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Les Balades du patrimoine

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Temples ou basiliques ?

De Saint Philippe du Roule (8e) à Saint Vincent de Paul (10e)

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Consacrée tout d’abord à la vie économique et à la justice, la basilique civile antique – trois nefs séparées par des alignements de colonnes supportant un toit plat ou voûté, la nef centrale se concluant par un hémicycle – est bien appropriée, de part sa forme, à l’exercice du culte chrétien et sert de modèle aux premières églises paléochrétiennes. La basilica bâtie par Lateranus sous le règne de Néron devient par la volonté de Constantin, l’église Saint-Jean-de-Latran. On construit ou on réutilise ainsi Sainte-Agnès, Saint-Laurent et Saint-Paul hors les murs, Sainte-Marie-Majeure à Rome, Saint-Apollinaire à Ravenne, Saint-Zénon à Vérone, Saint-Ambroise à Milan…

 

Vers 1764, Potain, Trouard et Chalgrin se voient confier la construction de trois églises paroissiales, ce qui ne s’est plus fait depuis la fin du siècle précédent, à Saint-Germain en Laye (le projet ne sera finalement réalisé que sous la Restauration), à Versailles (chapelle Saint-Symphorien) et à Paris (Saint-Philippe-du-Roule). Les architectes vont choisir pour leurs édifices un modèle pourtant tombé en désuétude, mais certainement étudié sur place lors de leurs séjours à Rome : la basilique antique.

 

La fortune des ces oeuvres est immense. Partout en France, où à la suite du Concordat l’Etat s’est engagé auprès du Vatican à doter d’église chaque paroisse, on en voit naître des répliques. C’est ainsi l’opportunité pour l’Empire, le Royaume ou la République de marquer son pouvoir centralisateur en offrant un modèle unique, comme on le fait également tout au long du 19e siècle pour de nombreuses institutions (mairies, palais de justice, théâtres …).

 


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Balades du patrimoine : puce1 Saint-Philippe-du-Roule
(8e) 9, rue de Courcelles

Les dessins de Taraval et les gravures de Sellier nous conservent le témoignage de ce qui fut l’un des chefs-d’œuvre de Jean-François Thérèse Chalgrin.

L’église paroissiale du Roule conçue vers 1764 et terminée en 1784 est d’une grande sobriété. Elle comprend trois nefs délimitées par une élégante colonnade d’ordre ionique supportant un entablement qui reçoit un grand berceau de bois, orné d’un décor simulant des caissons à la romaine, et dépourvu de baies. Les collatéraux sont eux aussi couverts d’un berceau et se terminent par des chapelles percées de fausses tribunes à balustrade. La nef centrale est précédée d’un portique à l’antique, habilement engagé dans la façade. La lumière provient des fenêtres des bas côtés et de deux grandes baies de chœur. Le chœur ne comprend pas de déambulatoire, mais présente un simple cul-de-four orné de niches, des colonnes engagées assurant la continuité du rythme de la nef. Si la sculpture intérieure se cantonne au strict domaine décoratif, elle aurait dû s’exprimer plus librement sous le portique extérieur : le bas-relief de Gois le martyre de Saint Philippe, dont il existait un modèle en plâtre au Musée des monuments français, n’a pas été réalisé faute d’argent. Seul le tympan du fronton a reçu son décor, la Religion par François-Joseph Duret.
Les travaux du 19e siècle vont venir tristement altérer le projet imaginé par Chalgrin. En 1845, Etienne-Hippolyte Godde est chargé de modifications importantes. Il ouvre des baies dans le berceau central, transforme l’abside en un chœur avec déambulatoire, détruisant le mur circulaire, pour construire la chapelle de la Vierge dans l’axe de la nef. Les caissons de la voûte sont masqués par la pathétique descente de croix de Théodore Chassériau. Victor Baltard greffe en 1853, au bas-côté nord, une vaste chapelle des catéchismes. Les beaux vitraux de Hirsch viennent malheureusement plonger la nef dans l’obscurité à la fin du siècle. Au 20e siècle, les boiseries du chœur disposées par Godde sont supprimées.


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Balades du patrimoine : puce2 Notre-Dame-de-Lorette
(9e) 8, rue Choron

Nous allons pouvoir observer ici la pleine maturité du modèle proposé par Chalgrin. En 1823, Hippolyte Lebas remporte le concours pour l’édification d’une église paroissiale dans le quartier des Porcherons alors en pleine expansion. L’ancienne église avait été rasée en 1796 et le culte était célébré dans un local provisoire. Cependant, les fidèles doivent attendre 1836 pour pouvoir enfin entrer dans les lieux.

