique construit en 1936 par les architectes René Requet-Barville et Louis Longuet. Il s'agit de l'extension d'une école primaire de garçons ouvrant sur la rue de la Fontaine-au-Roi dont le terrain est mitoyen. L'école maternelle à droite, et l'école de filles à gauche, encadrent la cour de récréation ouvrant sur la rue. Le bâtiment est entièrement traité en briques roses. L'appareillage de briques a été particulièrement soigné avec des joints filants dans les deux directions. La façade principale présente un mouvement incurvé accentué par les stries horizontales des briques. Les classes en encorbellement au-dessus de la loge en arrondi forment un auvent au-dessus de l'entrée. Le modernisme de cette construction a valu à cette école de nombreuses publications qui toutes soulignent la qualité de sa mise en œuvre. A noter qu'un abri anti-aérien avait été aménagé en sous-sol pour les habitants du quartier.

pastille 12 12 rue de la Pierre Levée

Immeuble industriel mixte (boutique et magasins au rez-de-chaussée, ateliers et logements en étage), construit en 1907 par les architectes Blanchard et Tabourier. Façade symétrique, les deux premiers niveaux sont traités en pierre avec deux porches aux frontons décorés. Les étages carrés sont pourvus de grandes baies sur des allèges en briques.
La travée centrale est soulignée par deux piles métalliques et les deux travées extrêmes par une série de balcons. L'utilisation des matériaux (pierre, brique, fer) procure un certain décor à la façade. Sa structure apparente en poutres métalliques est très caractéristique de l'architecture industrielle de l'époque.

Et aussi…

Deux immeubles remarquables récemment inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques :


pastille 13 4 rue de la Pierre Levée

Ancienne faïencerie Loebnitz datant de 1868 (l’ancienne datation de 1880 est désormais reconnue comme erronée, de même que l’attribution à l’architecte Paul Sédille) et comportant un décor de faïences provenant de la porte des Beaux-arts de l’Exposition universelle de 1878. 

pastille 14 94 rue Jean-Pierre Timbaud

“Maison des Métallos” (ancienne fabrique d’instruments de musique “Gautrot-Couesnon”).
Puce urbanisme Principaux repères bibliographiques

Sous la direction de Thomas Le Roux, La maison des métallos et le bas Belleville : Histoire et patrimoine à Paris, éditions Créaphis, 2003
Paul Chemetov, Bernard Marrey, Architectures à Paris 1848-1914, réédition Dunod, 1986
Paul Chemetov, Marie-Jeanne Dumont, Bernard Marrey, Paris-Banlieue 1919-1939 : Architectures domestiques, éditions Dunod, 1989

Mise à jour le : 09 mai 2012
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