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Les Balades du patrimoine

Toutes les balades

Atlantes et cariatides en façade

Du passage du Bourg-l’Abbé (2e) à la place de la Trinité (9e)

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A partir des années 1860, les figures d’atlantes * et de cariatides **, peu utilisées jusque là dans le décor privé, deviennent d’un usage courant dans l’ornementation des façades d’immeubles. La mode en a été lancée par le nouvel Opéra où Charles Garnier en a fait un usage abondant. Elle durera jusqu’à la première guerre mondiale avec une croissance marquée au cours des années 1880-90. L’arrivée en façade des atlantes et des cariatides s’explique également par une réaction des architectes contre l’uniformisation haussmannienne et la sévérité des lois régissant le bâti parisien. Elle traduit par ailleurs le désir de certains propriétaires de donner à leur immeuble une allure de palais.

Atlantes et cariatides soutiennent le balcon axial situé, le plus souvent, au niveau du premier étage (ou parfois ornent les fenêtres des pans coupés d’angles). Ils encadrent et mettent en valeur la partie supérieure de la porte dont la menuiserie monumentale intègre désormais l’entresol de l’immeuble. La présence de l’une ou l’autre de ces figures porteuses, parfois chargées d’un sens allégorique, paraît correspondre avant tout au choix de l’architecte ou du commanditaire. Leur nombre est affaire de prestige et différentes combinaisons sont possibles (cariatides ou atlantes seuls ou combinés avec des bustes sous consoles pour mettrent en valeur le balcon dont la longueur varie. Lorsque les bâtiments décorés ont une fonction officielle (Banques, Théâtres), atlantes et cariatides prennent place au dernier étage et soutiennent alors frontons et coupoles comme le veut la tradition. Le siècle avançant, les figures de façade tendent, de plus en plus, à se libérer du modèle originel pour devenir de simples sculptures monumentales.

 

 

 


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Balades du patrimoine : puce1 Aimé Millet (1819-1891)
(2e) 3, rue de Palestro

L’entrée du passage du Bourg-l’Abbé, donnant sur la rue de Palestro, a été construite par Henri Blondel au début des années 1860, après le percement de la rue de Turbigo et la destruction de la partie est de la galerie. L’arcade d’accès, qui englobe le rez-dechaussée et l’entresol de l’immeuble, est flanquée, en partie haute, de deux cariatides. Les sculptures, supportant le balcon du premier étage, servent d’enseignes à l’immeuble et symbolisent l’Industrie (à gauche) et le Commerce (à droite). A la clef, une ruche, inscrite dans un cartouche, traduit, elle aussi, l’activité économique du passage. Les statues datées de 1863 ont été sculptées par Aimé Millet, auteur du grand Apollon de l’Opéra de Paris, qui fut souvent sollicité par les constructeurs parisiens. Henri Blondel reprendra en 1889 le dispositif de la rue de Palestro pour une maison de rapport construite 15 rue du Louvre (1er), mais donnera plus d’ampleur à sa composition en doublant l’arcade d’entrée et en accompagnant l’ouverture de puissantes figures d’atlantes.


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Balades du patrimoine : puce2 L. Ruffat
(2e) 59, rue de Réaumur - Angle rue Saint-Denis

L’immeuble dont le pan coupé occupe l’angle de la rue Réaumur et de la rue Saint-Denis a été construit en 1883 par l’architecte Albert Le Voisvenel après le percement de la première partie de la rue Réaumur à la fin du Second Empire. De larges ouvertures vitrées, disposées sous un balcon filant, éclairent l’entresol, affirmant la vocation commerciale du lieu. La baie d’axe dont l’arcature surbaissée a été recoupée est enrichie d’un décor de cariatides et de griffons affrontés portant le balcon du pan coupé. Les figures mi-nues, dotées d’un chapiteau composite sont signées L. Ruffat et dérivent d’un même modèle. Elles paraissent relever d’un travail d’atelier.


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Balades du patrimoine : puce3 Jacques Perrin (1847-1915)
(2e) 101, rue Réaumur - Angle rue de Cléry

Second bâtiment commercial construit par Albert Walwein le long de la percée haussmanienne, l’immeuble du 101 rue Réaumur tranche avec ses voisins par la puissance de son élévation que couronne une rotonde d’angle à deux niveaux. Un ordre colossal unifie en façade les étages réservés aux ateliers et aux bureaux. Le décor sculpté en paraîtrait presque secondaire ! Deux cariatides engainées, dues au sculpteur Jacques Perrin, auteur à Paris du Monument à Condorcet élevé à côté de l’Institut, habillent l’entresolde la dernière travée. Leur présence à cet emplacement étonne et pourrait laisser penser qu’il y avait là un accès supprimé depuis. Les deux figures lèvent la main jusqu’à la corniche en saillie et s’adaptent sans raideur à l’architecture. On notera également à l’angle du bâtiment faisant proue, la présence au deuxième étage d’une baie à cariatides néo renaissance très maniériste, témoignant de l’éclectisme de l’immeuble.


