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Les Balades du patrimoine

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Le Style 30 dans les jardins - Le sud de Paris

Du square René Le Gall (13ème) au square Saint-Lambert (15ème)

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Le jardin de ville importe cette image de la nature, avec sa vie végétale autonome, se voilant et se dévoilant. Jardins secrets, réservés à leur propriétaire, ou jardins publics, ouverts à tous.

 

Sous l’Ancien Régime, Paris était parsemé de ces jardins particuliers, sur lesquels s’ouvraient les hôtels des puissants. La bourgeoisie et l’aristocratie de la Restauration les ont morcelés, vendus, lotis, et les grands parcs de la noblesse ont, vers 1850, presque entièrement disparu. Seuls les jardins publics ont été sauvés par l’intervention des préfets Chabrol et Rambuteau.

 

Lorsqu’il retaille les voies qui structurent la ville, Haussmann, sans doute à la demande du souverain, réserve parmi les grandes emprises libérées par la démolition de vastes zones destinées aux parcs. Les dépouilles des grands jardins de la noblesse sont ainsi incorporées au réseau de parcs urbains. Ainsi Napoléon III fait doter Paris d’espaces verts à l’anglaise, inspirés de ceux qu’il a tant remarqués à Londres lors de son exil. Cette première génération de promenades transforme profondément le paysage parisien.

 

L’abandon définitif du système défensif parisien à la fin du XIXème siècle, avec la disparition successive des « fortifs » puis de la « zone », suscite à nouveau les projets d’extension de la ville, en mettant à la disposition des urbanistes d’importantes emprises. C’est aussi l’occasion d’une belle bataille d’idées qui occupe tout l’entre-deux guerres, pour savoir qui l’emportera, des jardins ou des logements.

 

 


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De nouveaux terrains pour l’extension de Paris

L’idée n’est pas nouvelle : la ville qui s’étend finit toujours par franchir ses fortifications. L’Etat trace alors en hâte un nouveau cordon de protection plus éloigné, ouvre de grands boulevards à l’emplacement des murailles, et lotit les terrains qui composent le glacis (terrains inconstructibles au pied des enceintes). Louis XIII l’a déjà fait, puis Louis XIV, aidé en cela par sa politique du « pré-carré », qui privilégie les défenses aux frontières au détriment de murailles cernant Paris. La barrière des Fermiers généraux, voulue par Louis XVI, n’a qu’à peine eu le temps d’être construite, jetée à bas par la poussée révolutionnaire. Enfin, Adolphe Thiers, alors ministre de Louis-Philippe, a ordonné une nouvelle muraille, composée de bastions et d’un important réseau de fortifications, qui montrera en 1870 son inutilité devant l’artillerie moderne. Ainsi Paris se forme par cercles concentriques, à grands coups de lotissements et de boulevards pris sur l’emplacement de ses anciennes défenses. A chaque nouvelle extension, l’espace public hérite de promenades plantées ou de jardins gagnés âprement sur la construction de nouveaux logements.

En cet après-guerre, le résultat est à nouveau une composition de compromis équilibrant les divers points de vue. Toujours à la recherche de terrains, la ville profite aussi de l’abandon de la production de gaz pour reprendre à son compte les emprises des gazomètres et décide de couvrir certains réseaux hydrologiques, comme les canaux au nord ou le cours de la Bièvre au sud. La nouvelle vague de parcs qui vont y trouver place porte la marque de J.C.N. Forestier. Cependant, le modèle ibérique prôné par celui-ci se colore d’italianisme dans les réalisations de ses collègues, tels Jean-Charles Moreux, Léon Azema, Georges Sébille ou Roger Lardat.

 

Balades du patrimoine : puce1

Le square René Le Gall
(13e) rue Croulebarbe, 43, rue de Corvisart, rue Emile-Deslandres


