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Paris à l'horizon 2025

Concurrence ou développement économique partagé ? (25 avril 2005)

Textes des principales interventions
Patrick LE GALES
Patrick Le Galès au séminaire « Paris à l’horizon 2025 » 25 avril 2005

chercheur au CEVIPOF

Une enquête menée sur 4 pays européens a d'abord montré que tout le monde se pose la même question. Les Allemands, les Britanniques et les Italiens se demandent comment on invente une gouvernance économique métropolitaine.
Par ailleurs, poser la question de la gouvernance économique n'implique pas qu'il y ait une seule bonne façon de faire, un bon modèle à importer. On s'interroge sur les combinaisons entre des fragments de régulation de marché, de politiques publiques à partir des règlements ou des impôts ou bien, au contraire, en termes d'outils de mobilisation. On part de modes de coordination plutôt liés à des associations d'entreprises ou à des régulations entre syndicats et patronats et chacun essaie de trouver des combinaisons performantes.
La gouvernance économique sur un territoire pose aussi la question de l'articulation entre des logiques de gouvernement - qui restent présentes partout - et des logiques de gouvernance, pour trouver une bonne coordination sur des territoires et des secteurs particuliers.
Concernant le développement économique, dans le débat français, on aime bien penser en termes de pôles, de proximité, de regroupements géographiques et d'immobilier. Certes, ces enquêtes sur les PME ou les grandes entreprises montrent que ces questions de proximité, d'interface, ont une dimension territoriale très forte. Mais ces stratégies et les ressources nécessaires aux firmes renvoient à des réseaux de plus en plus mondialisés ou européanisés. Attention à ne pas revenir dans ce modèle des pôles, de la proximité, des stratégies immobilières dans un quartier, alors que la plupart des entreprises ont aussi un pied à l'extérieur ! Toute la difficulté est d'articuler les deux.
Nous avons réfléchi à partir des besoins des firmes et non des pouvoirs existants. Nous leur avons demandé comment elles utilisent, achètent, ont accès à des financements et à des ressources pour faire de la recherche et de l'innovation, à des informations sur des marchés étrangers, et comment elles font les contrats. Nous avons examiné ensuite quels territoires apportent ces ressources et si cela devait ou non se passer sur le territoire.
Depuis 100 ans, on ne parvient pas à avoir une industrie compétitive en France. Pour la première fois depuis 2 ans, on a une industrie, très réduite mais qui exporte. Or, cela ne résulte pas de nos pôles de compétitivités, mais d'entreprises extérieures qui ont acheté nos PME et apporté les biens et services dont elles ont besoin. C'est une configuration positive, qui existe et qui n'est pas " territorialisée ".
Que dire de la gouvernance économique en Allemagne, en Italie et en Grande-Bretagne ?
L'exemple allemand est encore marqué par le poids de la politique industrielle des länder et un modèle très interventionniste, qui est probablement le plus important en Europe, en termes de coordination, d'intégration entre les länder, le syndicat, le patronat et en relation avec l'université. La gouvernance économique s'organise au niveau des länder avec des moyens extrêmement importants, de l'intervention économique lourde sur de gros projets d'investissement, à Cologne sur les médias, à Wisburg sur la logistique, à Munich…
Quand il fonctionne, ce modèle crée une intégration comparable à la grande époque des Jacobins et une coordination qui va dans le même sens. Quand cela marche moins bien, c'est l'impasse dans certaines régions, territoires et agglomérations allemands, où il y a assez peu de capacités de modifications en termes d'innovation et où les grandes transformations technologiques sont assez lentes. De nombreux Allemands se demandent comment réinventer une gouvernance économique dans les métropoles en gardant les ressources très fortes de la coordination à l'allemande, mais en apportant davantage de flexibilité.

