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Les Balades du patrimoine

Toutes les balades

Gestes et images de l’homme au travail

 

De la rue J.-P. Timbaud (11ème) à la rue de la Convention (15ème)

Au-delà des représentations religieuses traditionnelles (travaux des champs associés aux saisons), le choix de figurer les activités laborieuses à Paris durant les XIXe et XXe siècles est révélateur de la définition que la société se donne d’elle-même et de ses valeurs.
Le travail figure en bonne place au sein du répertoire de la IIIe République. Celle-ci s’approprie, pour s’enraciner dans la « France profonde », les valeurs chrétiennes (mariage, famille, respect des parents et des patrons, charité) et en fait son « Évangile laïque » figuré notamment au sein des mairies qui succèdent vers 1880 aux églises dans l’attribution des dépenses publiques. Le travail se situe ainsi sur le même plan que la défense de la Patrie ou la responsabilité de la famille, et il faut remarquer cette coïncidence entre l’affirmation de la IIIe République, la réflexion sur les conditions de vie des travailleurs (lois Waldeck Rousseau sur les syndicats en 1884 et sur le travail des femmes et des enfants en 1900) et l’émergence des oeuvres dédiées au Travail.

Ce thème permet d’illustrer une orientation stylistique majeure qui consacre le passage d’une figuration idéale à une orientation plus réaliste de la société. Le débat autour de la représentation du monde contemporain oppose la municipalité parisienne, qui réclame des scènes empruntées à l’industrie locale traitée de façon moderne, à l’administration gouvernementale, plus académique et tournée vers l’antique. De façon pragmatique, c’est aussi le débat du « costume » : le travailleur doit-il être représenté nu ou à demi-nu (à l’antique), ou bien en vêtement contemporain ?

  
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Balades du patrimoine : puce1  (11ème) 94 rue Jean-Pierre Timbaud
Jules Pendariès, Le répit du travailleur, 1907
Jules Pendariès (1862-1933) met souvent en scène la classe ouvrière et les paysans, dans des scènes empreintes d’un sentiment de mélancolie. En cela, il participe d’un courant qui, notamment, en Italie ou en Belgique (chez Constantin Meunier) à la fin du XIXe siècle, insiste sur le coût humain du travail. Le corps, traité en nudité héroïque à l’exemple de la traditionnelle sculpture d’histoire, est puissant et énergique, le modelé simplifié et fluide, la scène privée d’anecdote, pour montrer que le travail est une lutte fatigante contre la nature.
Acquise au Salon de 1907 et déposée à la mairie du XVIIIe arrondissement, l’oeuvre est installée à cet emplacement en 1926. Elle rappelle la présence des nombreux métiers artisanaux du XIe arrondissement (céramique, mobilier, travail du métal), le quartier de la Folie-Méricourt regroupant notamment les bronziers et fondeurs. L’oeuvre fait d’ailleurs face à la Maison des Métallos, ancienne fabrique d’instruments de musique fondée en 1881 et fermée en 1936.


Balades du patrimoine : puce2  (11ème) square Maurice-Gardette
Jacques Perrin, Le Botteleur, 1888
La Ville de Paris achète une première version en plâtre de cette oeuvre au sculpteur Jacques Perrin (1847-1915) en 1886, et installe la copie en bronze en 1888. Avant 1900, les sculptures du Travail concernent majoritairement le monde paysan (la population française est rurale à 44% en 1911). Les peintres Jean-François Millet ou Jules Breton avaient répandu un certain réalisme moralisant, sur fond de travaux des champs, à la fois poétique et soucieux de vérité.
De même, Perrin opte pour une description à la fois très réaliste et très respectueuse du travail paysan, en étudiant le geste qui définit l’homme au travail. La représentation de l’homme à l’ouvrage, pris dans l’immédiateté du geste, est une nouveauté iconographique de la période ; la fonte en bronze, d’ordinaire réservée aux chefs-d’oeuvre, aux divinités païennes ou aux grands hommes, est ici dévolue à une activité simple, que la nudité et la simplicité de la posture ennoblissent.


Balades du patrimoine : puce3  (12ème) place de la Nation
Jules Dalou, Le Triomphe de la République, 1899
Jules Dalou (1838-1902) est connu comme un sculpteur engagé, partisan d’une république démocratique et sociale et ayant pris fait et cause pour la Commune en 1871. Ses oeuvres parisiennes (Monument à Jean-Charles Alphand, avenue-Foch, XVIe ; Monument à Jean Leclaire, square des Épinettes, XVIIe) font souvent référence au monde du travail et à un idéal de fraternité, maniant à la fois l’inspiration réaliste et le recours aux allégories.
Le monument est inauguré le 21 septembre 1899, le jour anniversaire de l’instauration de la République en 1792. La République se tient sur un globe céleste au-dessus du char de la Nation, les figures du Travail et de la Justice sont sur les côtés, la Liberté montre le chemin et la Paix ferme la marche. Le Travail figure ainsi parmi les idéaux principaux de la Révolution, fraternelle, justicière et protectrice.
Il est remarquable que Dalou ait choisi de figurer le travail par un forgeron à demi-nu, à la musculature puissante et héroïque, emblématique d’une civilisation positiviste qui croit au progrès grâce à la machine. C’est à partir de cette oeuvre que Dalou entame une réflexion sur un grand monument aux ouvriers, accumulant croquis et esquisses. De nombreuses études en terre cuite sont conservées au musée du Petit-Palais, notamment le Grand paysan.


