«« retour

Partager | Imprimer | A+ | A- | A=

Les Balades du patrimoine

Toutes les balades

Sur les traces du Paris antique

De la rue Saint-Jacques (5ème) à la rue Monge (5ème)

>> Télécharger la balade au format pdf (1,4 Mo)  

» English version 

Nous ne savons pour ainsi dire rien de la Lutèce gauloise, l’oppidum(1) mentionné par César, en particulier sa localisation précise (aucune trace n’en a jamais été trouvée jusqu’à présent dans l’île de la Cité).

 

En revanche nous connaissons mieux la Lutèce romaine fondée sur la Montagne Sainte-Geneviève à la fin du règne d’Auguste (27 av.-14 ap.J.-C.).

 

Soulignons d’abord qu’avec les thermes romains de Cluny et les Arènes de Lutèce de la rue Monge, Paris a su conserver un patrimoine architectural antique exceptionnel. Ces vestiges doivent cependant être perçus comme une partie d’un ensemble cohérent comportant d’autres grands édifices publics maintenant disparus, un forum, rue Soufflot, un théâtre, rue Racine et d’autres établissement thermaux, rue Gay-Lussac et sous le Collège de France.

 

A l’origine de ce premier projet urbain, il y a l’établissement d’un quadrillage, oeuvre des géomètres antiques, peut-être des militaires. Dans cette trame s’inscrira un réseau de rues (cardines(2) et decumani(3)), d’eau et d’égouts permettant à terme l’implantation et le fonctionnement de ces monuments et des îlots d’habitations des Lutétiens.

 

Au IVe siècle, une nouvelle ville – qui va bientôt s’appeler Paris – naît dans l’île de la Cité, sans doute à l’initiative de l’autorité impériale. Rappelons que Julien y est porté à la tête de l’Empire en 361. En réunissant différents îlots, un plateau est constitué et protégé par une enceinte. De nouveaux grands monuments publics y sont édifiés.

 

De cette topographie antique qui a donné à Paris son implantation et son orientation primitive, il ne nous reste que quelques bribes, quelques jalons fantômes souvent insoupçonnés comme le tracé de certaines rues.


Cliquez sur les puces numérotées du plan pour avoir la description

 

Balades du patrimoine : puce1

La rue Saint-Jacques
(5e) Le Cardo maximus*


La rue Saint-Jacques est la rue la plus ancienne de Paris. Son alignement occidental originel constitue le tracé fondateur de la ville romaine. C’est sur le point le plus haut de cet axe qu’a dû être implantée la première station des géomètres romains. Ce point zéro peut être situé relativement précisément devant le n° 174.

C’est à partir de ce premier jalonnement qu’a été tracé le quadrillage urbain primitif dont le module fait 300 pieds romains (le pied romain équivaut à 0,296m) soit 88,80m.

La largeur de la rue ancienne, conservée entre les numéros 176 à 184 et 151 à 171, correspond à celle de la rue antique. Vers le sud, à la hauteur de la rue de l’Abbé-de l’Epée, devant Saint-Jacques-du-Haut-Pas, la rue amorce un biais interprétable comme le raccordement de la rue romaine à un système routier plus ancien. En effet, le cardo maximus(4) est la section urbaine d’une route allant d’Orléans à Senlis et permettant de franchir la Seine. Vers le nord, il se continue donc par la rue de la Cité dans l’île et par la rue Saint-Martin sur la rive droite.


» Revenir au plan

 

 

Balades du patrimoine : puce2

Le forum
(5e) Rue Soufflot


Le forum (178m sur 89) est le symbole de la vie civique urbaine. Il est composé d’une place entourée à l’ouest, au nord et au sud, de portiques à colonnades, reposant dans la partie occidentale sur un cryptoportique(5).