Le portique extérieur est une copie fidèle du temple d’Auguste à Pola (Pula, Croatie). Le tympan triangulaire est orné d’un remarquable relief sculpté par Charles Leboeuf Nanteuil, tandis que la moulure rampante du fronton est un exemple précoce d’utilisation de la fonte de fer dans le décor architectural.
Lebas modifie le parti spatial de Chalgrin pour adopter des dispositions internes plus proches des modèles antiques de Rome, Sainte-Marie-Majeure ou Saint-Chrysogone : l’édifice présente en réalité cinq nefs, séparées par quatre files de colonnes d’ordre ionique, la voûte est abandonnée au profit d’un plafond plat à caissons, l’élévation intérieure comporte deux niveaux, le vaisseau central se termine par un grand arc percé dans le mur, et les chapelles sont logées latéralement. Le maître autel est surmonté d’un baldaquin dont le dessin est très étroitement lié à celui du portique extérieur.
Mais c’est peut être encore plus avec les grands décors peints intégrés à l’architecture dès les esquisses du concours que Lebas renoue avec les sources paléochrétiennes. Cependant, ici, pas de mosaïques, mais bien des peintures. En pénétrant dans la nef, c’est tout d’abord l’impression d’unité qui frappe. Pourtant, les œuvres réalisées par la trentaine de peintres qui ont participé aux décors constituent un véritable catalogue des courants esthétiques de l’époque. Mais la netteté de l’architecture, la lumière régulière, le majestueux plafond à caissons où l’or abonde, le traitement polychrome des murs et le puissant cadrage des œuvres assurent la cohérence de l’ensemble.
Il faut souligner que dans ces lieux on voit s’exprimer pour la première fois de nouvelles tendances de l’art religieux, notamment le goût «néo-chrétien» archaïsant, se référant aux maîtres du quattrocento italien précédant Raphaël tels que fra Angelico ou Masaccio (chapelle de la Vierge, Victor Orsel ; chapelle des baptêmes, Glorification, Adolphe Roger), et les premières tentatives de recréation du vitrail coloré (l’Assomption de Delorme, verre peint des ateliers de Sèvres).


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Balades du patrimoine : puce3 Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle
(2e) 19, rue Beauregard

L’église du début du 17e siècle était sans doute en bien mauvais état lorsque la Ville la racheta en 1803 à trois paroissiens qui l’avaient acquise en 1797 pour tenter de la préserver de la ruine. Il n’en subsiste plus aujourd’hui que la plaque de marbre noir rappelant qu’Anne d’Autriche posa la première pierre en 1628, et le clocher plus tardif. La reconstruction de cette église paroissiale fut confiée à un architecte de la Ville de Paris, Etienne Hippolyte Godde, que nous avons déjà rencontré à Saint-Philippe-du-Roule. Les travaux, commencés en 1823, seront terminés en 1830. Bâtie également sur un plan basilical, il ne faut pas chercher ici la finesse ou le talent développé par Chalgrin. Il s’agit d’une modeste imitation du modèle, insérée dans un tissu urbain très dense et devant à la mauvaise qualité du sol un choix judicieux de recherche de la légèreté, domaine dans lequel l’architecte est fort habile. Cependant Godde exploite ici un parti mis au point à Boves en Picardie, inspiré du Roule, et qu’il reproduira à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou et à Saint-Denis-du-Saint-Sacrement : il établit ainsi sa propre version du modèle basilical, avec un portique à quatre colonnes sans base largement engagé dans la façade, une nef centrale couverte en berceau terminée par une abside en cul-de-four, des collatéraux voûtés d’arête et une suite de chapelles latérales en bas-côtés comprenant les sacristies et commençant d’un côté par la chapelle des fonts baptismaux et de l’autre par celle de la Pénitence. La chapelle de la Vierge exploite judicieusement la forme irrégulière du terrain, et se développe perpendiculairement au bas côté nord.
Tenant pour un style néo-classique particulièrement dépouillé, Godde emploie volontiers l’ordre dorique grec primitif relevé à Paestum. On doit lui reconnaître la juste proportion donnée à l’élévation sur l’angle dans cette rue qui offrait bien peu de recul, ainsi que l’habile intégration de l’ancien clocher dans la composition.
À Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, il fait appel à Auguste Hesse et Abel de Pujol pour réaliser le grand programme décoratif original qui orne les murs. Ces œuvres monumentales, par leur richesse et leur exubérance, font véritablement partie de l’architecture et créent la surprise qui saisit dès l’entrée, contrastant avec l’austérité de l’apparence extérieure. La sculpture fait ici figure de parent pauvre.


