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Les Balades du patrimoine

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Sur les traces de Claude-Nicolas Ledoux

Du musée Carnavalet (4e) à la Rotonde de la Villette (19e)

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La plus grande partie de la production architecturale parisienne de Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), l’un des plus brillants architectes de l’époque des Lumières, a disparu au cours du 19e siècle. Les rares vestiges des quelques cent chantiers à Paris et en province témoignent aujourd’hui encore de l’inventivité de cet artiste qui le classe parmi les architectes non-conformistes de son époque. Inspiré autant par l’Antiquité grecque et romaine que par la Renaissance italienne et le palladianisme anglais, Ledoux recherche à travers des innovations formelles libérées du dogme académique, un «classicisme éclairé» aux valeurs morales et philosophiques proches du mouvement de l’Encyclopédie.

Issu d’une famille modeste de marchands, le jeune Champenois «monte» à Paris où il reçoit, grâce à une bourse, le solide enseignement du collège de Beauvais à Paris. Puis après cinq années d’apprentissage dans un atelier de gravure, le jeune Ledoux participe au cours gratuit d’architecture de Jacques-François Blondel, grand théoricien du règne de Louis XV, qui forma la plupart des architectes français et étrangers de la seconde moitié du 18e siècle. Après cet enseignement académique, Ledoux apprend le métier chez Louis-François Trouard, acquis à la nouvelle mode «à la grecque».

À l’âge de vingt ans, il réalise sa première oeuvre, le décor du Café Militaire qui le propulse au rang des architectes en vogue.

En 1764, il obtient la fonction d’architecte des Eaux et Forêts de la maîtrise de Sens et multiplie les commandes privées que lui procure la clientèle mondaine de la capitale. À Paris, il réalise plusieurs hôtels aristocratiques : l’hôtel d’Hallwyll (1766-1767), l’hôtel d’Uzès (1768-1769), l’hôtel de Montmorency (1769-1771).

Il réalise également, à la demande d’une clientèle moins attachée aux contraintes sociales de l’hôtel particulier, des pavillons dont la typologie est inspirée de la villa : le pavillon Hocquart, le pavillon de Melle Guimard (1770-1771).

En 1773, Ledoux reçoit la consécration de l’Académie Royale d’Architecture et la même année, il est promu architecte de la Ferme Générale, qui lui vaut le projet de la saline royale d’Arc-et-Senans achevée en 1779. Cette oeuvre est un élément fondamental pour la compréhension du chantier des barrières de l’enceinte des Fermiers Généraux, véritable aboutissement des innovations et conceptions esthétiques et morales de l’architecte qu’il explicite à la fin de sa vie dans L’Architecture considérée sous le rapport de l’art, des moeurs et de la législation (1804).

 

 


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Balades du patrimoine : puce1Musée Carnavalet
(3e) 23, rue de Sévigné


Décor du Café Militaire
Créé en 1762, le Café militaire, réservé aux officiers comme il était d’usage dans toutes les villes de garnison, se trouvait au rez-de-chaussée d’un immeuble bâti en 1761 dans la rue Saint-Honoré et décoré « à la grecque ». Le bâtiment a été détruit en 1855 lors des travaux de la rue de Rivoli menés sous Napoléon III et Haussmann. Les décors ont été remontés au musée Carnavalet.

Bénéficiant des éloges de la presse, Ledoux signe avec succès sa première oeuvre : «Il y a dans cette Capitale un café dont les ornements nobles et nouveaux font beaucoup de bruit. C’est le Café militaire, rue Saint-Honoré. (…) Tout y est riche, grand simple et respire la belle et saine antiquité. M. Ledoux qui a imaginé et fait exécuter cette décoration annonce les plus rares talents…», Elie Fréron, L’année littéraire (1762).

Le décor du Café militaire associe au vocabulaire classique de l’architecture ordonnancée des formes décoratives « parlantes » sur le thème du repos du guerrier. L’espace intérieur du café est composé de douze colonnes à motifs de piques et de lauriers surmontés de casques ailés alternant avec des lambris ornés de trophées d’armes et des miroirs.


Décor du salon de compagnie de l’hôtel d’Uzès
L’hôtel d’Uzès fut construit en 1768 par Ledoux pour François-Emmanuel de Crussol, duc d’Uzès, à l’emplacement de l’ancien hôtel de l’Hôpital sur un vaste terrain situé entre la rue Montmartre et la rue Saint-Fiacre. Il fut démoli en 1870. Le décor du salon de compagnie de l’hôtel d’Uzès atteste la quête d’innovation de Ledoux en matière de décor. Ledoux rompt avec la tradition du lambris d’appui à mi-hauteur, lui préférant le lambris de hauteur qui revêt entièrement les murs. Les sculptures des portes et des panneaux sont réalisées par le Comtois J.B. Boiston d’après des maquettes de Joseph Métivier. Les attributs de la guerre et des arts accrochés à des troncs d’arbres ornent les panneaux des lambris. Sur les vantaux des portes sont symbolisées les parties du monde : l’Europe par un cheval, l’Asie par un éléphant, l’Afrique par un dromadaire et l’Amérique par un alligator. Ce thème inspiré de portes réalisées aux Tuileries sous Louis XIV est une manifestation du «retour au grand goût», de même que les Apollons rayonnants des panneaux inférieurs.