À l’ouest, s’élève le temple (à l’emplacement actuel des numéros 22 à 26 de la rue Soufflot) où est rendu le culte impérial. A l’est, une basilique est dévolue à la gestion des affaires matérielles de la cité. Deux portes, situées au milieu des grands côtés, permettent d’accéder à la place et aux différents corps de bâtiments. Une série de boutiques sans communication avec l’intérieur du forum s’adossent aux murs extérieurs. Ces boutiques donnent sur une galerie-trottoir bordée par un grand caniveau. Une petite section du mur de façade occidentale est conservée dans l’escalier d’accès au parc de stationnement devant le 61, boulevard Saint-Michel. Le forum comportait au sud (au nord de la rue Gay-Lussac) des thermes disposant de latrines publiques, les plus importantes identifiées en Gaule (50 places).


» Revenir au plan

 


Balades du patrimoine : puce3

La place de la Sorbonne
(5e)


La place de la Sorbonne a été le lieu de fouilles de maisons gallo-romaines. Ces vestiges sont emblématiques des habitats découverts ces dernières années à Lutèce. Au début du Haut-Empire, il s’agit de constructions de bois et torchis soigneusement enduits avec des toits de chaume et des sols d’argile damée. A la fin du Ier siècle apr. J.-C., la maçonnerie se développe. Beaucoup de ces maisons en dur bénéficient alors de sols en béton, d’adduction d’eau, d’hypocaustes(6) et de peintures murales, traduisant la prospérité de la population urbaine.


» Revenir au plan

 


La rue des Ecoles, le théâtre de la rue Racine, les thermes du Collège de France
(5e) Le decumanus (3)
La rue des Ecoles, percée haussmannienne, a repris en partie le tracé d’une voie decumane bordée de grands édifices publics. A l’ouest du cardo(2) du boulevard Saint-Michel, à l’angle de la rue Racine, sur l’emplacement actuel de la librairie Joseph Gibert et du Lycée Saint-Louis, un théâtre de type classique gallo-romain de 71m sur 47m a été découvert. A l’est, sur l’emplacement du Collège de France, à l’angle du cardo maximus(4), se trouvaient de vastes thermes monumentaux de 200m sur 86m qui pourraient avoir eu des fonctions thérapeutiques. Au nord de la voie, à l’emplacement actuel des numéros 49 à 53 de la rue des Ecoles et en partie sous cette dernière, se développait toute la façade méridionale des thermes de Cluny.


» Revenir au plan

 


Balades du patrimoine : puce1 Les thermes de Cluny
(5e) Place Paul-Painlevé
Les thermes de Cluny, par leur exceptionnelle conservation (la voûte de son frigidarium(7) culmine à 14m) sont l’un des monuments les plus emblématiques de l’architecture balnéaire gallo-romaine. Leur mode de construction en opus mixtum(8) est caractéristique des monuments publics lutétiens.

Leur édification a été longtemps attribuée aux Nautes Parisii, les bateliers considérés comme des notables lutétiens. On voit maintenant dans cette réalisation le produit de l’évergétisme(9) impérial de la fin du IIe siècle de notre ère. Le plan reprend les canons alors en vogue à Rome. Le décor des consoles du frigidarium est interprété comme représentant des navires marins. C’est un manifeste de l’empire de Rome sur l’Océan. Enfin, l’édifice était orné de deux façades particulièrement monumentales aujourd’hui disparues mais restituables. Au nord, sur le decumanus de la rue des Ecoles, se développait un portique à colonnade encadrant une fontaine. Au sud, la façade sur le decumanus du boulevard Saint-Germain devait comporter également une fontaine mais dotée probablement d’une statue impériale encadrée de portiques. Il faut voir dans cette réalisation somptueuse au pied de la colline l‘avant-scène du décor que constitue alors la ville antique et une expression du culte impérial.