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 (2e) 116, rue Réaumur - Angle rue du Sentier

L’immeuble à pan coupé, construit en 1897-1898 et primé au concours des façades de la Ville de Paris, a été commandé par la Maison Storch, fabricant de flanelle et molleton, à l’architecte Albert Walwein (1851-1916). L’étrange suppression de la plus grande partie des décors de façade, opérée il y a quelques années, n’en donne que plus de prix à la survivance, dans leur état d’origine, du rez-de-chaussée et de l’entresol de cette maison commerciale. L’arcade d’entrée est flanquée de deux puissants atlantes soutenant la corniche supérieure et assimilés à la figure d’Hercule. Les sculptures, revêtues de la dépouille de lion, sont engainées dans une volute reposant sur le mufle de l’animal. La composition mettait en valeur, à la construction, l’enseigne commerciale gravée dans la table à l’étage supérieur. La porte de l’immeuble inscrite entre les bossages des piliers d’axe est surmontée d’un fronton orné d’un bas-relief à sujet mythologique (Diane accompagnée de deux amours). L’immeuble montrait à l’origine, au cinquième étage, de part et d’autre de la baie ouvrant dans le pan coupé, deux cariatides engainées.


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 Louis Lefèvre (1849-1893), Ernest Hiolle (1834-1886)
(2e) 142, rue Montmartre

L’immeuble, élevé en 1883 par l’architecte Ferdinand Bal, fut le siège du journal La France racheté en 1874 et installé ici par Emile de Girardin. La façade principale ouvrant sur la rue Montmartre présente un décor en frise de quatre figures sculptées. Deux atlantes revêtus d’une dépouille de lion et deux figures cariatides symbolisant, à gauche et à droite de l’arcade d’entrée, le Journalisme et la Typographie mettent en valeur l’enseigne du journal située sous le balcon du premier étage. Pour les statues d’atlantes, le sculpteur Louis Lefèvre s’est écarté de la tradition : il insuffle à ses figures un réalisme, peu fréquent à l’époque, transformant ses modèles en portefaix, le corps tourné vers l’immeuble, les mains saisissant la corniche pour en supporter la charge. Les allégories, sculptées par Ernest Hiolle, manifestent un même désir de nouveauté : l’artiste s’est libéré du modèle de la cariatide, n’hésitant pas à faire tourner ses figures dans l’espace pour mettre principalement en valeur leur l’anatomie.


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 Aimé Millet (1819-1891)
(2e) 2, rue du Quatre-Septembre

L’immeuble a été construit en 1870 par Henry Dubois, qui fut, par ailleurs, l’architecte de la compagnie des marchés de Paris et édifia, à ce titre, de nombreux marchés métalliques dans la Capitale. La façade offre peu de fantaisie décorative, à l’exception d’un couple de cariatides engainées, de facture classique, situées de part et d’autre de la fenêtre d’axe au dessus de la porte d’entrée. Elles sont dues au sculpteur Aimé Millet qu’Henry Dubois a pu connaître lors de la construction du Grand Hôtel à laquelle, tous deux ont collaboré sous la direction de l’architecte Alfred Armand. Les figures ont été sévèrement ravalées il y a quelques années au moment du nettoyage extérieur du bâtiment et ont perdu une grande partie de leur nervosité.


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 Aimé Millet (1819-1891)
(2e) 12, rue du Quatre-Septembre

L’immeuble a été construit, en 1865, par André Cheviron à la demande de la compagnie d’assurance « Le Monde » pour laquelle il réalisa également, quelques années plus tard, les bureaux du 19 rue de Châteaudun. Le bâtiment s’éloigne du modèle traditionnel de l’immeuble urbain avec l’introduction en façade d’un ordre colossal faisant saillie et englobant le premier et le deuxième étage. Pour donner à l’entrée de l’immeuble le caractère monumental qu’exigeait le programme, Cheviron a flanqué l’arcade du portail d’accès de cariatides ailées, dues au sculpteur Aimé Millet, évoquant, de manière originale, des figures de renommées. Cellesci ont une élégance qui montre l’aptitude de l’artiste à s’adapter au programme. Elles étendent le bras et la main chargée d’épis vers le motif couronnant l’arcade. On voyait à l’origine, à la clef, un globe terrestre portant le nom de la compagnie.