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Balades du patrimoine : puce2Hôtel d’Hallwyll
(3e) 28, rue Michel-Comte

L’hôtel d’Halwyll est le seul témoin subsistant de l’architecture domestique parisienne construite par Ledoux. L’hôtel d’Hallwyll fut considéré dès la fin du 18e siècle par les contemporains comme l’un des hôtels les plus modernes du Marais.

Peu après la réalisation des décors du Café Militaire, Ledoux reçoit la commande en 1766 de Franz-Joseph d’Hallwyll, colonel de la Garde Suisse et son épouse Marie-Thérèse Demidorge pour la transformation de l’hôtel Demidorge, ancien hôtel de Bouligneux. L’architecte tire parti de l’ancien bâtiment sur rue grâce à une composition symétrique et monumentale de la façade traitée en bossages à tables à la manière de la Renaissance italienne et dont l’axe est souligné par un portail à colonnes toscanes que surmonte un tympan orné de Grâces. Derrière ce corps de bâtiments renfermant les communs, une première cour abrite le corps de logis sans ordonnance aux murs lisses et refends à bossages. Ledoux déploie également un véritable talent d’architecte paysager pour la conception du jardin. Estimant que «(…) le jardin étant dominé par des murs très hauts de tous les côtés, toute plantation quelconque eût ôté de la salubrité de cette habitation …», Ledoux conçoit, en guise de jardin, un atrium bordé de galeries à colonnes doriques au fond duquel deux urnes renversées déversant des torrents d’eau –thème préfigurant la saline d’Arc-et-Senans– encadrent une niche qui abrite une Grâce. Un décor en trompe-l’oeil peint sur le mur aveugle du couvent des Carmélites donnant sur la rue Montmorency prolongeait ce morceau d’architecture paysagère et offrait aux appartements «un point de vue agréable», à la manière du courant pittoresque développé en peinture.


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Balades du patrimoine : puce2La barrière de Pantin ou Rotonde de la Villette
(19e) Place de Stalingrad

Fort de son expérience de la saline d’Arc-et-Senans, Ledoux est sollicité à nouveau par la Ferme pour réaliser les bureaux d’octroi de l’enceinte des Fermiers Généraux destinés à percevoir les taxes sur les marchandises qui entraient dans la capitale. Dès l’approbation du projet par Louis XVI, Ledoux esquissait les plans des bureaux d’octroi, qu’il concevait comme des «Propylées», c’est-à-dire des entrées monumentales de la ville. Il entendait également y montrer l’aboutissement de son oeuvre architecturale, à savoir la réinvention «modernisée» de l’antique au service de l’idéal de progrès diffusé par la philosophie des Lumières.
La barrière de Pantin ou Rotonde de la Villette est l’une des quatre barrières de l’enceinte des Fermiers Généraux qui subsistent sur les cinquante réalisées par Ledoux. Symboles de l’Ancien Régime, elles ont été détruites à la Révolution mais également pendant les importants travaux d’aménagement sous le Second Empire.

Le bureau de Pantin fut implanté à l’intersection des routes de Flandres et d’Allemagne. Ledoux prévoyait d’encadrer ces deux routes de part et d’autre de deux guérites servant de piédestal à des statues représentant les provinces du Nord. Malgré son coût exorbitant, le projet fut approuvé en 1786. Une fois les étages de la rotonde achevés en 1787, le couronnement des guérites par des statues fut abandonné et on réalisa plus modestement la sculpture des armes de France sur l’un des frontons de la Rotonde.
Le plan associe des figures simples, le cercle inscrit dans un carré, à la manière de Palladio. Au rez-de-chaussée, chacune des quatre façades est composée « à la grecque » de huit puissants piliers massifs doriques surmontés d’un entablement et d’un fronton triangulaire. Au premier étage, la galerie formée d’arcs en plein cintre à colonnes doriques jumelées n’est pas sans rappeler également l’architecture romane. Le caractère épuré des formes, le fort contraste entre les volumes mais également l’inspiration très libre des modèles classiques valut de violentes critiques à l’architecture des bureaux d’octroi : «L’architecture de ces barrières est carrée, angulaire : elle a dans son style quelque chose d’âpre et de menaçant.», Sébastien Mercier, Tableau de Paris (1786).


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Décor du Café Militaire Décor du salon de compagnie de l?hôtel d?Uzès Hôtel d?Hallwyll
Rotonde de la Villette
Décor du Café Militaire, musée Carnavalet
Décor du salon de compagnie de l'hôtel d'Uzès, musée Carnavalet
Hôtel d'Hallwyll
Rotonde de la Villette

 

Ville de Paris / DAC / Août 2008 ; © Ville de Paris – C. Fouin, J.M. Moser, C. Pignol

Mise à jour le : 14 avril 2014
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