Au cœur du premier centre pour réfugiés à Paris

Le centre d'accueil pour les réfugiés a ouvert ses portes le 10 novembre dernier au 70 boulevard Ney, dans le 18e arrondissement. Il a accueilli plus de 5.000 personnes lors de ses trois premiers mois.

Peu après la sortie du Métro La Chapelle, nous voilà arrivés au «centre humanitaire d’accueil pour réfugiés» selon les termes d'Aurélie El Hassak Marzorati, directrice adjointe d'Emmaüs solidarité, «je préfère ça à camp de migrants». Cette grande brune élancée au rire franc a du caractère et connaît bien ses dossiers. Elle nous fait pénétrer au pas de course au sein de la structure dont l'entrée est très sécurisée. On aperçoit de là la «bulle», immense structure gonflable destinée à l’accueil et à l’orientation des nouveaux venus, les «primo-arrivants». La bulle contraste avec les alentours, «on la voulait flashy et que ce soit une fierté pour les riverains et pour la Ville de Paris». 

400 places ont été prévues initialement et il est possible d'aller jusqu'à 550 personnes maximum. Le centre propose un accueil temporaire, de 10 jours maximum. Au loin, on aperçoit sur le boulevard Ney une file d'une centaine de personnes devant une seconde entrée, attendant que des places se libèrent. Ils pourront rentrer quand d'autres sortiront, par roulement. En attendant, les bénévoles font des allers-retours en permanence et leur distribuent café, thé et vêtements.

Plus de 5.000 personnes accueillies en trois mois

Le centre d’accueil de la Chapelle a hébergé plus de 5.000 personnes durant ses trois premiers mois d'existence. La structure a accueilli 3.740 hommes, 1.070 mineurs isolés et 439 femmes. Ils viennent majoritairement d’Afghanistan (40% du total), du Soudan (30%), de Somalie (8%) et d’Érythrée. En moyenne, ils ont passé huit jours dans le centre, avant d'être orientés vers un centre d’accueil et d’orientation en province ou un centre d’hébergement d’urgence en Île-de-France.

Aurélie EL Hassak Marzorati directrice adjointe d'Emmaüs Solidarité

Un accueil personnalisé dans la «bulle»

On pénètre rapidement à l'intérieur de la bulle où Aurélie nous explique d'emblée: «Les primo-arrivants qui arrivent ici peuvent tout d'abord discuter avec les bénévoles, prendre un café. Ensuite, ils ont un rendez-vous avec un interprète et un travailleur social. Il y a aussi des juristes si la situation s'avère complexe».
Le centre accueille les réfugiés entre 5 et 10 jours, il est donc important, pour ne pas engorger la structure, de rapidement faire la différence entre les demandeurs d'asile et les sans-papiers qui ne peuvent prétendre à l’asile politique. Ces derniers sont alors orientés vers d'autres structures: «Nous avons prévu un système de navette qui les y emmène directement». 

Le centre pour migrants Paris 18

Un diagnostic santé fait par le Samu social est ensuite proposé, sans toutefois être imposé. Aurélie insiste sur l'importance du premier diagnostic qui dure entre 20 et 30 minutes et permet de voir si la personne nécessite ou non une prise en charge immédiate. Médecins du Monde tient des permanences 5 jours sur 7.
Des psychologues interviennent également  car ils peuvent mettre en lumière d'autres problématiques: «Nous avons eu le cas d'une personne qui avait vécu de tels sévices qu'il était préférable de l'envoyer au calme dans un village avec une petite communauté pouvant lui prodiguer un accueil chaleureux et sécurisant». Ici, une réponse adaptée est apportée à chaque situation.