Les Thermes de Cluny dépendent du Musée  du Moyen Âge - Thermes et Hôtel de Cluny


» Revenir au plan

 


Balades du patrimoine : puce6 Le 1er pont de Paris
(5e)

Le Petit Pont est avec le Pont Notre Dame le pont le plus ancien de Paris puisque qu’il correspond au tracé du cardo maximus(4).

Le pont actuel construit au XIXe siècle est implanté exactement à l’emplacement du pont romain. Des vestiges en bois de ce dernier ont été retrouvés dans l’île de la Cité à l’occasion des travaux du RER. Ils ont pu être datés du début de notre ère à partir d’une analyse dendrochronologique(10), qui situe l’abattage des arbres qui les constituent à l’an 4 de notre ère.


» Revenir au plan

 


Balades du patrimoine : puce7 La crypte archéologique du Parvis Notre Dame
(4e) Parvis Notre-Dame


La crypte archéologique a été construite en 1971 pour conserver les vestiges découverts lors des campagnes de fouilles réalisées sur le parvis. Il s’agit pour l’essentiel des aménagements successifs des bords de la Seine antique. Le pavage du parvis actuel représente la topographie ancienne. La rue Neuve- Notre-Dame, qui a été établie en relation avec l’édification de la cathédrale gothique, a contribué à préserver les niveaux archéologiques les plus anciens.

Ainsi, dans la crypte, on peut découvrir un quai de la période de Tibère (14-37 ap. J-C) qui a servi d’assise aux fondations de l’enceinte du IVe siècle. On peut y voir également des petits thermes publics du Bas-Empire qui démontrent que l’usage des bains romains s’est maintenu tardivement.

Devant Notre-Dame est reproduit en petits pavements le plan de la basilique mérovingienne qui a précédé la cathédrale de Maurice de Sully. Ce premier édifice s’est appuyé sur la fortification du IVe siècle.


» Revenir au plan

 


Balades du patrimoine : puce8 Le « Palais » et la basilique du marché aux fleurs
(1er) Île de la Cité

Au IVe siècle, plusieurs grands monuments publics ont été établis dans l’île de la Cité maintenant protégée par son rempart.

Le plus important, à l’origine du Palais mérovingien puis capétien, situé à l’emplacement du Palais de Justice, était sans doute un ensemble militaire dont la limite orientale a été reconnue sous la cour du Mai. Sa porte se situait à l’emplacement de la grille actuelle du Palais puisqu’une voie decumane dont la rue de Lutèce reprend plus ou moins le tracé aboutissait à cet endroit.

Une grande basilique d’au moins 60m de long sur 35m de large, la plus grande reconnue en Gaule pour cette période, a été en partie mise au jour sous le marché aux fleurs lors de la construction de la station de métro Cité. Elle s’alignait sur cette voie decumane et donnait sur le Cardo maximus (rue de la Cité). Ces deux grands édifices étaient fondés en blocs d’architecture remployés provenant de grands mausolées richement ornés et de stèles funéraires.


» Revenir au plan

 


Balades du patrimoine : puce9 Le rempart du IVe siècle
(4e) Rue de la Colombe
En 1898, des travaux d’égout mirent au jour un tronçon de l’enceinte de l’île. Un pavement sur la chaussée et une plaque rappellent cette découverte. Cette enceinte est datée de la première partie du IVe siècle. Cette construction, qui rassemble plusieurs petits îlots, est véritablement à l’origine de l’île telle que nous la connaissons. On peut ainsi remarquer que la fortification a formé un alignement, un fond de parcelles à partir duquel le plateau ainsi formé (10ha) s’élargira pour former l’île actuelle (20ha). La fondation a été établie en gros blocs d’architecture arrachés aux monuments du Haut-Empire, essentiellement des arènes dont on a identifié beaucoup d’éléments. Elle fait en moyenne 4m à la base pour se rétrécir jusqu’aux 2m de largeur avérée de l’élévation. Cette faible épaisseur laisse supposer l’existence d’un hourd, c’est à-dire d’un élargissement en bois au sommet, permettant les diverses manoeuvres pour la défense. L’existence de tours est probable. Les fondations de la porte méridionale, large de 10m, ont été retrouvées sur le cardo maximus (rue de la Cité) devant le parvis Notre Dame.


