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Les Balades du patrimoine

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Les églises du Second Empire

De Saint-Eugène (9e) à Saint Augustin (8e)

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Plus de la moitié des quarante trois églises construites à Paris au 19e siècle ont été achevées, érigées ou mises en oeuvre sous le Second Empire. Cet essor s’explique d’abord par l’accroissement de la population parisienne (multipliée par deux entre 1800 et 1850) rendant nécessaire la création de nouveaux lieux de culte.

 

 

Les rapports étroits entre le régime impérial et l’archevêché de Paris contribuent à imposer, à travers cette vague de construction, l’image d’un catholicisme triomphant en harmonie avec les pouvoirs politiques. Les églises ponctuent ainsi le tissu urbain remodelé par Haussmann en donnant l’image d’une religion forte et en pleine expansion, en décalage avec la déchristianisation de la population parisienne.

 

 

Conformément au goût éclectique qui caractérise cette époque, le style architectural et les décors puisent leur inspiration dans le passé. Tandis que dans les quartiers populaires de l’Est parisien, le style néo-roman est privilégié pour sa sobriété et son faible coût de revient, les quartiers de l’Ouest de la capitale se voient dotés d’opulents édifices mélangeant les sources médiévales, renaissantes et byzantines.

 

 

Pour répondre avec efficacité et économie aux programmes qui leur sont soumis, les architectes, s’ils s’inspirent de modèles du passé, n’en ont pas moins recours à des techniques modernes. Ainsi voit-on se développer l’usage du métal, ce qui ne manque pas de provoquer des débats passionnés, ce matériau étant jusqu’alors réservé aux édifices civils.

 


Cliquez sur les puces numérotées du plan pour avoir la description


 

 

Balades du patrimoine : puce1Saint-Eugène-Sainte-Cécile
(9e) 4, rue du Conservatoire
Architecte : Louis-Auguste Boileau (1812-1896)


L’apparence extérieure modeste de l’église Saint-Eugène ne laisse pas soupçonner l’importance de cet édifice pour l’histoire de l’architecture. Il s’agit en effet du premier monument religieux entièrement construit en métal.
La paroisse de Saint-Eugène est créée en 1854 dans le quartier populaire du Faubourg Poissonnière dont la population ne cesse alors de s’accroître. Elle est confiée à l’abbé Coquand qui finance la construction d’une église sur un terrain exigu dont il est le propriétaire. Il définit un programme original précisant que l’église devrait être conforme au style du 13e siècle mais bâtie en fonte de fer, laquelle permet de livrer le plus d’espace possible avec le maximum d’économie.
Le style gothique choisi par Coquand apparaît, dès l’époque romantique, comme le plus approprié à l’architecture religieuse, le Moyen Âge étant alors une période idéalisée de l’histoire du christianisme.

Le choix des matériaux est d’abord commandé par la modestie des moyens disponibles. L’emploi de la fonte et du fer permet en effet une diminution des coûts de fabrication tout en augmentant le volume utilisable avec la disparition du contrebutement.
L’église est réalisée en moins de deux ans (1854-1855) pour un prix de revient très faible par Louis-Auguste Boileau. Menuisier de formation et architecte autodidacte, Boileau est l’auteur en 1850 d’un projet de cathédrale synthétique. Il doit faire face à de nombreuses critiques une fois l’église Saint-Eugène achevée, lesquelles ont pour source principale la répugnance latente à l’égard du métal dans les constructions religieuses. En effet, le fer est un matériau considéré comme profane habituellement réservé aux ingénieurs pour les constructions industrielles. Viollet-le-Duc accuse ainsi Boileau d’avoir réalisé une oeuvre de mécanicien et non d’architecte. Il critique également les formes gothiques qui lui apparaissent comme un pastiche de mauvais goût, d’autant plus qu’elles sont en décalage avec leur matériau constitutif.
L’intérieur de l’édifice contraste avec la modestie de l’extérieur : les jeux de lumière à travers les vitraux répondent à la richesse des couleurs des voûtes, colonnes et parois peintes. Les motifs ornementaux des arcs, tribunes, et grilles en fontes se poursuivent avec subtilité dans les parties sculptées des oeuvres en menuiserie. L’ensemble des verrières, dues notamment à Lusson et Gsell, est tout à fait exceptionnel et témoigne de la vitalité de l’art du vitrail à cette époque. Le chemin de croix qui occupe le registre inférieur est le seul exemple connu réalisé entièrement dans cette technique.