Le cas italien marque un triomphe des systèmes locaux : à partir de Milan, de Turin et de tout le nord de l'Italie, ce modèle est en train de conquérir l'ensemble du pays, avec ce mélange de communautés, de marchés, de réseaux de firmes, de très fortes intégrations territoriales et de systèmes locaux très forts.
Mais, il ne parvient pas à développer de grandes entreprises. Depuis 20 ans se pose le problème du développement de l'innovation et on n'a pas avancé. Le déficit italien est très fort en leaders mondiaux, même de moyenne taille. Dans les métropoles, par exemple à Milan, les politiques nationales sont relativement inefficaces. Il y a un très fort dynamisme local des villes mais une assez faible capacité d'intégration entre les deux, avec un sous-développement des grandes entreprises exportatrices italiennes.
Dans certains domaines, on observe une déqualification de l'industrie. Les districts sont toujours aussi performants, innovants, mais ils n'arrivent pas à se développer dans un ensemble de nouvelles technologies. À Milan, on cherche à inventer des formes de gouvernance économique avec des pouvoirs publics un peu plus présents et efficaces.

Le cas britannique se caractérise par une gouvernance économique organisée, pour l'essentiel autour du marché et de l'État qui garantit le marché ou cherche à en corriger les défaillances. Les Britanniques ont également fait le choix du déclin de certains systèmes industriels locaux et investissent principalement dans les services et dans des systèmes très innovants.
À Oxford, à Cambridge et très largement dans la région londonienne, les modes de gouvernance économique laissent de côté le gouvernement - sauf pour ce qui est des règles du jeu - et insistent beaucoup sur les communautés professionnelles, ce qui est d'ailleurs commun aux trois exemples et bien différent du cas français. D'anciens chercheurs créent des entreprises, se confrontent aux banquiers et tentent cette intégration sur un territoire. La gouvernance s'opère par les communautés professionnelles de façon extrêmement efficace : on investit peu de ressources, on n'en perd pas, on a peu de liens gagnants mais ceux qui gagnent sont très performants et on abandonne les PME industrielles à moyen terme.

Dans le cas français, finalement, on n'a pas vraiment choisi : on fait " un peu de tout ". Ce n'est pas forcément une mauvaise stratégie en phase de transformation, mais c'est un système qui coûte plus cher. Dans les métropoles qui se développent, on voit des systèmes intégrés et qui ne sont pas très concentrés. Le cas français est le moins clair et il a comme points forts de nombreuses agences, une très forte mobilisation, des PME assez dynamiques et des articulations assez fortes avec les grandes entreprises.
Les points faibles sont que l'on voit peu de coordinations dans certains cas : c'est très clair sur la région parisienne. Assez peu de choix sont opérés par des coordinations claires, ayant fixé des priorités et des stratégies. L'État cherche à s'adapter, les pouvoirs locaux cherchent à inventer, notamment au niveau des agglomérations et des régions, comme en région parisienne. Les firmes jouent tantôt le territoire, tantôt contre le territoire, avec parfois des zones d'intégration par des grandes firmes. Des groupes de PME régionales commencent à s'intégrer dans certains territoires.
En conclusion, il faudrait structurer la gouvernance économique sur la région Ile-de-France et voir ce que cela implique en termes de mobilisation. On voit deux écueils, celui de faire trop d'innovations, de multiplier les agences et celui de retrouver le vieux langage, la structure de l'état, de grands pôles déterminés, structurés. Tout le problème est d'arriver, dans certains domaines, à être très intégrés sur les pôles, et dans d'autres, au contraire, de jouer davantage les réseaux et les jeux du marché. En région Ile-de-France, les dynamiques de marché sont beaucoup plus fortes, notamment pour les réseaux de PME. Il faut également diversifier les registres d'intervention et sélectionner les plus performants à travers la mobilisation des communautés et groupes professionnels, des réseaux d'acteurs économiques publics ou privés. Cela contribue actuellement à faire la différence dans certains territoires.

Mise à jour le : 09 novembre 2010
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