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Les Balades du patrimoine

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La République et les grands hommes

Du Panthéon à l'Institut 

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Le culte des grands hommes, tel qu’il se manifeste dans les monuments sculptés, se répand en Europe au 19e siècle. La monarchie absolue n’autorisait la représentation publique que du seul monarque mais les valeurs d’égalité, issues du Siècle des Lumières, transforment le rapport au pouvoir et sa traduction dans l’art monumental. Reconnaître et honorer une personne selon les seuls critères du mérite présente ainsi une signification politique implicite.
Sous la Monarchie de Juillet, le désir de réconciliation et l’exaltation du passé national contribuent à l’élaboration d’un panthéon de référence dont le sculpteur David d’Angers fixe une première typologie d’ensemble.


Dans les années 1880, l’érection de monuments aux grandes figures qui ont contribué à fonder la République permet, par la pédagogie de l’image, d’en affirmer les grands principes. À chacun des grands hommes est ainsi confié l’illustration d’une idée-clé : à Rousseau la démocratie, à Danton la défense nationale, à Condorcet l’instruction publique, par exemple.


De même, le choix de l’emplacement répond autant à des préoccupations pratiques, liées à l’aménagement des voies publiques, qu’à un goût pour les mises en scènes symboliques. Ainsi les abords du Panthéon, de la Sorbonne ou de l’Institut, le quartier des Écoles, offrent des lieux privilégiés de regroupement de statues, en évocation d’épisodes historiques et biographiques ou en écho symbolique de valeurs républicaines comme le savoir, la science et l’éducation.       

  

 


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Balades du patrimoine : puce1 Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante
de Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856)
(5e) Fronton du Panthéon, place du Panthéon

Le Panthéon fut construit de 1764 à 1790, selon les plans de l’architecte Soufflot, en remplacement de l’ancienne église Sainte-Geneviève. Au 19e siècle, l’édifice est dédié tour à tour au culte catholique ou à celui des grands hommes. La Monarchie de Juillet, désireuse de prouver son inspiration libérale, reprend l’idée de la Constituante et fait inscrire au fronton la devise républicaine : «Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante» que le sculpteur David d’Angers (1788–1856) est chargé d’illustrer.
Au centre du fronton, la Patrie distribue des couronnes que lui remet la Liberté, assise à sa droite. L’Histoire, assise à gauche, inscrit sur ses tables les noms des grands hommes, dignes de la reconnaissance nationale. On reconnaît au 1er rang, Malesherbes, Mirabeau, Monge et Fénelon. Au 2e, Lazare Carnot, Berthollet et Laplace. Au 3e, Louis David, Cuvier et Lafayette et, enfin, Voltaire et Rousseau assis, regards opposés. À droite du groupe central, un Bonaparte très républicain emmène une armée de soldats anonymes aux sons du tambour d’Arcole.
En 1837, le gouvernement tente de faire supprimer l’effigie de Lafayette, ce que David refuse avec obstination, appuyé en cela par la presse libérale. Aussi le fronton est-il dévoilé sans cérémonie officielle.
La composition d’un style presque naïf, où les figures sont aisément reconnaissables, témoigne du goût de David d’Angers pour un art didactique, moral et politique. Dès les années 1830, le fronton du Panthéon fixe ainsi une typologie des portraits commémoratifs qui inspirera les monuments de la seconde partie du siècle.


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Balades du patrimoine : puce2 Rousseau
écrivain et philosophe (1712-1778)
(5e) Place du Panthéon

La statue de Rousseau, œuvre du sculpteur Antoine Bizette-Lindet, est une commande de l’État remplaçant un bronze, détruit sous l’Occupation. Cédée à la Ville de Paris, la sculpture est mise en place en 1952 sur l’ancien socle, non loin du Panthéon où les cendres du philosophe reposent depuis la Révolution. La première statue, érigée en hommage à l’auteur de l’Émile et du Contrat social avait été inaugurée en février 1889, en ouverture des célébrations du premier centenaire de la Révolution française. Dans un climat politique différent, l’immédiat après-guerre s’est attaché principalement à rendre hommage au talent littéraire du philosophe.


