Lucile, l'entraide chevillée au corps

Lucile fait partie des centaines de bénévoles qui ont spontanément proposé leur aide à Emmaüs Solidarité, au centre humanitaire d’accueil pour réfugiés. Habitante du 18e, elle s'y rend seule ou avec sa tante car, chez Lucile, bénévolat et solidarité sont une histoire de famille.

Elle déboule dans un troquet du 18e arrondissement où siègent en majorité des habitués, dans la fameuse et populaire rue du Poteau. Chemisier à fleurs, pantalon de velours rouge, ses joues sont rosies par le froid car Lucile se déplace en Vélib', «plus pratique et plus rapide». Jeune fille solaire au visage rayonnant et souriant, ses pieds sont solidement ancrés dans la réalité. Elle nous raconte les raisons de son engagement et son quotidien au centre, auprès des réfugiés.


Une histoire de famille

Originaire de Normandie, Lucile accompagnait déjà sa grand-mère au Secours populaire et au Secours catholique. Cette étudiante de 22 ans en génie mécanique rêve de devenir ingénieur dans l’aéronautique. «Cet été, j'ai suivi toute la construction du centre car c'est sur mon chemin pour aller à Saint-Denis où je suis en alternance et ça a réveillé ma fibre solidaire».

Lucille, benévole d'Emmaüs Solidarité au centre pour les migrants du 18e

Lucile en discute avec sa tante. Quand elles apprennent qu'Emmaüs Solidarité gère le projet, elles remplissent un questionnaire en ligne pour postuler en tant que bénévoles. «On nous demandait quelles étaient nos motivations, quelle était notre expérience dans le bénévolat... Au bout de quinze jours, j'ai reçu un appel de Camille, la responsable des bénévoles -on est environ 400-, je l'ai trouvée tout de suite très à l'écoute et pleine d'énergie. Il y a eu des portes ouvertes auxquelles je n'ai pas pu me rendre mais on a reçu chacun un mail détaillé avec les différentes missions, laverie, traduction, service des repas, accompagnement à l’hôpital… moi j'ai demandé l'accueil. On est donc arrivé en sachant ce qu'il fallait faire.»

Les horaires ne sont pas imposés. À la fin de chaque semaine, Camille, la responsable des bénévoles, envoie à tous un Google doc (un document partagé que chacun peut créer et modifier où qu'il soit). Avec le calendrier de la semaine à venir, ils s'inscrivent par tranche horaire de 3h, 12 personnes maximum, de 9h à 20h.

Avec les réfugiés

Sur places, les bénévoles ne sont pas forcément affiliés à une tâche en particulier, ils vont là où il y a besoin. Lucile trouve que le centre est bien pensé, il fait chaud, il y a du Wi-Fi, les résidents peuvent enfin communiquer tranquillement avec leur famille: «Je discutais avec un traducteur en arabe du Samu social qui était surpris d'une telle qualité d'accueil et de l'ambiance relativement joyeuse au vu des circonstances».

Arrivée à Paris l'année dernière, Lucile explique que cette expérience lui permet aussi de rencontrer des gens et de créer du lien: «Emmaüs Solidarité, Utopia56, Médecin du Monde, le Samu social, il n'y a pas de barrière, tout le monde se parle, c'est fluide, nous sommes tous unis par une même cause, un même but».

Le centre pour migrants Paris 18

Certains réfugiés restent réservés, ils ont peur, «mais malgré la barrière de la langue, on arrive toujours à s'en sortir»». Sa tante, institutrice en ZEP, a la méthode. Elle a récemment improvisé un petit cours de français avec les moyens du bord.
Lucile leur a montré comment jouer au ping-pong, jeu que les résidents ne connaissaient pas. "Un jour on jouait au baby-foot sous le préau, des rafales de vent s’engouffraient et je ne pouvais m'empêcher de penser aux nuits qu'ils avaient passées dehors». 

Lucile reconnaît qu'il n'est pas toujours évident de parler de certains sujets, comme de la famille qui est restée au pays, des enfants, «Parfois j'ai un peu honte, je me sens tellement privilégiée». Et puis, il y a des moments plus légers: «Souvent, ce sont eux qui viennent naturellement me voir, ils me disent "salut ça va?", on échange deux trois mots d'anglais s'ils ne parlent qu'arabe et puis on finit toujours par rigoler. Une fois c’était très drôle, je discutais avec un jeune Soudanais qui portait le même prénom que moi, dans son pays Lucile est un prénom masculin, quand il s'est rendu compte qu'ici c'était féminin, ça nous a fait éclater de rire».

Redonner pour conserver

Lucile pense que c'est sa première véritable expérience en tant que bénévole: «Ça me permet de relativiser et je me sens mieux en m'occupant des autres. J'ai l'impression de faire quelque chose d'utile, je culpabilise moins de la chance que je peux avoir par rapport à d'autres qui sont nés sous une moins bonne étoile». Le tout est de rester optimiste et Lucile a conscience que c'est ensemble qu'on peut accomplir beaucoup: «C'est peut-être utopique mais ça me fait progresser, grandir et regarder les choses avec un autre point de vue».

Lucile pense à tout ça quand elle rentre chez elle bien au chaud. Pour elle, c'est une évidence: «Même si ça nécessite de se motiver, de sortir, on n'a pas toujours envie, je préfère donner ce temps-là, plutôt que de rester dans mon canapé à regarder un film ou une série. Le soir je me dis que je n'ai pas perdu mon temps».


Lucille, bénévole au centre humanitaire pour migrants dans le 18e

C'est aussi un clin d’œil à sa grand-mère qui n'est plus là, «à deux trois jours près, mes débuts au centre coïncidaient avec la date anniversaire de son décès». Sa grand-mère, la mère de sa tante, est le trait d'union familial. Lucile dit en riant: «Camille croyait d'ailleurs qu'on était mère et fille ma tante et moi, ça a fait un peu moins plaisir à ma tante qui sur le coup a pris un sacré coup de vieux!»

Elle ne parle pas à l’extérieur de son engagement: «Les avis sont partagés. Parfois quand j'entends les gens parler, ressasser des propos haineux, je n'ose même pas dire que je suis bénévole». Elle a aussi pu être surprise, car certains, qui avaient tenu de durs propos sur les migrants, sont arrivés les bras chargés de plusieurs manteaux pour une collecte. «Je vais moi-même prochainement ramener des vêtements de Normandie et les donner à Utopia56 qui collecte des vêtements dans Paris et les redistribue au centre. Ils ont besoin de manteaux et de chaussures chaudes... On aide comme on peut!»
Lucile l'affirme: «Ce n'est pas une contrainte d'y aller, c'est un plaisir, même si oui c'est épuisant».

Elle regarde sa montre, s'excuse. Il est l'heure, elle risque d'être en retard. Lucile retraverse Paris pour donner un cours particulier à un enfant en difficulté: «On a toujours cette envie d'aider». Sa grand-mère peut être fière d'elle.

Dernière mise à jour le vendredi 25 novembre 2016
Crédit photo : Mairie de Paris/JB Gurliat

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