Avec le square René Le Gall, nous découvrons là une des plus heureuses créations des années trente à Paris. Son auteur, Jean-Charles Moreux (1889-1956), est un artiste fécond : architecte, dessinateur de meubles, décorateur, paysagiste, il a fait des débuts remarqués comme élève de Mallet-Stevens. Mais bien vite revenu à un style néoclassique, toutefois marqué par une esthétique épurée, il peut ainsi satisfaire avec talent une clientèle aisée et aristocratique, avide d’un modernisme à sa mesure. Il cultive d’ailleurs dans ses oeuvres l’art de la citation savante, peut-être hérité de ses années d’étude à l’École des Chartes et à l’École du Louvre. Le voici confronté à un vaste terrain, gagné sur le cours de la Bièvre, mais surtout sur les jardins des ouvriers de la Manufacture des Gobelins, qui avaient là un droit de maraîchage. L’emprise initiale poussait jusqu’au prétendu « château de la Reine Blanche », mais les aménageurs de l’exposition de 1937 souhaitant disposer des terrains du garde-meuble du quai Branly, on réserve une parcelle importante pour l’édification du Mobilier National (Auguste Perret). Soulignons qu’à la même époque, on pouvait encore voir, ouvrant sur cet îlot de verdure, l’extension que Le Corbusier venait de réaliser pour le compte de l’Armée du Salut. La Bièvre mise en souterrain, reste un terrain de 3,4 ha. Moreux trace dans la végétation existante des allées, profitant autant que possible des arbres existants. A l’endroit le plus à l’abri de la circulation, il dessine un ensemble de terrasses articulées autour d’un parterre carré, contenu par quatre gloriettes en béton, au dessin emprunté aux très historiques jardins de Villandry, qu’il clôt d’un rideau de verdure en une véritable pièce. Un obélisque vient marquer le centre de la composition. A l’opposé, Moreux dispose une plaine de jeux ponctuée d’arbustes en topiaire, qui représente l’art de la sculpture dont dispose le jardinier. Cet espace se clôt de portiques et se renferme en amphithéâtre, offrant un lieu pour les jeux calmes des petits. Mais les points architecturaux les plus marquants de la composition sont les deux grandes rampes d’escaliers qui habillent la différence de niveau avec la rue Croulebarbe. Les murs sont traités dans le style des grottes de l’époque baroque, revêtus d’un parement de meulière liée au béton. Le sculpteur Garnier réalise là un ensemble très original de mascarons évoquant les oeuvres d’Arcimboldo, qui assemblait toutes sortes de fruits pour en faire naître des visages, dans un art de la mosaïque à la fois rustique et savant, non sans humour. Ces terrasses procurent une vraie majesté à tout le jardin, adouci par la bonhomie de la sculpture.


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Balades du patrimoine : puce2

Le parc Kellermann
(13e) boulevard Kellermann, rue de la Poterne des Peupliers, rue Max Jacob


Le parc Kellermann est l’exemple même du jardin né de l’artifice : adossé aux anciennes « fortifs », il se développe sur l’ancienne « zone » entièrement remodelée, et s’étend sur le cours de la Bièvre mis en souterrain. C’est d’ailleurs ici, à la poterne des peupliers, que les deux bras de ce petit affluent de la Seine pénétraient l’enceinte parisienne par deux longs tunnels fermés de grilles, avant d’être ensevelis vers 1910. C’est le projet de Jacques Gréber, également architecte en chef de l’exposition universelle, qui est retenu en 1937. Il donne un dessin mariant la géométrie de Forestier, pour la partie haute, au naturalisme d’Alphand, pour la partie basse de la plaine de jeu (fortement remaniée vers 1960 et 1980). La composition est ponctuée de petits édifices en briques et béton. La vocation première de ce parc est la promotion d’une discipline nouvelle dans l’enseignement français de l’époque : car même si la gymnastique figure aux programmes dès le milieu du XIXème siècle, il faut attendre 1920 pour que le Ministère de l’Hygiène et de la Prévoyance promulgue un arrêté confirmant l’obligation de pratiquer l’« éducation physique et le sport » pour les enfants, ajoutant les sports individuels mais surtout les sports d’équipe, visant ainsi l’apprentissage de la solidarité, de la vie en groupe aussi bien que l’équilibre corporel. Sous le très élégant auvent de l’entrée, qui est en soi presque une sculpture avec son toit aérien juché sur des supports qui vont en s’affinant vers le haut, Elie Ottawy transcrit cet idéal dans deux bas-reliefs antiquisant représentant l’un, des jeux de boules pour les garçons, l’autre, la danse pour les filles. Ces deux reliefs valent surtout par leur aspect décoratif, apportant une touche claire en écho de part et d’autre de l’entrée, et par leur texture rompant avec la régularité de la brique.


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Balades du patrimoine : puce3

Le square du Serment de Koufra
(14e) avenue Ernest Reyer, rue de la Légion étrangère, avenue de la Porte de Montrouge


Etabli sur le glacis et les fossés des fortifications, le square du Serment de Koufra semble un peu à l’écart de la ville. Sa gestation fut fort longue, et l’on imagine qu’il fut disputé entre divers choix. La guerre venant, il n’est finalement réalisé qu’à la fin des années quarante. Pourtant, tout le vocabulaire « trente » est là : la grande plaine de jeu, les escaliers en brique, les constructions en béton, le jardin régulier central sur plan carré, la promenade paysagée périphérique. Jusqu’à la Baigneuse de Martial (1958), qui nous induit en erreur, évoquant celles de Maillol, avec leurs formes solides et épanouies. Mais dans cet art d’apparence classique, toute la finesse du sculpteur réside dans la maîtrise des ombres et lumières, qui donnent son élégance à une oeuvre pourtant massive. Ce corps nu apparaît étonnamment léger, sorti d’un éden estival et perdu dans une forêt de pins au parfum de plage bretonne.