 

 

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Balades du patrimoine : puce2La Trinité
(9e) 3, rue Trinité
Architecte : Théodore Ballu (1817-1885)


L’église de la Trinité a été édifiée à la même époque et dans le même esprit que celle de Saint-Augustin (voir notice suivante), les deux paroisses ayant toutes deux été créées en septembre 1851. Le chantier, qui s’étend de 1861 à 1867, est confié à Théodore Ballu.
L’église, conçue comme le centre d’un ensemble urbain, est étroitement liée au quartier bourgeois de la Chaussée d’Antin qui l’environne, alors en pleine mutation haussmannienne. Son clocher se dresse au bout de l’étroite rue de la Chaussée d’Antin qui s’élargit en une place formant carrefour. Le petit square, dessiné par Alphand, et les rampes qui montent latéralement composent un élégant décor complété par les deux immeubles encadrant le monument, eux-mêmes dessinés par Ballu.
L’architecte compte parmi ses réalisations précédentes la basilique Sainte-Clotilde (1846-1857), de style gothique. Il travaille en même temps que la Trinité à la construction de Saint-Ambroise, imitation rigoureuse des formes romanes. La Trinité n’a pour sa part rien d’un pastiche d’une église ancienne : Ballu mélange avec invention les sources du passé dont il est familier pour mieux répondre au programme somptueux qui est le sien.
La façade, d’une grande richesse décorative avec ses niches, ses frontons et ses pilastres, s’inspire de la Renaissance italienne et du style gothique. Elle est surmontée d'un clocher de 65 mètres de hauteur en forme de beffroi. La symbolique du chiffre trois – celui de la Trinité - conditionne le décor de la partie basse : le porche à trois arcades est précédé de trois fontaines à triples vasques ornées de statues des vertus théologales, la Foi, la Charité et l'Espérance. Les quatre vertus cardinales - la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance – sont représentées en haut de la façade tandis que les quatre statues en pierre au pied du campanile, représentent les évangélistes.
Quoique le métal ne soit nulle part apparent, Ballu recourt à la fonte et au fer dans sa construction. Cela lui permet de minimiser le nombre de piliers et de dessiner une voûte de large portée engendrant des dimensions intérieures impressionnantes : 90 mètres de longueur pour 34 mètres de largeur et 30 mètres de hauteur.
L’édifice, inscrit dans un plan rectangulaire, se compose d’une vaste nef sans transept bordée de collatéraux étroits donnant accès aux chapelles latérales. L’ensemble, rythmé par une alternance de piliers et de colonnes, ouvre sur un choeur surélevé flanqué de tribunes encadrant le maître-autel créé par Poussielgue. À l’arrière du sanctuaire, la chapelle dédiée à la Vierge clôt le volume par un mur à pans coupés.
Le décor intérieur joue sur la gradation des intensités de couleurs et l’éclat des dorures pour accompagner les effets de l’architecture.

Les peintures des arcs de la nef (sujets figurés sur un fond d’or), commandées à Félix Barrias et Félix Jobbé-Duval, offrent une parfaite unité de style. Le décor des chapelles latérales exécuté une dizaine d’années plus tard par des artistes de renom (Delaunay, Lecomte du Nouy…) est en revanche plus hétérogène.

Différentes tendances de la sculpture du Second Empire peuvent être observées : au style sévère qui domine la majorité des figures d’Apôtres présentes sur les piliers de la nef répond l’art souple et raffiné des Anges de Gumery (revers du mur d’entrée, au dessus des bénitiers) et de la Vierge à l’enfant de Paul Dubois (chapelle de la Vierge).

