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Les Balades du patrimoine

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Les clochers à Paris

Du signe à l’objet urbain

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Les clochers étaient si nombreux autrefois que bien des villes se disputaient le titre de «ville aux cent clochers». Les sonneries ou les carillons rythmaient la vie spirituelle et civile tandis que les tours, supportant les beffrois de charpente où étaient logées les cloches, constituaient un élément familier du décor des villes. Héritée de la tradition médiévale, la situation même des églises et des chapelles, enserrées dans le tissu urbain, ne permettait guère de les contempler qu’en raccourci : ce n’est qu’à partir du «grand siècle» que, s’inspirant des modèles italiens, on commence en France à bâtir des places dégageant les édifices. Vers 1780, le plan dit «des artistes» proposait une réorganisation de Paris en développant de grandes compositions autour des monuments. Saint-Sulpice, bien qu’inachevée, reste un jalon marquant de cette évolution à Paris. Plus radical, le 19e siècle, mu dans ses premières années par la dynamique révolutionnaire, affichera par la suite de grandes ambitions urbanistiques et démolira largement les vieux quartiers pour mettre en valeur les édifices publics. Après le Concordat, la normalisation des relations avec le Vatican permettra la relance des constructions dédiées au culte, conçues cette fois selon les canons de l’urbanisme classique : l’église devient alors une composante majeure de la structure de la ville, et sa tour un élément notoire de la composition des espaces urbains. Peu à peu, cette dimension l’emporte sur la valeur symbolique primitive du clocher. Les architectes de la fin du 20e siècle reposeront la question du sens des formes, en y apportant de nouvelles réponses.

 

 

 

 

 


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Balades du patrimoine : puce1 Bonne Nouvelle
(2e) 25, rue de la Lune

Le clocher de l’église de Bonne Nouvelle est le seul vestige architectural de l’ancien édifice commencé en 1624. En effet, l’état de vétusté de ce bâtiment était tel dès 1793 qu’il fallut se résoudre à le démolir. Cependant, les paroissiens obtinrent que la tour fût conservée et intégrée au projet de l’architecte Godde. L’administration de la Restauration ne vit aucun inconvénient à ce que ce témoignage de l’Ancien Régime fût préservé, et leur donna satisfaction.

Le quartier de la Villeneuve aux gravois, paroisse de Bonne Nouvelle, est bâti sur une butte artificielle, arasée vers 1623, selon un plan en damier à la manière des villes nouvelles d’alors, sur une trame serrée desservie par des rues étroites. Aussi le clocher est-il peu visible dans sa totalité, ce qui accentue son élévation en attirant le regard vers le ciel. En revanche, son impact sur l’espace urbain est limité : tout au plus, sa verticale marque faiblement l’intersection de deux rues, sans les hiérarchiser.


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Balades du patrimoine : puce2 Saint-Leu - Saint-Gilles
(1er) 92, rue Saint-Denis

 

Des nombreux clochers qui ponctuaient régulièrement autrefois cette voie royale, il ne reste que celui-ci. Disparus Sainte-Opportune, les Saints-Innocents, le Saint-Sépulcre, l’abbaye Saint-Magloire, les chapelles de l’hôpital Saint-Jacques, des Enfants Bleus, des Filles-Dieu, la chapelle Saint-Joseph, Saint-Sauveur. Encore l’église Saint-Leu - Saint-Gilles a-t-elle subi de très importantes modifications qui la rendent presque méconnaissable. Pour en rester à sa façade, notons qu’elle ne comportait qu’une seule tour, d’abord au nord, puis au sud à partir de 1727. La deuxième a été élevée en 1849, satisfaisant ainsi à l’exigence de la symétrie chère au coeur des architectes de ce temps. C’était en réalité ignorer la situation urbaine de l’édifice, qui ne permet d’appréhender son élévation que de côté, ce qui rend tout à fait hors de propos une telle composition, par ailleurs très inspirée de celle de la Madeleine de Nonancourt (Eure). Pourtant, nous pouvons avoir ainsi une idée de ces églises fondues dans le paysage, qui se démarquaient peu des autres constructions de la rue, ni par leur échelle, ni par leur décor.


