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Parcours d'architecture

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Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien

Parcours d'architecture

12e ardt - Le lotissement d'Aligre et ses environs


Le lotissement d'Aligre et ses environs
De nombreux lotissements furent réalisés dans le faubourg Saint-Antoine, sur une partie des terres de l’abbaye Saint-Antoine, dès avant la fin de l’Ancien Régime. Tel fut le cas du lotissement d’Aligre, lancé à l’initiative de Gabrielle Charlotte de Beauvau Craon afin de créer un marché de denrées comestibles et de fourrage et ainsi désengorger la rue du Faubourg Saint-Antoine. Cette opération avait également un but spéculatif. Les vastes terrains qui n’étaient alors que des “marais” furent vendus à des opérateurs privés dont le sieur Chomel de Scériville. Ce dernier commanda à l’architecte Samson-Nicolas-François Lenoir, très en vogue à l’époque, le dessin du plan masse du lotissement d’Aligre, la conception du marché, celle des quatre immeubles formant les angles de la place centrale ovale… Désireux de réaliser un lotissement de qualité, Lenoir mania les principes éprouvés de l’ordonnancement urbain classique et traça des rues médianes qui desservent la place centrale ovale. Quatre rues, parallèles deux à deux, rejoignaient la place du marché : la rue d’Aligre, la rue Lenoir, la rue de Cotte et la rue Trouvée, mais aujourd’hui elles ont été réunies et ne sont plus qu’au nombre de deux : la rue d’Aligre et la rue de Cotte.
Spéculateur, puisqu’il s’est intéressé à l’opération mais néanmoins toujours soucieux d’ordonnance urbaine, Lenoir s’évertua à édifier des maisons de rapport d’une très grande qualité architecturale, comme le 17 rue d’Aligre, qualité qui se rapproche fortement de celle des immeubles du lotissement contemporain de l’Odéon. Certaines parcelles sont constituées de vastes immeubles, souvent dotés de longues et grandes cours. Ces dernières vont, au fil du temps, abriter des activités ; phénomène qui reproduit, ex-nihilo, la morphologie habituelle du faubourg Saint-Antoine.
Progressivement, le lotissement d’Aligre se densifia. En 1843-1846, un nouveau marché prévu par la ville fut reconstruit, à la place des deux marchés Lenoir. Le percement, en 1904, des rues Emilio-Castellar et Théophile-Roussel, sur un tracé qui ouvre la place d’Aligre aux nouveaux quartiers de la rue de Prague et du square Trousseau, a entraîné la construction d’immeubles post-haussmanniens sur le côté ouest de la place. Les artisanats et industries ont progressivement envahi le lotissement alors que celui-ci, par la régularité du parcellaire voulu par Lenoir, appelait plutôt un habitat bourgeois et un paysage urbain ordonnancé.
Cependant, tous les bâtiments qui figurent sur le plan de masse du lotissement d’Aligre (vers 1786) ne semblent pas datés de l’opération. En effet, certains ont été élevés bien antérieurement. C’est, par exemple, le cas du 91 rue de Charenton (1 rue de Cotte) ou encore du 3-5 rue d’Aligre qui sont des vestiges (avec d’autres parcelles) de l’ancien hôtel de Gournay.
Construit avec une certaine lenteur, le lotissement d’Aligre n’a pas bénéficié, en définitive, de l’unité architecturale souhaitée par ses concepteurs. Amputé au nord par l’ouverture de la rue Crozatier en 1801, gravement dénaturé durant les années 1970 et ayant subi un renouvellement continu de son bâti dès le début du XIXe siècle, ce lotissement, par son ambition, demeure néanmoins un cas unique dans le faubourg Saint-Antoine.
Puce urbanisme Parcours numéroté et descriptif des bâtiments remarquables 

 
Plan du parcours architectural, 12ème arrondissement

» Consulter le plan du parcours au format pdf (188 Ko)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer. 


Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments :
 


Pastille 1 64 avenue Ledru Rollin

Ensemble construit vers 1880-1890 autour d'une cour rectangulaire, sur une parcelle traversante. Il s'ouvre avenue Ledru Rollin par un immeuble de rapport en pierre de taille et brique adroitement composé et signé “P. Flanet, architecte 1891”. A l'arrière, sur cour, se développent symétriquement des ateliers en pierre, brique et métal élevés de trois étages sur rez-de-chaussée. Une verrière à structure métal en tiers-point abrite une partie de la cour. Celle-ci se clôt, côté rue Traversière, par un immeuble présentant une façade composée symétriquement de sept travées autour d'un porche monumental en plein cintre et élevée de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée. Les modénatures sont très sobres (chaînes de refends, bandeaux et moulurations autour des baies). L'une des parcelles polyvalentes habitat-industrie-commerce les plus caractéristiques du faubourg pour la régularité de l'espace et de l'esthétique (verrière) de la cour.