 

 

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Balades du patrimoine : puce3Saint-Augustin
(8e) 3, avenue César Caire
Architecte : Victor Baltard (1805-1874)


La paroisse de Saint-Augustin est créée en 1851, en même temps que celle de la Trinité. Le quartier, où règne une certaine misère au début du siècle, connaît une profonde mutation sous le Second Empire avec le développement de la gare Saint-Lazare et le percement par Haussmann de grandes artères bordées par des immeubles cossus.
La construction de l’église (1860-1871), confiée à Victor Baltard, est l’une des plus coûteuses du Second Empire.
L’emplacement choisi est une parcelle étroite et irrégulière formée par l’intersection de plusieurs avenues. Ces contraintes de configuration ont été habilement surmontées par l’architecte qui parvient, en exploitant les possibilités techniques modernes, à donner ampleur et unité à son édifice. L’utilisation du métal pour la structure permet en effet d’éviter l’usage de contreforts extérieurs et d’élever un dôme majestueux et monumental à plus de 60 mètres de hauteur assurant à l’édifice une grande visibilité. Celle-ci est d’autant plus nécessaire que l’église apparaît comme le phare de l’un des quartiers résidentiels les plus somptueux de la capitale.
L’opulence de Saint-Augustin s’exprime à travers un style éclectique. L’imposante coupole évoque les grands modèles de la Renaissance italienne (Saint-Pierre de Rome, Sainte-Marie des Fleurs à Florence), le reste de l’édifice conjuguant les éléments d’influence romane, byzantine ou gothique. Par la multiplication des références stylistiques et le mélange habile de ces différentes sources, l’église se distingue du lot des constructions néo-romanes et néo-gothiques et affirme ainsi sa somptuosité aristocratique.
Le caractère éclectique de Saint-Augustin est également perceptible dans la juxtaposition des matériaux : si l’ossature métallique est dissimulée par une enveloppe de pierre, l’ornementation intérieure exploite les possibilités décoratives de la fonte (arcs doubleaux ajourés, figures d’anges et agrafes au sommet des colonnes).
La richesse du décor se perçoit tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’édifice. Les parties sculptées se déploient sur la façade principale, au niveau des tribunes et au-dessus des fenêtres hautes, tandis que la couleur se concentre dans les autels ornés de mosaïques de Lyon et les parties hautes de l’édifice.

Le programme iconographique associe les vies du Christ, de la Vierge, de saint Jean-Baptiste, aux prophètes, évangélistes et Pères de l’Eglise ainsi qu’aux saints liés à l’histoire de Paris. Il se développe en strates grâce aux nombreux vitraux, sculptures et peintures commandés à une kyrielle d’artistes parmi lesquels Bouguereau, Signol et Bézard alors au faîte de leur gloire.

 

 

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Saint-Eugène La Trinité Saint-Augustin Saint-Eugène vitrail
Saint-Eugène La Trinité Saint-Augustin Saint-Eugène vitrail

 

 

 

Puce cultureTout savoir sur la balade :


Le régime concordataire, qui resta en vigueur jusqu’à la loi de séparation des églises et de l’Etat en 1905, s’est révélé avantageux pour les édifices religieux appartenant à la commune. La mise à la disposition du clergé des oeuvres d’art confisquées sous la Révolution et une politique active de commande de décors et de construction de nouveaux édifices ont fait des églises de Paris un ensemble artistique d’une richesse exceptionnelle englobant les principales périodes de l’art français, de l’âge classique à l’époque moderne.


La Direction des Affaires Culturelles de la Ville est aujourd’hui responsable de la conservation de ce patrimoine inestimable.
Elle a la charge de son inventaire, de son entretien et de sa mise en valeur ainsi que celle des travaux de restauration nécessaires à la conservation des édifices qui l’abritent.

 

 

 

 ATTENTION : L’accès à certaines églises peut être limité aux horaires des offices

Ville de Paris / DAC / Août 2008 ; © Ville de Paris – C. Fouin, J.M. Moser, C. Pignol

Mise à jour le : 18 décembre 2014
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