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Le square Saint Lambert
(15e) rue Théophraste Renaudot, rue Léon Lhermitte, rue Jean Formigé, rue du Docteur Jacquemaire-Clémenceau


Sur une emprise louée par la ville de Paris, la Compagnie du gaz avait bâti en 1836 une importante usine de production. En 1909, la municipalité décide de reprendre ses terrains avec le projet d’y aménager un square. Pour financer l’opération, elle donne la périphérie à lotir à la société des H.B.M., tandis que le besoin d’un lycée de jeunes filles se fait sentir. La répartition des surfaces entre chaque élément de programme est longue et difficile, le lycée en faisant d’ailleurs principalement les frais, ce qui conduira son architecte, François Le Coeur, à dessiner un bâtiment tout en hauteur. Les lycéennes devront se contenter de terrasses pour les récréations, mais pourront s’exercer aux sports dans le jardin.

Après la démolition de l’usine, Georges Sébille, architecte de la Ville, a fait remplacer le sol, noirâtre et pollué par le gaz et les produits chimiques servant à son épuration, par des remblais propres et de la terre végétale. Il conserve les différences de niveau pour donner un aspect de reliefs variés, réutilise les fondations et la structure du socle du gazomètre pour y établir un vaste bassin cerné de terrasses en amphithéâtre, qui forment le centre de la composition. Trois espaces sont reliés à cet ensemble. L’un est réservé aux enfants, avec un bac à sable et des balançoires. Un deuxième comporte un autre bac à sable et un abri circulaire pour se protéger de la pluie et du soleil. Le dernier comprend un théâtre de plein air, avec une scène en coupole et un sol en pente pour l’exercice de l’art dramatique. Les effets d’eau consistent en un groupe de jets centraux accompagnés de vasques réparties sur le mur de fond du bassin.

Démontrant le constant souci des artistes, dans ces années trente, d’animer les murs mis en place par l’architecte dans une conception unitaire, un relief monumental, sculpté en 1935 par Auguste Guénot (1882-1966), sculpteur toulousain prolifique, accueille les visiteurs vers la rue de la Croix Nivert. Il est consacré, en trois scènes, à la Jeunesse avec au centre trois grâces entourées d’une ronde d’enfants dans un panneau en léger renfoncement, suggérant un effet de perspective « plate ». De part et d’autre, des jeunes gens dansants, présentés à l’Antique, jouent au jeu de la corde. L’ensemble est animé d’un mouvement discret mais finement exprimé par la position des corps, en constant déséquilibre. Deux autres oeuvres charmantes ont trouvé place dans le square : le Chien de René Paris (1942), très aimé des enfants, et les Oursons de Victor Peter (1938), cachés dans la verdure.

 


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Parc de la Villette Parc de la Villette
Le square René Le Gall Le square Saint Lambert

 

 

 

Puce cultureTout savoir sur la balade :

 

La Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris entretient à travers la capitale environ six cent statues et monuments commémoratifs qui appartiennent au patrimoine municipal. Ces oeuvres qui, pour la plupart, datent des débuts de la Troisième République, sont le fruit d’une politique active de commande destinée, selon les voeux des élus parisiens, à pourvoir au décor des squares ou de la rue. Parmi elles, figurent quelques-uns des chefs-d’oeuvre de la sculpture française : La fontaine des quatre parties du monde de Carpeaux ou Le Triomphe de la République de Dalou.

Le 20e siècle a longtemps été plus hésitant dans ce domaine, mais depuis une vingtaine d’années, la Ville de Paris a renoué avec la tradition de la commande publique. En 2004, elle a mis en place un Comité de l’Art dans la Ville, comité consultatif, rassemblant élus et experts, chargé de donner des avis sur la politique menée dans ce domaine. Avec lui, la Ville de Paris a ainsi réalisé 35 commandes publiques d’oeuvres pérennes ou éphémères entre 2004 et 2008. De la Tour d’exercice de Wang Du (Paris 17e), à la Danse de la fontaine émergente de Chen Zhen (Paris 13e) ou à la Forêt de candélabres du collectif berlinois Inges Idee (Paris 19e), elles sont à découvrir à travers Paris...

 

 

Ville de Paris / DAC / Août 2009 ; © Ville de Paris – C. Fouin, J.M. Moser, C. Pignol

 
Les jardins années 30 du sud de Paris

Mise à jour le : 18 décembre 2014
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