pastille 2 66 avenue Ledru Rollin

Eglise Saint-Antoine-des-Quinze-Vingt élevée pour le compte de la Ville de Paris par l'architecte Lucien-Robert Roy sur les plans d'Emile Vaudremer et Paul Bichoff entre 1902 et 1904. La conception de cette église emprunte beaucoup aux œuvres majeures de Vaudremer : Saint-Pierre de Montrouge, Notre-Dame d'Auteuil et surtout l'église grecque de la rue Bizet. Elle offre un bel exemple de juxtaposition du style néo-roman et de techniques nouvelles. Le clocher aligné sur l'église est désaxé par rapport à la rue. Cette tour de style roman, flanquée d'un escalier en échauguette, domine le mur en brique animé par une horloge en fer de grande taille. A l'intérieur, les structures reproduisent fidèlement les arcades en plein cintre, les chapiteaux et les lourds piliers des églises romanes. Mais une large verrière au-dessus du transept, la forme incurvée des tribunes, l'usage systématique du fer forgé, le décor en grès de Bigot des autels sont autant de signes de modernité. Oeuvre posthume, réalisée assez fidèlement par un disciple, Saint-Antoine-des-Quinze-Vingt révèle l'attirance de Vaudremer, dans les dernières années de sa vie, pour le pittoresque et l'asymétrie.
 

pastille 3 1 rue de Cotte – 91 rue de Charenton

Maison d'angle d'aspect néoclassique élevée de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée, vestige de l'ancien hôtel de Gournay profondément modifié par l'ouverture des rues de Cotte et d'Aligre dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le 91 rue de Charenton – 1 rue de Cotte constitue l'ancienne aile latérale ouest, avec retour sur la rue de Charenton. Sa façade a été reprise dans un style néoclassique probablement vers 1820-1840. Le bâtiment donnant sur la rue de Cotte a été épaissi côté cour avec l'aménagement d'un nouvel escalier à limon tournant et d'une nouvelle porte cochère. Corniche très saillante. Chaînage d'angle. Construction à usage mixte, atelier et habitation, vers 1860 sur cour dont l'accès sous porche est carrossable depuis la rue de Cotte.

pastille 4 3 rue d’Aligre

La parcelle du 3-5 rue d'Aligre est remarquable pour le bâtiment en redans qui s'y élève. Il s'agit d'une partie du corps de logis central de l'ancien hôtel de Gournay, sectionné au niveau de son avant-corps central par l'ouverture de la rue d'Aligre. La cour de cette parcelle, ouverte sur la rue d'Aligre serait ainsi l'un des derniers vestiges apparents de la cour principale de l'ancien hôtel de Gournay.

pastille 5 17 rue d’Aligre

Maison de rapport probablement édifiée par l'architecte du lotissement d'Aligre, Samson-François Lenoir dit Lenoir le Romain (1730-1810). L'édifice figure sur le plan masse du lotissement et par conséquent, a été construit entre 1777 et 1786. D'une écriture néoclassique de grande tenue, construit en pierre de taille, cet immeuble repose sur un soubassement affecté aux commerces, percé d'arcades englobant le rez-de-chaussée et l'entresol. Au-dessus, s'élève l’étage noble qui développe de hautes fenêtres dont la modénature joue sur la sobre alternance d'une baie sans mouluration et d'une baie coiffée d'une plate-bande reposant sur deux consoles. Le second étage, moins élevé, arbore des fenêtres ornées seulement d'un appui reposant sur deux modillons. Après une frise sans décor et une épaisse corniche, un comble mansardé achève la composition. Les ferronneries, qui reprennent le motif “Grand Siècle” du cercle et de l'ellipse, affichent, elles aussi, la qualité sociale attendue des habitants. Il est probable que le 17 rue d'Aligre ait eu pour but de donner le ton aux autres constructions du lotissement.
pastille 6 24-28 rue d’Aligre

Maison composée de douze travées et élevée de deux étages carrés sur rez-de-chaussée élevée aux alentours de 1800 dans la foulée du lotissement d'Aligre. La façade est moins monumentale que celle du no 17, mais elle n'induit pas moins dans le paysage de la rue une ordonnance liée à la longueur, à sa modénature répétitive et à l'atypique fronton triangulaire central. Appuis de fenêtre sur un modèle Louis XVI. Deux escaliers à limon tournant et barreaux carrés engagés. Traits de refends dans l'enduit.

pastille 7 19 rue d’Aligre

Le bâtiment s'ouvrant sur la rue d'Aligre fait partie de l'opération de lotissement de cette rue engagée vers 1780. Sa façade, de style néoclassique, se compose de huit travées et est élevée de trois étages carrés sur rez-de-chaussée et un étage d'attique. Les appuis de fenêtre, soutenus par des consoles en dés au second étage, présentent des motifs Louis XVI. Un escalier à limon tournant et rampe à barreaux carrés engagés dessert les étages. La corniche est soulignée de denticules. A l'arrière, la cour comporte des constructions diverses de la fin du XIXe siècle.
pastille 8 21 rue d’Aligre – 20 rue de Cotte
Le bâtiment s'ouvrant sur la rue d'Aligre, doté d'une écriture composite remarquable, fait partie de l'opération de lotissement de la rue d'Aligre vers 1780. Sa façade se compose de six travées et est élevée de trois étages carrés sur rez-de-chaussée et un étage en retiré. La cour, par son étroitesse et la faible hauteur des bâtiments qui la bordent, manifeste une harmonie d'espace intéressante. Le bâtiment d'un étage sur rez-de-chaussée à gauche de la cour, avec un rez-de-chaussée largement ouvert par une forte poutre en chêne soutenue par de puissantes consoles, contribue par son origine commune avec le bâtiment de la rue d'Aligre à la forte valeur monumentale de la parcelle. Le bâtiment sur la rue de Cotte probablement construit vers 1830, avec sa faible hauteur et son écriture vernaculaire, contraste avec le bâtiment sur la rue d'Aligre : il constitue la façade arrière de la cour.

