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Paris à l'horizon 2025

Acteurs et partenaires de Paris : une vision capitale (22 mars 2005)

Textes des principales interventions
Michel BERNARD
Michel Bernard © Mairie de Paris DDATC / Dolce Vita
vice-président de l’université Paris III - Sorbonne nouvelle

 

Comment une université parisienne est-elle également une université d’Ile-de-France ? La Sorbonne nouvelle accueille environ 19 000 étudiants. Nous avons des indications sur leur résidence habituelle : nous leur demandons une adresse habituelle qui est, généralement, celle de leurs parents et une adresse pendant l’année universitaire : 82 % de nos étudiants résident en Ile-de-France, la moitié d’entre eux à Paris.

Comment se répartissent les adresses en Ile-de-France ? La répartition est à peu près équivalente par départements. En revanche, dans le premier cycle, alors que les étudiants sont affectés par le système Ravel de sectorisation universitaire, ils sont moins parisiens (42 %) qu’en troisième cycle, où 62 % résident à Paris. On retrouve donc le phénomène de la zone dense : malgré des cités universitaires placées en périphérie, les étudiants d’une université parisienne ont tendance à habiter plutôt au centre de l’agglomération.


En ce qui concerne Paris III, le recrutement est réellement francilien. À partir de l’Oise, les effectifs chutent. Il y a davantage d’étudiants dont l’adresse est en Allemagne, au Maroc ou en Italie, qu’en Seine-Maritime. La zone d’attraction est donc assez bien délimitée. 27 % des étudiants sont de nationalité étrangère mais ce chiffre varie fortement selon les cycles : 20 % d’étudiants de nationalité étrangère en premier cycle ; la moitié des effectifs en troisième cycle. C’est aussi une mesure de l’attractivité internationale d’une université parisienne.

Plus largement, alors que l’Ile-de-France représente 18,2 % de la population française avec autant de bacheliers que dans le reste de la France, elle accueille pourtant 26,5 % des étudiants. D’une part, il est plus facile d’accéder à des études universitaires quand on a des universités de proximité en aussi grand nombre. D’autre part, ce décalage est dû à l’attractivité de la région Ile-de-France pour les étudiants. De même, le quart des étudiants étrangers se trouve en Ile-de-France ainsi que 40 % des chercheurs. Les investissements de recherche connaissent le même niveau de concentration. En contrepartie, il faut considérer que les infrastructures de recherche et d’enseignement supérieur franciliennes n’appartiennent pas exclusivement à la région Ile-de-France mais à une communauté beaucoup plus large, nationale, voire internationale.


Dans le paysage français, l’Ile-de-France est une région en expansion du point de vue universitaire. Elle semble avoir ponctionné des effectifs universitaires dans des pôles proches – Reims en particulier –, même si Amiens continue à se développer malgré sa proximité avec la région parisienne. Pour ce qui concerne l’évolution des effectifs, les données sur Paris III sont représentatives de ce qui se passe dans la région. Les effectifs y sont à peu près stables, comme sur les 17 universités de la région parisienne et ils ont tendance à augmenter pour le troisième cycle. Dans les effectifs des universités par académie, on constate une augmentation des universités parisiennes, malgré un tassement de Versailles et de Créteil dans les dernières années et une reprise dans les deux dernières années. D’autre part, l’éventail d’effectifs est assez grand : des universités, comme Paris I, rassemblent jusqu’à 40 000 étudiants, d’autres, comme Paris II, sont à peine au-dessus des 5 000 étudiants.


Les stratégies se déploient surtout à propos de la part de premier cycle dans les effectifs universitaires, dont les évolutions sont beaucoup plus spectaculaires que celles des effectifs globaux. Toutes les universités qui ont une proportion assez faible d’étudiants de premier cycle sont des universités intra-muros. En revanche, les universités de Grande Couronne, en particulier les 4 universités de création récente, ont beaucoup d’étudiants de premier cycle, même si leur nombre est en train de baisser, notamment pour les académies de Créteil et Versailles. À Paris, les niveaux sont plus bas, avec une légère remontée dans les dernières années. Une tendance à la spécialisation des universités est sans doute à l’oeuvre, les universités de Paris offrant plutôt des seconds et troisièmes cycles, les premiers cycles ou « collèges universitaires » se situant majoritairement en banlieue.


En Ile-de-France, il y a 180 implantations universitaires pour 17 universités. Paris III n’est pas étrangère à ce phénomène, avec 10 implantations dans Paris et en banlieue : le centre de gravité est le Centre Censier, 24 000 m² - entièrement amiantés - dans lesquels vivent et travaillent 80 % de nos effectifs. L’autre centre est situé à Asnières avec 5 000 m² - amiantés également - partagés avec l’INALCO. À Dauphine, une entité de Paris III, l’École supérieure d’interprètes et de traducteurs, occupe un millier de mètres carrés et connaît tous les problèmes de cohabitation que cela peut occasionner. Le bâtiment de la rue Saint-Guillaume (IHEAL) est lui aussi partagé, avec Paris II cette fois. La Sorbonne est peut-être le meilleur exemple de ces implantations multiples. C’est une propriété de la Ville de Paris, partagée par six universités parisiennes, avec une assez grande complexité de répartition des surfaces.