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Balades du patrimoine : puce3 Tour Saint-Jacques
(4e) Square de la Tour Saint-Jacques

Le clocher qui subsiste aujourd’hui est le seul vestige de l’église Saint-Jacques de la Boucherie, fondée au 12e siècle, curieusement rebâtie en style gothique flamboyant de 1508 à 1522, au coeur de la Renaissance, par Jehan de Felin. On peut d’ailleurs avoir une bonne idée de l’ensemble en observant Saint-Aspais de Melun, construite par le même architecte au même moment, et qui présente les mêmes traits de style. Mais à Paris les donateurs sont généreux - notamment la corporation des bouchers - et les tailleurs de pierre y sculptent une ornementation particulièment riche. Seule la base de la tour, prise dans la maçonnerie des bas-côtés et des maisons voisines, reste brute de taille. La démolition de l’église, en 1797, fait place en 1824 à un marché couvert. En 1853-1855, à l’occasion de l’ouverture dans cette zone de la rue de Rivoli, Ballu restaure lourdement la tour et le square actuel est créé, marquant l’intersection avec le boulevard de Sébastopol. Les maisons accolées à l’édifice sont démolies. Ainsi, l’ancien clocher est devenu un élément de décor urbain, préservé grâce aux noms qui lui sont attachés à plus ou moins juste titre (Nicolas Flamel), par l’usage scientifique qui en a été fait (Pascal et l’expérience du baromètre, Arago), et par son élévation remarquable (58m).


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 Notre-Dame de Paris
(4e) 6, place du Parvis de Notre-Dame

De l’histoire de la cathédrale, complexe mais bien connue, nous ne retiendrons que les aménagements successifs du parvis. La différence de niveaux et les marques au sol de la place nous permettent de visualiser l’emplacement des rues et des bâtiments jusqu’aux interventions radicales du préfet Haussmann, vers 1860. Le parvis médiéval était six fois plus petit qu’aujourd’hui, celui du 18e siècle quatre fois. Cette place, à l’origine ceinte d’un mur, avait de nombreuses fonctions liées au culte, mais était aussi le lieu où la justice était rendue publique. Ainsi les condamnés y faisaient amende honorable, et le Grand Maître de l’ordre des Templiers y entendit sa sentence. Le projet urbanistique du Second Empire a gommé toutes traces de ces usages, et transformé en un grand forum cet espace, Notre-Dame n’en devenant qu’une des façades. Les deux tours, qui apparaissent d’une formidable puissance et d’une hauteur sans limite sur les vues anciennes, se réduisent désormais à leur superbe aspect sculptural.


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 Abbaye Saint-Germain-des-Prés
(6e) 1, place Saint-Germain-des-Prés

Le clocher-porche de l’abbaye, bâti vers l’An mille, est probablement l’une des plus anciennes constructions de Paris. Sa lecture en est aujourd’hui particulièrement troublée par les fenestrages géométriques apposés par Baltard, qui obturent les baies des deux premiers étages. La disparition des deux tours de transept en a aussi beaucoup réduit la monumentalité. Mais c’est encore plus sa nouvelle disposition dans la ville qui doit ici nous intéresser.

En effet, l’accès à l’abbaye se faisait autrefois de trois façons : soit par la Porterie, située rue de l’Abbaye, soit par la porte Furstemberg, soit par un vaste parvis sur lequel se dressait latéralement l’abbatiale. Le porche donnait accès à la nef, de laquelle on pouvait assister aux cérémonies. Le démantèlement de la cité monastique - l’une des plus vastes au monde - à partir de 1792 entraîne la recomposition de tout le quartier.

L’ouverture en 1804 de la rue de la Cour des religieux, actuelle rue Bonaparte, acheva de transformer cette puissante abbatiale en église paroissiale de quartier, ce qu’elle est restée.


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 Saint-Sulpice
(6e) 2, rue Palatine

Il faut attendre 1732 pour que l’église Saint-Sulpice se voie dotée d’un massif antérieur, alors que les travaux avaient débuté en 1646. Mais le concours remporté par l’architecte Servandoni traduit, à la différence de tant d’autres édifices, la volonté de penser l’urbanisme autrement. Ce n’est pas un hasard si le choix se porte sur un artiste italien spécialisé dans le décor de théâtre : toute la rhétorique de la mise en scène est réunie ici. La place prévue comme un plateau d’opéra par Servandoni ne sera pourtant pas réalisée, le chantier s’éternisant au point que le goût avait eu le temps de changer. Ici, point de clocher affûté, mais deux tours massives cantonnant une colonnade à l’antique, comme un décor d’architecture dans un tableau. Les clochers ne sont là que pour équilibrer la composition de la façade, non pour inciter l’âme à se tourner vers le Ciel. Napoléon, trouvant l’espace trop petit en fit doubler la surface, et abandonner l’architecture ordonnancée qui devait en agrémenter le pourtour.


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 Chapelle de l’hôpital Laënnec
(7e) 42, rue de Sèvres

L’hôpital avait été installé hors de Paris, pour accueillir les malades incurables dans un lieu paisible et isolé. L’hospice construit par l’architecte Gamard entre 1633 et 1640, est conçu selon un plan quadrillé dont la chapelle est l’élément organisateur, tandis que le clocher occupe précisément le centre de la composition. Destiné au seul usage des malades et à l'appel à l’office, celui-ci n’apparaît que faiblement de l’extérieur, seulement signalé par sa flèche de charpente. Le mur de clôture contribue à son caractère inaccessible.


