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Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien
Parcours d'architecture
4e ardt - L’Île Saint-Louis
L’Île Saint-Louis
Avant 1614, la future île Saint-Louis se composait de deux îlots : l’île aux Vaches et l’île Notre-Dame, pour l’essentiel terres de pâturages. L’arrivée d’Henri IV au pouvoir marque le début des projets d’urbanisation. Mais c’est Louis XIII qui, en 1614, confia à l’entrepreneur général des Ponts, Christophe Marie, le soin de réunir les deux îles et de construire un pont qui les relierait à la rive droite.
De 1614 à 1650, l’île se vit sertie de quais maçonnés, servant à régulariser le contour et à assurer l’horizontalité du terrain contenu.
Signe d’une opération d’urbanisme calculé, les rues furent tracées selon un plan régulier, avec des intersections à angle droit. C’est à l’architecte Louis Le Vau que l’île Saint-Louis doit ses œuvres les plus majestueuses. Il s’y installe avec sa famille à la fin des années 1630 et entreprend outre la réalisation de nombreux chantiers privés, la construction en 1644 de l’église Saint-Louis-en-l’Ile. En 1664, le lotissement de l’île est pratiquement achevé. Elle héberge deux types de population : des artisans et des marchands souvent fortunés qui s’établissent le long de ses rues intérieures et des personnages de rang plus élevés, nobles ou grands bourgeois, qui préférèrent les quais pour l’édification de leurs hôtels particuliers d’où la vue s’étend sur la Seine et la ville.
Un siècle après, l’île, à l’instar du Marais voisin, a perdu les faveurs de l’élite et mène une vie quasi-provinciale. Quelques meurtrissures lui sont infligées au XIXe siècle avec en 1874 la construction du pont Sully qui entraîne la démolition du splendide hôtel de Bretonvilliers. Après la seconde Guerre mondiale, l’image de l’île s’est progressivement reconstituée avec l’arrivée de peintres, d’acteurs, de chanteurs, d’hommes politiques et d’amoureux fortunés du vieux Paris.
Si son patrimoine exceptionnel ne souffre plus de destructions aussi spectaculaires que par le passé, des dénaturations affectant surtout les intérieurs, continuent par endroit de l’affecter et justifient une vigilance renforcée.
Parcours numéroté et descriptif des bâtiments
Consulter le plan du parcours au format pdf (168Ko)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer.
Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments : 1-3-5-7 et 9 rue Saint-Louis-en-l’Ile – 1-1ter rue de Bretonvilliers – 16 quai de Béthune
Maisons de la haute bourgeoisie. Cet ensemble constitué des maisons sises au 1-3-5-7 et 9 rue Saint-Louis-en-l’Ile, fut édifié pour Claude le Ragois dans les années 1640, lors de la construction de l'hôtel de Bretonvilliers, ce dernier fut démoli à partir de 1840. Les six hôtels de rapport destinés aux enfants de Claude le Ragois et à quelques locataires accompagnaient l'hôtel formant ainsi un îlot desservi par la rue de Bretonvilliers, voie privée accessible sous un pavillon en arcade dessiné par Du Cerceau, existant encore au 9, rue Saint-Louis-en-l'Ile. Les six hôtels de rapport, notamment sur la rue Saint-Louis-en-l'Ile, s'élèvent sur trois niveaux surmontés d'un étage sous combles. Les façades en pierre, percées régulièrement de fenêtres de mêmes dimensions, forment une séquence urbaine ordonnée sur un linéaire d'une centaine de mètres.
18 quai de Béthune
Hôtel Comans-Richelieu. L'hôtel particulier fut construit vers 1647 pour Thomas de Comans sieur D'Astry. Le maréchal de Richelieu en fut propriétaire au XVIIIe siècle mais n'y habita jamais. Alignée sur le quai, la façade principale en pierre, large de huit travées, s'élève sur six niveaux surmontés d'un étage sous combles.
