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Paris à l'horizon 2025

Dix ans de schéma directeur régional : bilan et perspectives (16 février 2005)

Textes des principales interventions
Mireille FERRI
Mireille Ferri © Mairie de Paris DDATC / Dolce Vita
vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, chargée de l’Aménagement du territoire, de l’égalité territoriale, des contrats régionaux et ruraux

Merci Pierre pour cette introduction et merci à Jean-Pierre Caffet et Denis Baupin d’avoir initié ce cycle de rencontres qui sont exemplaires dans l’exercice particulier du SDRIF et sont aussi une nécessité actuelle pour les collectivités locales.
Nous entrons en révision du schéma directeur parce que la loi de décentralisation de 1995 l’autorise et permet ainsi à la Région Ile-de-France de s’affirmer comme une institution maîtresse de son avenir en matière de planification régionale. Ce passage de relais avec l’État marque un vrai changement de culture. La dernière loi de décentralisation s’est traduite par une complexification pour les collectivités locales avec un risque d’émiettement des pouvoirs publics et des politiques, qui ne doit pas devenir une source d’immobilisme. Le seul moyen d’y résister est de recréer les conditions d’un débat puis d’une mise en commun des projets, d’harmonisation des politiques. Nos capacités à dépasser les égoïsmes et à nous entendre doivent porter de réels développements locaux : le SDRIF est une des illustrations de ce défi. La meilleure réponse est cette volonté de dialogue au sein de la zone dense agglomérée mise en place au niveau de Paris, pour traiter ensemble les questions de l’habitat, du transport, etc. Nous avons essayé de tirer un bilan du schéma de planification adopté il y a dix ans. Les orientations élaborées par l’État en mobilisant beaucoup d’acteurs ne sont pas fondamentalement choquantes. Jean-Pierre Palisse exposera pour l’IAURIF le bilan conjoint qu’en ont fait la Région, l’État et le Conseil Économique et Social Régional. Les critiques portent moins sur les objectifs initiaux que sur le degré de réalisation de ces objectifs. Finalement, la critique la plus vive portée à ce document est de n’avoir pas su transformer la réalité, car les outils pour le faire n’étaient pas suffisamment pensés. Pour éviter de se retrouver dans la même situation, le schéma directeur pour les quinze ou vingt ans à venir ne doit pas se contenter de lister une série de projets ou de grandes orientations. Il prévoira une boîte à outils, identifiera dès le départ les acteurs sur lesquels compter pour la mise en oeuvre, définira quelques priorités complétées par un plan stratégique et mettra en place un comité d’évaluation et de suivi, faisant le lien dans un « va-et-vient » permanent entre le document de planification et les programmations arrêtées par chaque collectivité. Le comité de suivi doit être aussi divers que les acteurs consultés et être capable de mettre en évidence les synergies pour que le schéma ait quelque chance d’aboutir.

 

Comment mener ensemble cette réflexion ? La loi de 1995 demande aux régions de se tourner, en association avec l’État, vers les départements, les chambres consulaires et le Comité économique et social régional. Ce jeu d’acteurs est tout à fait honorable, mais il est insuffisant. Dès que l’on va aborder, par exemple, les questions de logement, comment ne pas prendre en compte les communes d’Ile-de-France. Une première idée est d’ouvrir la concertation aux communes et aux groupements intercommunaux qui créent des dynamismes locaux de plus en plus forts. Par ailleurs, comment imaginer l’avenir de l’Ile-de-France sans se tourner vers les acteurs économiques, notamment la RATP, la SNCF, les grandes entreprises publiques, les grands mouvements d’employeurs et le monde syndical et associatif ? Nous avons donc conçu un dispositif très lourd, mais qui essaie d’associer, un peu comme aujourd’hui, toutes ces forces qui doivent converger si l’on veut modifier l’avenir de cette région dans l’intérêt de tous. Toute une série d’ateliers de réflexion vont être mis en place - vous y serez évidemment conviés - pour traiter de l’attractivité de l’Ile-de-France, des modalités d’un véritable développement durable ou des façons de réduire les inégalités. Globalement, faut-il continuer à penser l’avenir comme une accumulation d’infrastructures, de richesses, d’entreprises ? Ne sommes-nous pas plutôt confrontés à la nécessité de réorganiser notre espace, de le simplifier, de rendre les politiques plus fluides, plus lisibles ? Nous voudrions inscrire ce souci, dès le départ, au coeur de cette démarche. Nous sommes aussi confrontés au paradoxe d’une région synonyme de richesses multiples, culturelles, économiques, qui rayonne au niveau international, mais qui voit peu à peu s’inverser les flux : on entend des habitants dire qu’ils souhaiteraient aller vivre ailleurs, comme si cet empilement de richesses n’avait pas contribué à créer la qualité de vie suffisante pour que l’on veuille toujours continuer d’y habiter. Nous devons répondre au défi de concilier toutes ces richesses avec un cadre de vie attractif et agréable pour tous, au quotidien.