Balades du patrimoine : puce4  (12ème) rue Cannebière
Décor sculpté du Saint-Esprit
L’église du Saint-Esprit bâtie par Paul Tournon reçoit entre 1935 et 1938 une vaste décoration de peintures à fresque relatant la totalité de l’histoire chrétienne depuis les origines. Le monde contemporain, lui, trouve sa place dans la commande, entre 1932 et 1941, des sculptures des pinacles extérieurs évoquant les nouveaux métiers du siècle (caméraman, chimiste, astronome, électricien, aviateur, etc.). En revanche, en 1941, c’est une iconographie rurale traditionnelle, les mois et les travaux de l’année, employée depuis les imagiers médiévaux, qu’utilisent les artistes pour les douze bas-reliefs en ciment de la façade de la rue Cannebière.
Lucien Gibert (né en 1904), élève d’Aristide Maillol, réalise les mois de mars (la semeuse sculpturale entourée du labourage avec les boeufs et de la taille de la vigne), d’avril (la déesse Cybèle entourée d’agneaux et des cloches de Pâques) et de mai (mois de la Vierge, époque des premières floraisons). Fernand Guignier (1903-1980), élève d’Henri Bouchard, exécute les mois de juin (un laboureur conduisant ses boeufs), juillet (un couple de moissonneurs), août (une femme portant une corne d’abondance).
Noël Feurstein représente les mois de septembre (la Nativité de la Vierge avec la cueillette des fruits), octobre (la Vierge du Rosaire entourée par les vendanges) et novembre (deux anges éveillant les morts).


Balades du patrimoine : puce1  (12ème) Mairie du XIIe arrondissement, escalier d’honneur
Eugène Thirion, Les industries du XIIe arrondissement, 1881
Pour la décoration de l’escalier d’honneur de cette mairie, construite entre 1874 et 1877, un concours est organisé en 1879, remporté par Eugène Thirion. Le concours imposait de « reproduire des faits se rapportant à l’histoire du quartier ou des scènes empruntées aux diverses industries particulières à chaque arrondissement ». Le peintre propose ici une évocation qui réunit autour de la Ville de Paris, assise sur un trône élevé, les écoliers de l’école laïque et les malades de l’Assistance publique (au milieu) et les entrepôts de vin de Bercy (en bas).
Le XIIe arrondissement est célèbre pour ses entrepôts et son marché du vin, qui se développent grâce aux réseaux de communication fluviale et ferroviaire. Construits seulement à partir du début du XIXe siècle sur des terrains appartenant à la Ville de Paris, les entrepôts occupent jusqu’à 42 hectares. « Le joyeux Bercy des vins », avec ses guinguettes et ses magasins, est jusqu’en 1950 le premier marché viticole du monde avant de disparaître totalement, sans laisser aucun monument.
Eugène Thirion (1839-1910), élève des peintres académiques Alexandre Cabanel et François Picot, se démarque ici de ses maîtres, férus de références antiques, en faisant appel à l’iconographie du monde contemporain.


Balades du patrimoine : puce6  (5ème) square Scipion
Alexandre Charpentier, Les boulangers, 1897
D’après ses contemporains, Alexandre Charpentier (1856-1909), lorsqu’il compose son projet en plâtre intitulé Le Pain exposé au Salon de 1889, a en tête la posture hiératique des Archers du palais de Darius, frise en brique vernissée polychrome installée au Louvre en 1888. À la suite des artistes héroïsant la réalité, son idée est de représenter le travail primordial, celui qui apporte la nourriture aux hommes – le pain étant la base de l’alimentation. Il opte pour des lignes et des volumes simplifiés, des attitudes solennelles et une gestuelle et des drapés qui rappellent les offices religieux. L’oeuvre comporte une réelle dimension morale, et la critique parle d’ailleurs d’une « Trinité laïque », mettant en scène d’authentiques garçons boulangers dont Charpentier a observé le travail.
C’est la Maison Émile Muller, spécialiste des produits céramiques pour constructions, industries et productions d’art, et souvent associée aux chantiers de l’Art nouveau, qui réalise en 1897 la transposition en brique de grès émaillé.