pastille 9 122 rue du Faubourg Saint-Antoine

Bâtiment sur rue d'un étage carré sur rez-de-chaussée d'aspect et sans doute d'origine du XVIIIe siècle construit sur une parcelle peu profonde. La façade, composée symétriquement, comprend cinq travées. Le brisis est percé de trois lucarnes cintrées à charpente en bois apparente. La porte dans l'axe de symétrie du bâtiment présente une légère arrière-voussure.
Il s'agit de la construction la plus basse de cette séquence remarquable qui s'étend du square Trousseau à la rue de Cotte et dont les bâtiments les plus anciens sont “tenus” aux extrémités par deux immeubles de rapport du début du XXe siècle. La composition de cet ensemble constitue une forme de résumé du paysage et des modulations de ligne de ciel du faubourg.

pastille 10 33 rue de Cotte

3 rue de CotteImmeuble dans son aspect actuel vers 1800 présentant une façade composée de quatre travées et élevée de trois étages carrés sur rez-de-chaussée. Corniche saillante à la retombée du toit. Appuis de fenêtre et garde-corps de style néoclassique. Escalier à volées droites desservant le premier niveau avec une rampe à barreaux ronds engagés vers 1800 et se prolongeant au-delà par un escalier à limon tournant à barreaux en “col de cygne”. Sur cour, bâtiment comprenant trois étages d'habitation édifié vers 1860. La belle tenue du bâtiment sur rue constitue un témoignage remarquable du lotissement d'Aligre.

pastille 11 25 rue de Cotte

Immeuble caractéristique du lotissement d'Aligre vers la fin du XVIIIe siècle présentant une façade sur rue de style néoclassique formée de cinq travées et élevée de trois étages carrés sur rez-de-chaussée. Traits de refends dans l'enduit. Appuis de fenêtre soutenus par des consoles. Mansardes révélant une surélévation de la période haussmannienne. Cet édifice participe, avec les nos 27, 29 et 33 de la rue de Cotte d'une séquence témoignant du premier lotissement.

pastille 12 8 rue de Prague – 7 rue Théophile Roussel – 3 rue Charles Baudelaire – 9 rue Emilio Castelar

8 rue de PragueGroupe HBM de la fondation Rothschild réalisé par Nénot et achevé en 1909. Cet ensemble est la réalisation la plus emblématique de la fondation Rothschild, et le concours d'architecture qu'il suscite en 1905, à l'Hôtel de Ville, constitue un brillant résumé de l'architecture hygiéniste. Parmi les 127 concurrents ayant remis des esquisses, se distinguent les projets de Tony Garnier (le plus radicalement novateur), celui du lauréat Augustin Rey, d'Henry Provensal (classé second), de Ventre et Majou (encore étudiants). Le projet réalisé se démarque toutefois fortement du projet d'Augustin Rey. Après la démission de ce dernier, les plans définitifs sont établis par Nénot en 1907. L'alignement sur rue, brisé par Rey, y reprend tous ses droits, les cours n'étant ouvertes sur la rue que par des brèches. Même revu dans un sens plus académique, le groupe reste une référence, dans la mesure où il concrétise toutes les théories et rassemble tous les objets techniques propres au logement populaire. C'est aussi un village où tout est prévu pour une vie en quasi-autarcie grâce à une palette d'équipements et une école où des ouvriers enlevés à leur taudis, viennent apprendre à habiter dans les meilleures conditions possibles.
pastille 13 81-83 avenue Ledru Rollin et 18 rue Saint-Nicolas

81 avenue Ledru RollinEnsemble d'habitation post-haussmannien construit vers 1892 sur une parcelle traversante entre l'avenue Ledru-Rollin et la rue Saint-Nicolas. La morphologie caractéristique de la cour de faubourg et sa mixité fonctionnelle ont été respectées dans ce programme post-haussmannien de logements bourgeois.


Puce urbanisme Principaux repères bibliographiques

Paris Projet nos 32-33, Quartiers anciens, approches nouvelles, Le faubourg Saint-Antoine, pp. 92-116 Atelier Parisien d’Urbanisme, 1998
Daniel Alcouffe et Jean-Baptiste Minnaert, Le faubourg Saint-Antoine, Délégation à l’Action artistique de la Ville de Paris, Paris 2000
Dominique Hervier et Marie-Agnès Férault, Le faubourg Saint-Antoine un double visage, Cahiers du patrimoine no 51, 1998

Mise à jour le : 09 mai 2012
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