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Balades du patrimoine : puce3 Auguste Comte
philosophe français (1798-1857)
(5e) Place de la Sorbonne

Créateur de la science sociale et de la philosophie positive fondée sur la raison et la foi dans le progrès, Auguste Comte incarne ces idées républicaines que la Troisième République tenta d’instituer en valeurs collectives.
Une souscription pour l’érection d’un monument à sa mémoire est ouverte en 1899 à l’initiative de la Société positiviste d’enseignement populaire supérieur. Le monument est installé en 1902, place de la Sorbonne, dans ce quartier où le philosophe a vécu depuis son entrée à l’École polytechnique, en 1814, jusqu’à sa mort, rue Monsieur-le-Prince, en 1857. Rappelons également qu’il a habité au 5 de l’ancienne rue Neuve-Richelieu, aujourd’hui 7 place de la Sorbonne. La position initiale du monument sur la place, dans l’axe de la façade de la Sorbonne, confirmait symboliquement le rôle assigné à l’éducation.
Le monument, œuvre du sculpteur Antonin Injalbert et de l’architecte Lemaresquier, accorde une place de choix aux figures allégoriques du piédestal : à droite, le Travailleur (intellectuel et manuel) fait pendant à l’Humanité reconnaissante qui présente la palme de la Gloire sous le buste du philosophe.


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 Danton
homme politique français (1759-1794)
(6e) Carrefour de l’Odéon

Dès le début des années 1880, l’intérêt porté au conventionnel s’inscrit dans le grand mouvement d’historiographie révolutionnaire vivifié par l’échéance du premier centenaire. Pour la Troisième République, célébrer Danton présente aussi un double intérêt idéologique et politique : anticlérical, antimonarchiste, il est aussi le promoteur des lois sur l’instruction publique et le héros de la défense nationale de 1792.
Un concours entre artistes, voté par le Conseil municipal en 1888, couronne le projet du sculpteur Auguste Paris qui présente un groupe alliant force narrative et unité symbolique : deux jeunes volontaires (celui au tambour et celui au fusil) se redressent vers la figure de l’orateur qui appelle au courage et à la défense de la patrie.
Le monument, inauguré le 14 juillet 1891, est érigé non loin de la maison de Danton – celle-là même où il fut arrêté – qui se trouvait près du carrefour, dans la partie de la cour du Commerce démolie par le percement du boulevard Saint- Germain. Comme celle de Diderot, la statue de Danton fut épargnée par la vague de destruction qui, sous l’Occupation, priva Paris de la plupart de ses bronzes. Au-delà de son sens historique, ce géant héroïque, témoin silencieux de bien des événements, reste l’une des figures les plus familières du Quartier Latin.


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 Diderot
écrivain et philosophe français (1713-1784)
(6e) Boulevard Saint-Germain

Cette statue fut créée à l’instigation d’un Comité pour la Libre pensée en vue du premier centenaire de la mort du philosophe, en 1884. Le sculpteur Jean Gautherin - premier recalé du concours du monument de la République - exécute pour la célébration un modèle provisoire en plâtre installé place Saint-Germain-des-Prés. La statue définitive, en bronze, est inaugurée le 14 juillet 1886 sur l’un des terre-pleins du boulevard, face à la rue Saint-Benoît. En 1940, des aménagements de voirie entraînent le transfert à son emplacement actuel du Diderot qui fait partie des rares figures historiques à avoir échappé à la destruction, sous l’Occupation.
Ce portrait assis frappe par son dynamisme et son efficacité pédagogique : la plume brandie vers l’avant et le buste, fortement penché et désaxé, expriment l’engagement de l’écrivain dont la Troisième République glorifiait le rôle de précurseur de la Révolution française plutôt que celui, plus neutre — que l’on retient aujourd’hui — du critique d’art ou de l’Encyclopédiste.


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 Voltaire
écrivain français (1694-1778)
(6e) Square Honoré Champion

Cette statue de Voltaire par Léon Drivier fut commandée par l’État français en remplacement de celle de Caillé, refondue en 1942. La nouvelle effigie, en pierre, devait initialement reprendre le socle de l’ancienne statue, sur le quai Malaquais, mais son échelle plus modeste, son style qualifié alors de moderne et le désir de certains académiciens de dégager les abords de l’Institut aboutirent, non sans polémiques, à reléguer le grand homme dans l’un des petits squares nouvellement créés, à l’arrière de l’Institut. D’âpres débats esthétiques mêlés de considérations politiques, en retardent la mise en place, si bien que l’œuvre de Drivier, conçue au lendemain de la guerre, ne sera finalement installée dans son nouveau cadre de verdure qu’en 1962, bien après la mort du sculpteur.