 

En dehors de ces préoccupations générales, comment concevons-nous Paris, sa fonction, son rôle, sa place dans ce schéma directeur ? Cette question nous semble avoir été un peu éludée dans le schéma directeur précédent. Nous souhaitons que Paris et la zone dense soient très présents au coeur de ce projet régional, comme un espace de vie quotidien mais aussi comme un pôle important de l’espace national. Paradoxalement, c’est peut-être dans l’espace régional que l’on voit le moins les interactions et les fonctions de chacun.Parmi les enjeux particuliers du développement de Paris dans l’espace régional, la question du logement nous préoccupe. Les habitants de cette région ont du mal à trouver des logements adéquats et en nombre suffisant. Ce n’est pas forcément sur Paris intra-muros que nous allons trouver des solutions quantitatives. En revanche nous serons très attentifs à ce qu’une diversité d’offres ainsi que des populations extrêmement diverses se maintiennent à l’intérieur de Paris. Cela fait partie des sujets qui devront être examinés en commun, notamment par le traitement des vacances et des réhabilitations. Le développement du logement se pose aussi sur la Première Couronne. Nous ne souhaitons pas que l’étalement urbain se poursuive au rythme subi depuis dix ans : il faut préserver des espaces de respiration, mais c’est aussi un enjeu de justice sociale. On ne peut pas continuer à laisser des populations poursuivre le rêve d’un habitat pavillonnaire, devenu « l’alpha et l’oméga » de la qualité de vie, sans offrir les services de base tels que l’on peut les trouver dans les zones à forte densité de population. Nous souhaitons plutôt aller vers une densification, qui n’est pas synonyme de mal vivre dans des grands ensembles mais d’une réorganisation pour créer de la qualité urbaine, en faisant converger les énergies de chacun. Il faut dépasser les fantasmes selon lesquels la densité implique une vie dégradée ou des difficultés sociales. Nous comptons sur vous pour réhabiliter une forme d’urbanité où l’on trouve des services et de la qualité. On ne peut continuer à lutter contre l’étalement urbain en faisant l’impasse sur cette question. L’approche est aussi différente en matière d’attractivité, de rayonnement et de puissance économique. On peut souhaiter créer des emplois, multiplier les implantations de sièges sociaux de grandes entreprises ; c’est une manière assez classique et macro d’aborder le développement économique. On peut aussi affirmer qu’il n’y a de développement économique durable et pérenne que s’il se fonde sur un véritable développement social. On ne peut offrir à la population de Paris les services dont elle a besoin, par exemple, les crèches, sans offrir les conditions de vie et de logement aux personnes qui vont occuper ces emplois. Aujourd’hui, on peut occuper des emplois de services sur Paris sans y trouver de logement et donc subir des déplacements quotidiens inducteurs de multiples nuisances. Il faut donc à la fois penser la localisation de l’emploi, le rayonnement et, pour cela, créer les conditions de vie pour les catégories intermédiaires, de manière à avoir des développements assez équilibrés.  

Le développement se pose aussi à l’intérieur de la zone dense, entre Paris et les communes limitrophes : nous souhaitons renforcer ces dialogues et ces volontés de travail commun. Pour être crédibles sur l’idée de réduire les inégalités et de recréer de la qualité de vie urbaine, il faut développer ensemble les logements, les emplois, les transports collectifs sur la Première Couronne, à un niveau qui rattrape peu à peu celui de Paris. Cela ne peut se faire que par une solidarité forte entre les collectivités, pour laquelle nous sommes prêts à nous engager très fortement, tout comme la ville de Paris d’ailleurs, je n’en doute pas. Cela conduit à la question des transports. Il faut voir comment la qualité de services d’un réseau extrêmement dense et reconnu au niveau international peut s’étendre peu à peu autour de Paris intra-muros. Face à l’enjeu du schéma directeur et demain à celui du Syndicat des transports, il faudra aussi penser en commun un développement et une équité territoriale très forte, qui devra mobiliser les efforts et les participations de tous.
Mise à jour le : 09 novembre 2010
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