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 Saint-Lambert de Vaugirard
(15e) 2, rue Gerbert

A la construction de Saint-Lambert de Vaugirard, entre 1848 et 1856, Vaugirard était une commune indépendante, et les travaux furent financés essentiellement par le Conseil Municipal. Sur un terrain donné par l’abbé Groult, l’architecte Paul Naissant bâtit un édifice calme et serein. Saint-Lambert est d’ailleurs l’un des premiers et des plus purs exemples du style néo-roman, né discrètement en même temps que le style néogothique. L’église a malheureusement perdu une grande partie de son décor d’origine. Mais voici bien le modèle type de ces églises paroissiales banales et pourtant de bonne architecture, modeste, et qui structure bien des villes de province. Le clocher en est situé sagement dans l’axe de la composition, au point central d’une longue perspective dont il est le seul attrait, accompagné par les alignements d’arbres.


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 Notre-Dame-de-la-Salette
(15e) 38, rue de Cronstadt

Voici un bel exemple du renouveau de la construction d’édifices religieux d’après le concile Vatican II. Les architectes Henri Colboc et Jean Dionis du Séjour ont conçu en 1965 une église originale sur plan circulaire, couvert d’un vaste cône de béton ajouré. Ici, le contact avec la ville est presque évité, pour se consacrer au symbole : un toit protecteur, réunissant les fidèles, et qui se termine par un faîtage abritant les cloches.


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 Notre-Dame-de-l’Arche-d’Alliance
(15e) 81, rue d’Alleray

L’équipe d’Architecture Studio a conçu cette église dès 1986, mais la construction en a été achevée en 1998. A l’image de l’Arche contenant les Tables de la Loi, la nef se présente comme un coffre de bois. Là où les clochers d’autrefois démontraient symboliquement par leur élévation la victoire de l’esprit sur la matière, on découvre ici une résille métallique tout en légèreté qui, enveloppant l’édifice, se perd dans le ciel. Du même coup, le jardin public qui l’entoure reste baigné de lumière et l’ensemble participe sans emphase excessive à l’espace urbain de la place.


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 Saint-Pierre-de-Montrouge
(14e) 82, avenue du Général Leclerc

Ici, c’est le parti urbanistique qui a déterminé le choix d’implantation de l’édifice. Il s’agissait en effet de placer l’église dans la perspective d’une avenue très large qui va jusqu’à la Porte d’Orléans, à l’intersection de deux autres grandes avenues, et marquer la nouvelle annexion des quartiers environnants à Paris. Dès lors, pour pouvoir assumer cette lourde charge, il était indispensable de placer le clocher comme un signal, et d’y ménager l’accès. L’architecte Vaudremer, en 1864, décide donc d’élever à l’angle un clocher porche massif, quoique très soigné dans le détail du jeu des matériaux. La verticale de l’élévation est encore accentuée par le dessin de la très haute baie d’axe qui du sommet du gâble du porche mène le regard vers l’épaisse corniche qui marque la base du beffroi. Le lanternon qui surmonte la pyramide de la couverture donne un dernier élancement à l’ensemble.


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Notre-Dame de Paris Saint-Lambert de Vaugirard Abbaye Saint-Germain-des-Prés

 


Puce cultureTout savoir sur la balade :

En raison des dispositions du Concordat signé en 1801 entre la France et le Saint-Siège qui entérina les saisies révolutionnaires des biens du clergé et transféra aux communes la propriété des églises paroissiales et de leurs succursales, la Ville de Paris est aujourd’hui propriétaire d’une centaine d’édifices religieux dont un grand nombre d’églises de culte catholique.

Le régime concordataire, qui resta en vigueur jusqu’à la loi de séparation des églises et de l’Etat en 1905, s’est révélé avantageux pour les édifices religieux appartenant à la commune. La mise à la disposition du clergé des oeuvres d’art confisquées sous la Révolution et une politique active de commande de décors et de construction de nouveaux édifices ont fait des églises de Paris un ensemble artistique d’une richesse exceptionnelle englobant les principales périodes de l’art français, de l’âge classique à l’époque moderne.

La Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris est aujourd’hui responsable de la conservation de ce patrimoine inestimable.

Elle a la charge de son inventaire, de son entretien et de sa mise en valeur ainsi que celle des travaux de restauration nécessaires à la conservation des édifices qui l’abritent.

 

ATTENTION : L’accès à certaines églises peut être limité aux horaires des offices

Ville de Paris / DAC / Août 2008 ; © Ville de Paris – C. Fouin, J.M. Moser, C. Pignol

Mise à jour le : 13 mai 2014
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