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 Jules Salmson (1823-1902)
(9e) 2, boulevard des Capucines - 3, rue de la Chaussée-d’Antin

Le théâtre du Vaudeville (devenu Cinéma Le Paramount en 1927) a été élevé à l’angle du boulevard des Capucines et de la rue de la Chaussée d’Antin en 1868. Commandé par la Ville de Paris et construit par l’architecte Auguste Magne, il présentait à l’étage supérieur quatre cariatides symbolisant la Folie, la Comédie, la Satire et la Musique dues au sculpteur Jules Salmson. La disposition d’ensemble est directement inspirée des façades de palais qui fut de règle au tournant du siècle pour les façades de théâtres ou de banques (cf. les deux façades du Crédit Lyonnais, 19, boulevard des Italiens et 16, rue Quatre-Septembre et celle de la Société Générale, 29, boulevard Haussmann). Le pan coupé du bâtiment fut remanié ultérieurement avec l’ajout d’une coupole d’angle et la transformation des fenêtres hautes qui furent alors encadrées de six nouvelles cariatides conçues à partir d’un modèle unique (actuellement en place). Le théâtre comporte une entrée latérale située au 3, rue de la Chaussée d’Antin. Composée de deux portes jumelées, elle est surmontée d’un atlante et de deux cariatides. Elles sont probablement postérieures à la construction de l’immeuble et liées à son remaniement.


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 Edmond Lormier (1847-1919)
(9e) 71, rue de Provence

L’immeuble du 71 rue de Provence, qui fait retour sur la rue de la Chaussée d’Antin, a été construit en 1887 par Alfred Leroux. L’architecte est avant tout connu pour avoir édifié à la même époque, sur une vaste parcelle située à l’angle des rues La Fayette, Rochechouart et Lamartine, le siège du Petit Journal. Rue de Provence, Leroux a soigné le décor extérieur et placé en agrafe au dessus des corniches des fenêtres du premier étage, de part et d’autre du pan coupé, deux médaillons sculptés, montrant, l’un, le duc d’Antin et l’autre le comte de Provence. Cette référence à l’Histoire du lieu rejoint tout un courant de l’art public dévolu à la fin du 19e siècle au culte des grands hommes. Dues au sculpteur Edmond Lormier (auteur de nombreux monuments publics, particulièrement dans le Pas-de-Calais dont il est originaire), deux cariatides complètent le décor de façade. Elles soutiennent la corniche du premier étage au dessus de la porte d’entrée et tiennent des fleurs et des fruits. Seul l’arrangement du drapé qui les habille permet de les distinguer l’une de l’autre.


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 Joseph Michel Caillé (1836-1881)
(9e) 2, place Estienne-d’Orves

Construit en 1866 par l’architecte Jean-Charles Forrest à deux pas de l’église de la Trinité, chef-d’oeuvre de l’éclectisme, l’immeuble du 2, place Estienne-d’Orves témoigne, lui aussi, d’une belle liberté ornementale. Deux atlantes, sculptés par Joseph-Michel Caillé, encadrent, à l’entresol, l’arc en plein cintre de la porte cochère et supportent le balcon du premier étage. L’artiste leur a donné des traits égyptiens, tout en les habillant, à la taille, d’une peau de lion évoquant la figure d’Hercule. Il reprendra deux ans plus tard cette veine pour réaliser un des groupes de l’attique du pavillon des Etats au Louvre montrant un enfant appuyé sur une tête de sphinx (déposé en 1985). Caillé ne fut pas le seul à trouver dans l’art de l’Egypte ancienne une alternative aux sources gréco-romaines. Un immeuble de la rue des Bourdonnais (1er), construit par l’architecte Joseph Lobrot, fut, lui aussi, décoré, vers la même époque, de cariatides égyptisantes sculptées par Charles Gauthier (détruit en 1973).


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Aimé Millet (1819-1891)
3, rue de Palestroe
Aimé Millet (1819-1891)
12, rue du Quatre-Septembre
Jules Salmson (1823-1902)
2, boulevard des Capucines
3, rue de la Chaussée-d’Antin

 


Puce cultureTout savoir sur la balade :

* Atlante : figure d’homme, en ronde-bosse ou en relief, servant de support vertical. L’atlante évoque le géant Atlas qui fut condamné par Zeus à porter la voûte du ciel sur ses épaules. Il est montré debout, assis ou accroupi, les mains au dessus de la tête, aux hanches ou aux genoux et supporte sur le cou et sur les épaules un entablement. Les atlantes, dont la partie inférieure est prise dans une gaine, sont dits engainés.

** Cariatide (de Kariatides, femme de Carie) : statue féminine, avec ou sans bras, vêtue d’une longue robe, utilisée comme support vertical. Les cariatides sont employées pour soutenir les entablements, leur tête servant directement d’appui. Les cariatides sont dites engainées lorsque leur partie inférieure est prise dans une gaine.

(D’après Principes d’analyse scientifique, La sculpture, méthode et vocabulaire, Paris, 1978)

 

Ville de Paris / DAC / Août 2008 ; © Ville de Paris – C. Fouin, J.M. Moser, C. Pignol

Mise à jour le : 14 avril 2014
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