Une des caractéristiques des universités de l’Ile-de-France est une assez forte dispersion des pôles disciplinaires. Certaines universités sont quasiment mono disciplinaires : Paris III est par exemple une université de lettres et langues. D’autres pôles, plutôt en Grande Couronne, sont des universités pluridisciplinaires.


Enfin, un chantier qui va s’ouvrir d’ici 2025 est donc sans doute la rationalisation de cette carte de l’offre de formation. Un premier plan appelé « U3M » a tenté de créer des pôles disciplinaires et il a échoué, au moins partiellement. D’autres tentatives se font jour pour former des pôles pluridisciplinaires à l’intérieur du paysage parisien, en particulier par des rapprochements d’établissements. Paris III travaille à un rapprochement avec Dauphine, Paris VI et l’École Normale Supérieure, ainsi que l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. C’est une autre manière d’aborder la rationalisation de cette carte. D’autres chantiers pourraient être évoqués comme la mobilité des étudiants à l’étranger. Les étudiants étrangers viennent en grand nombre en Ile-de-France, mais nos étudiants sont assez peu nombreux à partir à l’étranger. Il faudra travailler sur cette disproportion.

Quelques enjeux se dessinent à partir de ces caractéristiques et de ces grandes tendances, qui ont des implications notamment en matière d’infrastructures et de transports.


Une université comme Paris III, dont les installations et les partenariats sont situés intra muros, bénéficie des nombreuses possibilités qu’offre la capitale. De plus, étant une université de lettres, ses principaux contacts avec les entreprises se font à propos de la taxe d’apprentissage et elle n’a pas les mêmes attentes de synergie avec les activités industrielles que d’autres universités, notamment situées en banlieue. Par ailleurs, la moitié des étudiants étant parisiens, les questions de transports s’y posent sans doute moins que dans une université située en banlieue parisienne : on constate néanmoins l’inflation des vélos et la nécessité d’assurer leur stationnement autour des universités.
En revanche, l’université à Paris est « mal logée » à plusieurs titres.  
• Le logement étudiant pose un réel problème et les actions entreprises dans ce domaine ne sont pas de taille à faire cesser la disproportion entre l’effectif d’étudiants parisiens et le nombre de logements étudiants. Ce problème se renforce par ailleurs du fait des difficultés du marché locatif parisien.  
• Le coût élevé du logement étudiant met d’ailleurs les universités parisiennes en « porte à faux » vis-à-vis des étudiants étrangers. Elles proposent des frais d’inscription bien plus modestes qu’à l’étranger, notamment aux États-Unis, mais n’offrent pas les mêmes possibilités d’hébergement et de vie sur un campus, ce qui entraîne des frais très élevés au quotidien. Le logement des étudiants étrangers apparaît ainsi comme un des enjeux du prochain SDRIF.  
• Par ailleurs, en comparaison avec des universités implantées dans d’autres grandes métropoles comme Londres ou Tokyo, on constate un manque d’espace général dans les universités parisiennes.

Le plan U3M l’a bien relevé et la ZAC Rive gauche y apporte un début de réponse. On constate pour tous un léger déficit en bibliothèques universitaires et de réels besoins en installations sportives, alors que les grands équipements manquent davantage dans les disciplines comme la physique et la chimie qu’en lettres ou en sciences humaines. L’expérience montre que la mutualisation est limitée du fait de la faiblesse des équipements mais sans doute aussi de la nécessaire proximité des équipements sportifs et des lieux d’étude.

En conclusion, l’université peut exprimer des attentes dans une grande diversité de domaines mais, sur le plan de la méthode de cette réflexion, il serait utile de préciser si le futur SDRIF est destiné à décrire des prospectives ou s’il doit avoir un caractère plus contraignant, ce qui impliquerait une démarche d’une autre nature avec les acteurs concernés. En second lieu, la perspective de la longue durée (l’horizon 2025) laisse ouverte la possibilité de changements de paradigmes, avec notamment un poids de l’enseignement à distance qui pourrait devenir déterminant. Or, les universités travaillent plutôt une perspective de plus court terme, notamment dans le cadre des contrats quadriennaux passés avec l’État. Pour explorer l’horizon 2025 avec les acteurs universitaires, il faudrait, comme cela a été fait dans le cadre du PLU, soulever des questions et des thèmes précis sur lesquels se prononcer et énoncer leurs attentes.

  
Mise à jour le : 09 novembre 2010
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