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Balades du patrimoine : puce4 Saint-Vincent-de-Paul
(10e) 5, rue Belzunce

Le modèle basilical est désormais bien établi. Il est largement diffusé en France. Avec l’église Saint-Vincent-de-Paul, Jacques-Ignace Hittorff va en proposer un développement original non pas tant sur le plan architectural que sur les plans urbain et technique. Il va ainsi clore à Paris cette lignée, qui aura prévalue pendant près de cent ans.

La paroisse, issue du Concordat, est fondée en 1804. Une église paroissiale provisoire fut alors construite sur des terrains du prieuré Saint-Lazare, où autrefois Saint Vincent de Paul avait œuvré. Elle servira au culte jusqu’en 1825.
Les premiers travaux sont menés au début des années 1820 par Jean-Baptiste Lepère. En 1831, Hittorff, gendre de Lepère, reprend avec ampleur le projet qu’il modifie notablement. Le chantier sera enfin terminé en 1836.
Se souvenant sans doute de ses années à Rome, il fait précéder l’édifice, situé en position surélevée, d’un grand escalier complexe directement inspiré des degrés de la place d’Espagne, devant la Trinité-des-Monts, dont il évoque d’ailleurs la silhouette avec ses deux tours en façade. Cette citation hors de son contexte donne un aspect urbain un peu étrange à l’ensemble, puisque l’église Saint-Vincent-de-Paul reste bien dégagée alors que la colline du Pincio est quant à elle fort construite.
Hittorff amplifie également les modèles de Chalgrin et de Lebas en superposant deux niveaux de colonnades à l’intérieur, qui accentuent démesurément la monumentalité du parti. Mais son attention se porte encore plus particulièrement sur deux points essentiels, qu’il développera magistralement quelques années plus tard à la gare du Nord toute proche.
Tout d’abord, il couvre la nef centrale d’une charpente de fonte de fer apparente. Il reprend ainsi à son compte les expériences toutes récentes d’Alavoine à Rouen (flèche de la cathédrale en 1824) et se place en précurseur des travaux de Martin à la cathédrale de Chartres (charpente en fer en 1837). Il met au point à cette occasion avec Calla une technique de la fonte de fer très sophistiquée, qui lui permet de faire réaliser des ornements et des décors complexes comme les clôtures du chœur ou la grande porte d’entrée.
La polychromie, thème récurent de toute l’œuvre d’Hittorff, était bien présente ici : en effet la partie des façades abritée par le portique était entièrement revêtue de plaques de lave émaillée qui ont été déposées au bout de quelques années parce qu’elles comportaient quelques nudités jugées choquantes par certains paroissiens. Deux ensembles de panneaux ont été remis en place récemment à l’intérieur, dans les premières chapelles.
Le décor intérieur recèle quelques-uns des plus beaux témoignages de l’art du siècle. Rude y a sculpté le calvaire du maître-autel, qui est sans aucun doute l’un de ses chefs-d’œuvre, tandis que les frères Flandrin y ont donné leur meilleur dans les peintures monumentales qui courent sur tous les murs de la nef. Il faut également remarquer le buffet d’orgue dessiné par Hittorff, qui abrite un instrument fort intéressant de Cavaillé-Coll.


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Saint-Philippe-du-Roule Notre-Dame-de-Lorette Saint-Vincent-de-Paul Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle


Puce cultureTout savoir sur la balade :

En raison des dispositions du Concordat signé en 1801 entre la France et le Saint-Siège qui entérina les saisies révolutionnaires des biens du clergé et transféra aux communes la propriété des églises paroissiales et de leurs succursales, la Ville de Paris est aujourd’hui propriétaire d’une centaine d’édifices religieux dont un grand nombre d’églises de culte catholique.


Le régime concordataire, qui resta en vigueur jusqu’à la loi de séparation des églises et de l’État en 1905, s’est révélé avantageux pour les édifices religieux appartenant à la commune. La mise à la disposition du clergé des œuvres d’art confisquées sous la Révolution et une politique active de commande de décors et de construction de nouveaux édifices ont fait des églises de Paris un ensemble artistique d’une richesse exceptionnelle englobant les principales périodes de l’art français, de l’âge classique à l’époque moderne.


La Direction des Affaires Culturelles de la Ville est aujourd’hui responsable de la conservation de ce patrimoine inestimable. Elle a la charge de son inventaire, de son entretien et de sa mise en valeur ainsi que celle des travaux de restauration nécessaires à la conservation des édifices qui l’abritent.

 

ATTENTION : L’accès à certaines églises peut être limité aux horaires des offices

Ville de Paris / DAC / Août 2008 ; © Ville de Paris – C. Fouin, J.M. Moser, C. Pignol

Mise à jour le : 14 avril 2014
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