 » Revenir au plan 

 


Balades du patrimoine : puce10 Les Arènes de Lutèce
(5e) Rue Monge
Exceptionnellement conservé, l’amphithéâtre communément appelé « les Arènes de Lutèce » est accessible au nº 47 de la rue Monge ou par la rue des Arènes et le square Capitan. Construit vers la fin du Ier siècle et abandonné au IVe siècle, le monument fut redécouvert en 1869 lors du percement de la rue Monge. Il fut sauvé de la destruction grâce à l’intervention de Victor Hugo qui, en 1883, demanda sa conservation à la municipalité parisienne. Les Arènes furent restaurées et partiellement reconstruites en 1918. C’est un amphithéâtre à scène, compromis entre l’amphithéâtre complet en forme d’ellipse et le théâtre en demi-cercle. Il pouvait accueillir des combats de gladiateurs (munera), des chasses de bêtes sauvages (venationes) ou des spectacles de théâtre ou de mime. Il se compose d’une scène, d’un ensemble de gradins, la cavea, et d’une arène en ovale. Par ses dimensions importantes (100m sur 130,40m) c’est l’un des plus grands édifices de spectacles de la Gaule, juste après Arles et Nîmes. La situation de l’amphithéâtre, en dehors du centre ville, permettait un accès facile aux habitants des alentours de Lutèce : on estime à 17.000 le nombre de spectateurs qui pouvaient prendre place dans les gradins.


 » Revenir au plan 

 

Parc de la Villette Parc de Belleville Butte du Chapeau rouge
La place de la Sorbonne Le 1er pont de Paris Les Arènes de Lutèce

 

 



Puce cultureGLOSSAIRE :

  

 

1. Oppidum : Terme générique employé par César dans « La Guerre des Gaules » pour parler de places fortes gauloises. Il recouvre sans doute des réalités différentes allant du simple refuge à l’agglomération fortifiée.

2. Cardo, pluriel cardines : Voie ou rue nord-sud prenant place dans le schéma régulier de création d’une ville romaine.

3. Decumanus, pluriel decumani : Voie ou rue est-ouest prenant place dans le schéma régulier de création d’une ville romaine.

4. Cardo maximus : Axe principal d’orientation nord-sud. Par extension, se dit d’une rue fondatrice d’une ville romaine.

5. Cryptoportique : Galerie souterraine associée au forum pouvant servir de déambulatoire à l’abri des éléments ou de lieu de stockage. Elle a aussi une fonction architecturale liturgique permettant de soutenir et de monumentaliser le portique supérieur qui encadre le temple.

6. Hypocauste : Système de chauffage par le sol développé à l’époque romaine dans les thermes et les habitations privées.

7. Frigidarium : Dans le parcours du bain romain, salle non chauffée avec aspersion et bain d’eau froide.

8. Opus mixtum : Type de maçonnerie romaine alternant des lits de petites pierres calcaire et des arases de briques.

9. Evergétisme : Dans l’empire romain, pratique qui consiste pour un puissant et en particulier l’empereur à faire profiter une collectivité de ses richesses sous forme de financement de construction publiques, d’aménagements urbains, de banquets, de spectacles etc.

10. Dendrochronologie : Méthode qui permet de dater la date d’abattage d’un arbre à partir de l’étude des cernes de croissance de son tronc par rapport à une courbe de référence.

 

Ville de Paris / DAC / Août 2009 ; © Ville de Paris – C. Fouin, J.M. Moser, C. Pignol

Maquette du forum : © Laurent Renoux, Musée Carnavalet

Mise à jour le : 13 mai 2014
La carte de Paris - nouvelle fenêtre

La carte de Paris