La porte cochère, encadrée par deux longues consoles, est coiffée d'une frise à feuilles d'acanthe et d'une corniche avec modillons. La porte ouvre sur un long vestibule à colonne d'où s'élève un escalier de pierre. La façade sur cour à quatre étages superpose pilastres corinthiens et pilastres composites. Des arcades basses en plein cintre rythment les trois autres côtés de la cour.
20 quai de Béthune
Hôtel Lefèvre de la Barre. Maison de la haute bourgeoisie. Cette maison attribuée à Louis Le Vau, architecte, fut construite vers 1645 pour Antoine Lefèvre de la Barre, conseiller au Parlement. Le lot initial, appartenant aux deux frères Lefèvre, comprenait la parcelle mitoyenne située au 22 quai de Béthune et a été divisé en deux parcelles égales pour accueillir deux maisons semblables partageant une cour commune.
22 quai de Béthune - 2 rue Poulletier
Hôtel Lefèvre de la Malmaison. Maison de la haute bourgeoisie. Situé à l'angle de la rue Poulletier et du quai de Béthune, le lot d'origine, appartenant aux deux frères Lefèvre, a été divisé en deux parcelles égales : le 20 et 22 quai de Béthune. A partir de 1645, deux maisons semblables sont édifiées sur ces deux parcelles mitoyennes. Chacune des deux maisons s'élève sur trois étages carrés surmontés d'un niveau de comble. Alignée sur le quai, la façade en pierre, large de quatre travées, s'ouvre à rez-de-chaussée par une porte cochère constituée de deux vantaux décorés de plaques de bois à gros clous. La porte, encadrée par un appareil à bossage, est coiffée par un linteau horizontal décoré d'un mascaron cantonné de deux grandes ailes. De part et d'autre de la porte, deux consoles à rouleaux soutiennent un balcon. Le balcon, fine dalle de pierre, est situé dans l'axe de la porte cochère devant une porte fenêtre de l'étage noble.
26 quai de Béthune
Hôtel Sainctot. Maison de la haute bourgeoisie. Cet hôtel particulier fut bâti pour Nicolas Sainctot, maître d'hôtel du roi et introducteur des Ambassadeurs. La construction de la maison Sainctot commença à partir de 1640, quelques mois avant l'hôtel d'Hesselin mitoyen, car les deux propriétés, édifiées par Louis Le Vau, furent réalisées pour former un seul ensemble architectural. L'hôtel Hesselin fut démoli en 1934 et la maison Sainctot surélevée de deux niveaux et d'un toit mansardé à partir de 1840. La façade sur le quai, élevée sur quatre étages surmontés d'un niveau sous combles, comporte cinq travées dont celle du centre s'individualise pour souligner l'axe de symétrie de la composition au droit duquel s'ouvre la porte cochère.
28 quai de Béthune
Hôtel Aubert-Perrot. Maison de la haute bourgeoisie. Cet hôtel fut construit de 1640 à 1642 pour Claude Aubert, contrôleur des rentes de l'Hôtel de Ville par Louis Le Vau père.
Dans les années 1770, l'hôtel est habité par Pierre Perrot, Président aux comptes, qui fait réaliser un grand balcon à l'étage noble et ajouter la décoration de la façade.
Les trois bas-reliefs allégoriques de la musique, de la peinture et de la sculpture surmontent les fenêtres du premier étage. On accède depuis la cour à un escalier tournant dont la rampe en fer forgé semble dater des années 1680.
30 quai de Béthune
Hôtel Potart. Maison de la haute bourgeoisie. Cet hôtel a été édifié par Louis Le Vau père de 1640 à 1641 pour Louis Potard, commissaire des guerres. Au début du XVIIIe siècle, la façade sur le quai reçoit une nouvelle décoration. Mascarons, guirlandes et instruments de musique sont sculptés au-dessus des ouvertures des quatre premiers niveaux d'origine. Le dernier étage et le comble sont des ajouts ultérieurs.
Le grand balcon du premier étage est soutenu par six consoles de pierre à rouleaux décorés. La porte cochère, surmontée par un masque féminin encadré de feuillage, ouvre sur un long vestibule menant à la cour.