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 La République
(6e) Quai Malaquais

Au lendemain de la Révolution de février 1848, le Gouvernement provisoire décide d’ouvrir un concours pour la représentation de la République : figure peinte, figure sculptée et médaille. Jean-François Soitoux, lauréat du concours de sculpture, est chargé d’exécuter la version monumentale de l’allégorie.
Mise en dépôt sous le Second Empire, la statue est cédée en 1879 par l’État à la Ville de Paris qui la place devant la façade de l’Institut et l’inaugure le 24 février 1880, en souvenir des journées historiques qui ont présidé à sa création. Déposée à Amboise entre 1962 et 1988, La République est remise en place dans la Capitale en 1992, sur le côté droit de l’Institut, non loin de son ancien emplacement.
De nombreux attributs confèrent un certain didactisme à la figure : le faisceau d’armes foulant la couronne royale brisée (l’unité républicaine et la liberté), l’épée et le triangle (la justice et l’égalité), la ruche (le travail), l’étoile sur la couronne de chêne (la raison et la sagesse). L’ample drapé et l’attitude hiératique, d’un classicisme très antiquisant, l’identifient comme l’image officielle du pouvoir mais sans caractérisation plus précise. En 1879, pour le nouveau concours de la statue de la République, le bonnet phrygien sera imposé comme symbole du nouveau régime.


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 Condorcet
philosophe, mathématicien et homme politique français (1743-1794)
(6e) Quai Conti

La statue du philosophe, mathématicien et homme politique, est inaugurée quai Conti le 14 juillet 1894. Le choix de l’emplacement se justifie par la proximité de l’Hôtel de la Monnaie, dont Condorcet fut le directeur, et par celle de l’Institut, dont il fut membre et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. Surtout, le site offre à l’époque la possibilité d’une mise en scène symbolique puisque, depuis 1880, se dresse devant l’Institut, face au Pont des Arts, La République de Soitoux et qu’en pendant à la statue de Condorcet, côté quai Malaquais, a été inaugurée le 14 juillet 1885 la statue de Voltaire par le sculpteur Caillé.
Le rapprochement de la statue de l’un des premiers défenseurs de la République, apôtre de l’Instruction publique, trouve son sens à côté de l’image du régime et près d’un autre philosophe des Lumières qui mena le même combat pour la tolérance et la justice sociale. Les deux figures sont également complémentaires puisque leur rapport symétrique peut s’interpréter comme celui des sciences (Condorcet) et des lettres (Voltaire).
L’œuvre, due au sculpteur Jacques Perrin, montre une grande simplicité de moyens, livrant le portrait d’un homme du 18e siècle sans préciosité ni anecdote. L’étirement de la silhouette confère à la figure une élégance et une réelle prestance, affirmant de cette manière sa présence dans l’espace. La recherche d’expression passe également par l’accentuation des traits du visage (grand front, arcades sourcilières saillantes) ; le regard profond et fixe, menton rentré, disent la force morale, toute intériorisée du philosophe.
La statue initiale en bronze fut détruite en 1943 mais elle a été restituée à son ancien emplacement en 1991, dans le prolongement des célébrations du Bicentenaire de la Révolution française.


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Condorcet Diderot Danton Jean-Jacques Rousseau

 


Puce cultureTout savoir sur la balade :

La Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris entretient à travers la capitale environ six cent statues et monuments commémoratifs qui appartiennent au patrimoine municipal. Ces oeuvres qui, pour la plupart, datent des débuts de la Troisième République, sont le fruit d’une politique active de commande destinée, selon les voeux des élus parisiens, à pourvoir au décor des squares ou de la rue. Parmi elles, figurent quelques-uns des chefs-d’oeuvre de la sculpture française : La fontaine des quatre parties du monde de Carpeaux ou Le Triomphe de la République de Dalou.


Le 20e siècle a longtemps été plus hésitant dans ce domaine, mais depuis une vingtaine d’années, la Ville de Paris a renoué avec la tradition de la commande publique. En 2004, elle a mis en place un Comité de l’Art dans la Ville, comité consultatif, rassemblant élus et experts, chargé de donner des avis sur la politique menée dans ce domaine. Avec lui, la Ville de Paris a ainsi réalisé 35 commandes publiques d’œuvres pérennes ou éphémères entre 2004 et 2008. De la Tour d’exercice de Wang Du (Paris 17e), à la Danse de la fontaine émergente de Chen Zhen (Paris 13e) ou à la Forêt de candélabres du collectif berlinois Inges Idee (Paris 19e), elles sont à découvrir à travers Paris…

 

Ville de Paris / DAC / Août 2008 ; © Ville de Paris – C. Fouin, J.M. Moser, C. Pignol

Mise à jour le : 14 avril 2014
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