 


Balades du patrimoine : puce7  (14ème) 36 Rue Guilleminot
Félix Villé, choeur de l’église Notre-Dame-du-Travail
Le quartier de Plaisance connaît au XIXe siècle un formidable essor démographique, passant de 2 000 habitants en 1850 à 35 000 habitants en 1896.
Pour répondre aux besoins d’une population ouvrière pauvre et réconcilier les travailleurs et la religion, le père Soulange-Bodin, curé depuis 1896 et ardent défenseur d’un catholicisme social, souhaite financer une nouvelle église sous le vocable de Notre-Dame-du-Travail. En 1898, Joseph Lefèvre (1836-1911), sculpteur de la paroisse, réalise une statue représentant Notre-Dame-du-Travail, en calcaire blanc, toujours visible dans la chapelle de la Vierge. Cette statue se trouve au coeur d’un décor peint à l’huile sur toile marouflée de Félix Villé (1819-1907), peintre appartenant à l’ordre dominicain. Réalisée en 1904, Notre-Dame du Travail secours des affligés présente à gauche les travailleurs, à droite les sans-travail, accueillis par deux anges qui les introduisent auprès de la statue.
La large nef est flanquée de dix chapelles décorées de toiles cintrées qui représentent plusieurs saints patrons des travailleurs et des opprimés : saint Joseph patron des menuisiers et charpentiers, saint Éloi patron des métallurgistes, saint Luc patron des artistes ouvriers d’art.


Balades du patrimoine : puce8  (15ème) 28 Rue de la Convention
Jacques Gruber, vitrail d’entrée de l’église Saint-Christophe-de-Javel
Le XVe arrondissement connaît, dès la fin du XVIIIe siècle, une intense activité industrielle (chimie, exploitation des carrières). Après
la construction de la gare Montparnasse entre 1848 et 1852, c’est le développement de la métallurgie : fabrique de locomotives, constructions mécaniques, forges et fonderies, industrie automobile (Citroën s’établit en 1915). Lors de la construction de l’église Saint-Christophe entre 1926 et 1930 par l’architecte Charles-Henri Besnard, le clergé choisit presque logiquement pour titulature le protecteur des automobilistes et des aviateurs.
La décoration peinte de l’abside, par Henri- Marcel Magne, offre une procession vers saint Christophe et le Christ, composée de fidèles présentant les modes de transport modernes (locomotive, aérostat, avion) – allusions aux industries voisines. Cette volonté de manifester la foi chrétienne dans le monde contemporain se retrouve également dans le vitrail de la porte d’entrée du presbytère, réalisé par Jacques Gruber, qui présente le Christ en croix devant trois ouvriers.
À l’extérieur, à mi-hauteur du porche d’entrée, une frise peinte sur ciment par Magne évoque Saint Christophe secourant des navigateurs, des aviateurs ou des conducteurs de locomotive.

 

Alexandre Charpentier, Les boulangers, 1897 Eugène Thirion, Les industries du XIIe arrondissement, 1881


Pour en savoir plus…
- 4 rue de la Pierre-Levée, XIe arrondissement : façade de l’ancienne manufacture Loebnitz. Réalisé en céramique par Jules Loebnitz, le décor est conçu pour l’Exposition universelle de 1878 et représente les arts et métiers.

- 161 rue Saint-Maur, XIe arrondissement : façade de l’église Saint-Joseph des Nations : le sculpteur Eugène Delaplanche (1836-1891) rappelle la dédicace d’origine de l’église (saint Joseph artisan), en souvenir du métier de charpentier du père du Christ. Le choix de représenter le patron des artisans est lié à la forte dominante artisanale, voire semi-industrielle, du quartier.

- rue du faubourg Saint-Antoine, XIe arrondissement : la vie artisanale du faubourg, concentrée autour du meuble, ne subsiste plus que dans quelques enseignes parfois encore visibles ou dans des cheminées d’ébénistes (26 rue de Charonne, passage Lhomme).

- 2, place de la Bourse, IIe arrondissement : visible depuis la rue le soir en rétro-éclairage, le vitrail de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris s’intitule « Le travail par l’Industrie et le Commerce enrichit l’Humanité ». La scène principale se détache sur fond de paysage de cheminées, un forgeron (le Travail) contemple deux jeunes femmes tenant un livre de comptes (le Commerce) ou s’appuyant à une roue dentée (l’Industrie). Dessinée dans le style Art nouveau par Eugène Grasset, la verrière est réalisée par Félix Gaudin en 1900.

 

 

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Mairie de Paris / Direction des affaires culturelles – Conception graphique : , www.montag-design.com –
Crédits photographiques : Ville de Paris / photographes : J. M. Moser sauf étape 8 : Maire de Paris – Service des cimetières

Mise à jour le : 13 mai 2014
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