32 quai de Béthune
Maison Gruyn de Bordes. Maison de la haute bourgeoisie. Cette maison de la haute bourgeoisie fut édifiée de 1640 à 1642 par les Le Vau, père et fils, pour Philippe Gruyn, receveur général des finances à Alençon. La façade sur le quai, élevée sur quatre étages surmontés d'un niveau sous combles, se développe sur trois travées.
Le grand balcon est porté par six consoles métalliques, celle des extrémités étant placée en biais pour épouser la courbe de la plate-forme.
Hôtel de Gontaut-Biron. Cet hôtel a été construit dans les années 1640 pour Simon Huguet. L'hôtel doit son nom à Louis-Antoine de Gontaut, duc de Biron qui en fut propriétaire dans la première moitié du XVIIIe siècle.
Il comprend deux corps de logis, l'un aligné sur le quai, l'autre adossé en fond de parcelle. Ce dernier accueille un bel escalier en bois à balustres carrés dont la cage a reçu un décor en trompe-l'oeil.
Hôtel de Pierre Viole, conseiller au Parlement, président aux enquêtes, à partir du 1er février 1642, exilé à la fin de la Fronde comme l'un des meneurs de la Révolte. La construction est mal documentée mais date des années 1640. En 1661, les Viole vendent leur demeure à Pierre Forest, maître d'hôtel et premier valet de chambre du roi, dans la famille duquel elle reste jusqu'en 1762. A cette date, elle est achetée par Pierre Thomas Perrot, conseiller du roi qui le cède à son tour à ses neveux en 1770. Inhabité depuis plusieurs années, l'édifice est alors très vétuste. Restauré au XVIIIe siècle, puis à plusieurs reprises au cours du XIXe siècle, en particulier par Jules Jaluzot, fondateur des magasins du Printemps, l'hôtel a tout perdu de son aspect classique et ne se distingue que par un bel escalier tournant dont la rampe de serrurerie doit dater de l'époque des frères Perrot. De 1912 à 1934, il fut habité par Marie Curie.
Maisons à loyer. Les trois parcelles 38, 40, 42 de la rue Saint-Louis-en-l'Ile, de dimensions similaires, constituaient initialement un seul lot appartenant à Louis Leblanc en 1640. Chacune des trois maisons à loyer, édifiée sur chaque parcelle, présente une même composition de façade : une travée centrale encadrée par deux travées de dimensions plus réduites. Les deux parcelles latérales, les 38 et 42, partagent le même système de distribution et la même implantation des bâtiments.
Cette implantation, adossant l'aile de liaison en limite séparative latérale, permet de mettre en commun l'espace des cours intérieures des trois parcelles. Il semble donc bien que ce soit le même maître d'ouvrage et le même entrepreneur qui ont édifié les bâtiments de ces trois parcelles. On retrouve cette cohérence architecturale sur d'autres groupes de parcelles, notamment le long de la rue Saint-Louis-en-l'Ile.
Hôtel de “Chenizot”. Cet hôtel particulier construit dans les années 1620 pour Pierre de Verton, comprend un corps de logis aligné sur la rue et un deuxième entre cour et jardin, qui s'étendait jusqu'au quai d'Orléans. Au XVIIIe siècle, François Guyot de Chenizot acquit l'hôtel et le fit décorer à la mode rocaille.
La façade sur rue, en pierre, s'élève sur un rez-de-chaussée entresolé surmonté de deux niveaux couronnés par un étage sous combles. Le passage cocher est encadré par un appareil à bossages vermiculés réalisé par Pierre de Vigny en 1726. Il est surmonté par un balcon sinueux soutenu par deux consoles représentant des chimères et d'une tête de faune. Un fronton triangulaire orné de bas-reliefs couronne la baie de l'étage noble. On retrouve le même style de rocaille sur les façades des bâtiments sur cour. Escalier ancien documenté à cette adresse.
Etudes réunies par Béatrice de Andia et Nicolas Courtin, L’île Saint-Louis, Action artistique de la Ville de Paris, 1997
Apur, Ile Saint-Louis et Ile de la Cité, diagnostic urbain et patrimonial, mai 2004



