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Paris à l'horizon 2025

Gouvernance et projets métropolitains (4 juillet 2005)

Textes des principales interventions
Mireille FERRI
Mireille Ferri au séminaire « Paris à l’horizon 2025 » 4 juillet 2005

vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, chargée de l’Aménagement du territoire, de l’égalité territoriale, des contrats régionaux et ruraux

Les exemples présentés font émerger quatre ou cinq thèmes très importants.
La communauté de destin
Quand j’ai présenté l’exercice du schéma directeur, la question de l’identité régionale pouvait paraître presque décalée par rapport à la définition d’un outil d’affectation des sols à vingt ans. Pourtant, la création d’une identité collective ne peut pas être dissociée des réflexions menées, qu’il s’agisse de définir une planification, un projet, un SCOT ou une conférence. Cette idée d’identité fonde, dès lors qu’on a cette référence commune, la notion de communauté de destin.
Sans communauté de destin, il ne peut pas y avoir de solidarité acceptée, de politique, quelle qu’elle soit, de rééquilibrage ou de compensation des inégalités sociales ou territoriales. Cette construction de l’identité d’un territoire est majeure : même si ce n’est pas celle qui surgit le plus spontanément dans la vision des aménageurs ou des urbanistes, elle a un impact très fort sur toutes les questions de l’aménagement. Il faut voir, ensuite, comment on la fait vivre, comment on la constitue, quelles sont les identités qui se constituent simultanément. L’Ile-de-France est-elle la bonne échelle ? En faut-il d’autres, infrarégionales, par exemple les communautés de communes ? Avoir de telles identités n’est pas contradictoire avec la constitution d’une identité régionale.
On a dissocié les formes institutionnelles et les gouvernances. Devons-nous rester entre pairs, entre maires ou entre égaux ? Est-ce plus difficile d’intégrer les autres ? Ce sont des questions de gouvernance, avec ou sans leadership, avec ou sans charisme. Or, on doit réfléchir sur le caractère organique des territoires et sur les modes d’organisation institutionnelle sans déconnecter les deux car ils sont liés.
Nantes et Saint-Nazaire ont une histoire politique commune par rapport à la région et au département, qui, jusque récemment, se fondait sur un type de ville avec un passé ouvrier et une aspiration à gauche - même si elle est plus récente pour Nantes - face à un monde plus rural. Il y a ce lien et celui de la Loire. Nous sommes dans un estuaire, dans un fonctionnement physique. Des questions se posent quand le port de Nantes Saint-Nazaire va trop loin sur les dragages qu’il effectue, quand cela crée un bassin de marées qui fait remonter la salinité jusqu’à Nantes et qu’on ne peut plus avoir de prise d’eau potable parce qu’elle est salée à cause des travaux qui ont été faits en aval. La communauté de ce territoire est liée à cette existence à la fois politique et physique et il y a une entité organique.
Cela nous renvoie à la question de la gouvernance de l’Ile-de-France, de ses organisations territoriales. Au-delà de la question de l’identité – mais la question de l’identité en dépend peut-être –, y a-t-il ce que les géographes appellent un « système » ? Le polycentrisme ne peut pas se limiter à créer un centre équilibré par d’autres centres - les villes nouvelles -, par d’autres polarités - les intercommunalités, comme l’ACTEP ou Plaine Commune, les villes de deuxième couronne avec leur rayonnement, leur organisation et leur polarité. Ces polarités n’ont aucun sens si elles ne forment pas un système francilien. C’est la qualité des relations entre ces pôles, le fait que se créent ou non des flux entre eux, qui fera exister ou non le système francilien. Dès lors qu’un fonctionnement systémique de cette région existe et qu’il doit exister– c’est le pari que nous faisons –, nous ne sommes plus simplement dans l’agglomération, nous sommes dans la gouvernance à la bonne échelle pour essayer de faire qu’il y ait un tout et non plus une série de hiatus ou d’oppositions.

Il nous faut inventer un fonctionnement global :
Si nous voulons résoudre la question des déséquilibres qui se pose en Ile-de-France, par exemple entre l’est et l’ouest : le schéma directeur de 1994 prétendait les compenser et les réduire, et, de fait, ils n’ont fait que s’aggraver, quels que soient les indicateurs de mesure ;
Si nous ne voulons pas voir se produire un décrochage total entre le développement du secteur dense, urbanisé, ce continuum urbain central - Paris et au-delà - et la partie plus rurale, la Deuxième Couronne de l’Ile-de-France ;
Si nous ne voulons pas voir s’accroître les déséquilibres démographiques entre Paris et la Première Couronne, avec une ségrégation sociologique forte qui empêcherait Paris de conserver ses populations moyennes ou plus paupérisées, dont la charge reviendrait aux intercommunalités ou aux communes riveraines ;
Si nous voulons que tout ceci fonctionne, c’est ce vers quoi nous voulons aller, et l’écriture de ce schéma directeur d’Ile-de-France doit nous le permettre.

Les pistes données aujourd’hui sont celles du consensus et de la nécessité d’associer un plus grand nombre d’acteurs. Le pari de la méthode adoptée pour la révision du schéma directeur est de mettre en action tous les acteurs d’Ile-de-France, et de permettre à tous, ensemble, de concrétiser ensuite les grandes orientations définies. Cela ne peut pas fonctionner au sein d’un collège unique d’élus et a fortiori de maires et d’intercommunalités.
Nous avons la responsabilité de définir, dès le départ, un système de synergies qui associe, à la fois les départements, comme la loi nous y oblige, mais aussi les maires et les intercommunalités, le monde économique et les acteurs syndicaux et associatifs, dépositaires de l’expression des besoins sociaux que nous avons à satisfaire. Comment en effet imaginer un schéma de transports ou aborder les questions foncières, sans dialoguer directement avec la RATP, la SNCF, la RFF, EDF-GDF et tous ceux qui disposent de  réserves foncières ? De même, on ne parlera pas du devenir des plateformes de Roissy et d’Orly et du MIN de Rungis si l’on se prive des groupements d’employeurs qui en assurent le développement. Toute cette organisation est à concevoir au-delà du champ politique.
La gouvernance régionale ne peut pas suffire dans une région aussi atypique que l’Ile-de-France, avec ce poids de Paris et de l’État, une atomisation des pouvoirs locaux, dans une région où l’intercommunalité a eu beaucoup plus de mal à se développer qu’ailleurs. On a besoin de formes de gouvernance locale comme les regroupements de commune, au-delà de leurs clivages politiques, comme l’ACTEP, la Vallée scientifique de la Bièvre, Plaine de France, et Seine-Amont. Ce dialogue et ce rééquilibrage sont nécessaires.

Mise à jour le : 09 novembre 2010
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