Le centre pour migrants Paris 18

La Halle

Après le diagnostic infirmier, un bénévole accompagne la personne dans la Halle, un ancien entrepôt de la SNCF de 8.000 m² qui abrite désormais huit îlots, composés chacun de douze cabanes en bois de 16 m² chauffées. Elles disposent de 4 lits, 4 armoires, 4 prises électriques et du Wi-Fi, afin que les résidents puissent communiquer avec leur famille. Au-dessus de chaque lit, un tableau, offert et peint par les artistes amateurs des Beaux-Arts, apporte une touche de couleur et souhaite la bienvenue aux nouveaux venus.
On trouve également dans chaque îlot ou «village», des douches et toilettes pour 8 personnes. Aurélie nous précise que les quartiers ne sont pas définis par langue ou nationalité, pour préparer les résidents à la suite. Ces équipements, aménagés pour une durée de 18 mois, sont démontables et remontables sur n'importe quel terrain. Le centre est du «logement intermédiaire», comme à Jean-Quarré, CHU pour migrants, ou aux Grands Voisins, lieu pluriel et solidaire géré par l'association Aurore. Un salarié d'Emmaüs est présent 24h/24 par bloc, il est l'interlocuteur privilégié des résidents.

Le centre pour migrants Paris 18

Nous passons aussi devant un pôle santé, un espace restauration, une laverie et un magasin qui distribue gratuitement vêtements et kits d’hygiène. «Emmaüs Solidarité gère la distribution des kits d'hygiène, chaque résident en reçoit un à son arrivée avec tout le nécessaire, les vêtement sont gérés par Utopia56 qui les collecte dans Paris et les redistribue ici» précise la directrice adjointe.
Elle développe: «Pour les activités, nous avons demandé aux résidents du CHU de Jean-Quarré ce qu'ils auraient installé comme équipements pour eux-mêmes et on s'est aussi servi de notre expérience là-bas. Ici, il y majoritairement des hommes, entre 18 et 35 ans, il ont besoin de se dépenser. Aujourd'hui il pleut mais d'habitude ils sont toujours à l'extérieur en train de jouer au foot».
La Direction de la jeunesse et des sports a fourni des baby-foot, des équipements sportifs de musculation, des agrès…

Le centre pour migrants Paris 18

Un projet qui devrait en initier d'autres


Aurélie résume dans un tourbillon: «Ici, nous avons en majorité des Soudanais, Afghans, Érythréens, Éthiopiens, quelques Iraniens et Libyens, il y a même un Russe. Ils arrivent  via le bouche à oreille mais nous avons fait des flyers en plusieurs langues qui seront distribués dans toute la capitale pour orienter les gens ici, en particulier s'il y a de nouveaux campements».
Plus de 100 entreprises ont travaillé sur ce projet pour différents types d'équipements comme les barrières qui entourent le centre, présentes à la fois pour protéger les migrants et pour prévenir la présence de squatters. On retrouve partout la même signalétique colorée qui permet à tous de dépasser la barrière de la langue et de se repérer.

Centre d'accueil pour les réfugiés à Paris 18e

Ce qui frappe avant tout c'est le calme qui règne en ces lieux, pas de cris, pas de bousculades, pas de files d'attente. «C'était très important pour nous que ce soit fluide à l’intérieur du camp, nous faisons entrer 50 à 70 personnes par jour et par groupe de 20. Nous avons fait des portes ouvertes et organisé un genre de speed-dating géant avec les riverains et les habitants du 18e, Il y avait même des couples avec des poussettes qui se demandaient comment s'organiser pour accorder de leur temps au centre. On a eu plus de 500 demandes pour être bénévole, on ne pourra pas prendre tout le monde! Comme à Jean-Quarré, il a fallu s'ouvrir aux riverains afin qu'ils ne restent pas dans la peur ou la réserve et ainsi les choses se passent très bien. Et puis le 18e reste un arrondissent très accueillant!»

Aurélie conclut avec ce beau et franc sourire qui la caractérise: «Nous n'avons pas eu de mauvaises surprises et on est plutôt satisfaits. C'est un projet qui est de toute façon évolutif et on avance au fur et à mesure. On sait malgré tout que l'objectif à terme sera de décentraliser et d’ouvrir plus de structures comme celle-ci dans différentes régions, à Calais ou ailleurs. Ça ne sera pas facile mais il y a de quoi rester optimiste». Un autre centre pour les femmes isolées et les familles ouvrira par ailleurs prochainement ses portes à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Dernière mise à jour le jeudi 11 mai 2017
Crédit photo : Mairie de Paris/JB Gurliat

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