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Paris à l'horizon 2025

Acteurs et partenaires de Paris : une vision capitale (22 mars 2005)

Textes des principales interventions
Martine TRAPON
Martine Trapon © Mairie de Paris DDATC / Dolce Vita
présidente de la Fédération des centres sociaux  

Je suis très heureuse d’être invitée à introduire ici la question du travail social considéré, pour une fois, comme un vecteur possible du développement social. Présidente de la Fédération des centres sociaux de Paris, je suis également membre du conseil d’administration de la Coordination Régionale des Fédérations des Centres Sociaux d’Ile-de-France, et qui fédère l’ensemble des Fédérations Départementales de la Région parisienne. Je me sens donc ici investie d’une mission très importante : représenter les membres adhérents du réseau parisien et régional, les bénévoles administrateurs des associations qui gèrent les centres sociaux, les salariés et les nombreux habitants qui interviennent bénévolement, leurs usagers et les habitants des quartiers concernés.

 

J’ai envie de vous dire la chose suivante : il me semble très important de partager avec vous ma préoccupation de responsable d’intervention sociale. Ce partage est aujourd’hui essentiel. S’il ne se fait pas, nous irons vers une société très dangereuse pour tous, les exclus, les personnes rejetées, en difficulté, mais aussi pour nous, qui sommes des personnes « privilégiées ». Plus précisément, il s’agit d’éviter une rupture entre les pauvres et les très pauvres, entre ceux, émanant plutôt des classes moyennes, qui recourent aux services privés pour les aider au quotidien, et ceux qui sont exclus de ces services et qu’il faut prendre en charge sur le plan social.

 

Les centres sociaux sont des équipements de quartier dont la création remonte au début du vingtième siècle, lorsque naît le travail social dans les démocraties européennes. La question sociale se place alors au coeur du politique, qui commence à promouvoir une autre forme de don et de partage des richesses, spirituelles et matérielles. Ces centres agréés par les Caisses d’allocations familiales sont en général portés par des associations ou des municipalités et financés en grande partie par les collectivités territoriales. À Paris, depuis l’arrivée de la nouvelle mandature, le réseau des centres sociaux s’est considérablement développé : cinq centres ont été créés, d’autres associations ont été transformées en centre social et trois sont prévus, dont un va être construit dans le 14e arrondissement, ce qui sera un événement inédit.

 

Au-delà des seuls logements sociaux, il est très important de se préoccuper des locaux des institutions sociales : compte tenu du coût des espaces à Paris, en location comme à l’achat, si ces locaux restent soumis à la loi de l’offre et de la demande, ils coûtent extrêmement cher aux collectivités publiques. C’est pourquoi des solutions institutionnelles, sans doute législatives, devraient être mises en oeuvre pour inciter les investisseurs et les entreprises à leur accorder des locaux, en s’inspirant par exemple caritatifs.

 

Pour chacun d’entre nous, les conditions à réunir pour avoir une relation sociale équilibrée reposent sur trois axes : la possibilité de reconnaître son territoire, un territoire qui serait le sien, celle de ne pas être anonyme sur ce territoire et ensuite d’exercer une fonction sociale sur ce territoire. Sans un tel équilibre, on a des chances de développer de mauvaises relations sociales avec son environnement et d’avoir ce qu’il convient d’appeler un problème social. Tout le monde peut avoir un problème social, mais certains peuvent le résoudre seuls et d’autres ont besoin d’être accompagnés. Ce sont eux, en général, qui s’adressent aux spécialistes.

 

En période de mutations sociales, économiques et des valeurs, Didier Fusilier a bien montré l’importance et les évolutions nécessaires des actions culturelles, afin de produire des événements en allant vers les personnes, dans la rue, pour provoquer un sentiment de reconnaissance des valeurs collectives : il ne s’agit pas de faire « joli » mais d’exercer une fonction sociale précise. De la même façon la question sociale pourrait se résoudre par des interventions spécialisées, ciblées et à plus ou moins à long ou à court terme - développées avec plus ou moins de succès. Or, ces actions doivent être associées à des interventions sociales généralistes et de développement social qui sont fondamentales : la restauration du lien social dépend en premier lieu de ce type d’intervention. Les élus parisiens et de la Région le savent bien et ils les encouragent dans les centres sociaux. Ces lieux généralistes sont des lieux de proximité, où des acteurs – professionnels ou bénévoles – restent suffisamment longtemps pour connaître leur quartier et devenir un point de repère pour les gens qui y habitent. Ces lieux accueillent les personnes sur leurs compétences et pas simplement sur leurs difficultés. On y partage des activités et la résolution des problèmes.

 

En comparaison avec d’autres grandes villes, Paris est une ville culturelle extraordinaire et offre un énorme potentiel si l’on parvient à limiter les inégalités d’accès à la culture et à maintenir des espaces culturels dans les quartiers les plus défavorisés. Une politique culturelle plus axée sur l’événement se développe actuellement. Ce type d’action a un réel succès auprès des jeunes, mais il doit être accompagné et préparé : des actions sont en cours actuellement avec les jeunes en articulation avec l’exposition Africa Remix à Beaubourg.

 

Par ailleurs, il faut veiller, notamment avec les urbanistes, à ne pas laisser des quartiers entiers sans institutions de service et de loisirs, sans équipements culturels susceptibles d’attirer des publics venant d’autres quartiers. Le quartier de la Chapelle, agréable pendant la journée, n’attire personne le soir : les cafés et lieux de loisirs et de rencontre sont principalement installés vers Montmartre. En évitant que certains quartiers ne soient vivants qu’à certaines heures de la journée, on s’attaque aussi aux dérives en termes d’insécurité et d’exclusion.

 

Enfin, il faut veiller à faciliter le transport dans les grandes villes pour que les habitants des banlieues puissent se rendre à Paris sans voiture. Il faut également conserver la possibilité de logement pour les petits salaires à Paris : ce sont ces populations qui s’investissent dans le social et qui font le tissu associatif et social. Or, ce sont les populations les plus visées par l’exclusion actuellement et nous le constatons au quotidien, notamment dans les centres d’hébergement, mais aussi au travers de ce qu’observent les assistantes sociales sur les soins apportés aux enfants, les séparations… Il faut donc mettre l’accent sur les politiques sociales d’entreprises, faire porter également l’effort sur les gardes d’enfants (les efforts annoncés par Jean-Louis Borloo ne sont pas suivis d’effets).

 

J’ai exercé le métier d’assistante sociale pendant vingt ans et je suis frappée aujourd’hui par le fait que, dans les quartiers – mes camarades en banlieue me le disent aussi –, beaucoup de gens ont besoin d’être accompagnés simplement pour se rencontrer. Si nous ne prenons pas tous ensemble conscience de cette question, nous irons au-devant de difficultés très importantes pour notre vie quotidienne dans les grandes villes. Aujourd’hui, il est aussi important de résoudre les problèmes sociaux que d’en expliquer les ressorts, afin que la responsabilité de chacun puisse s’y engager en toute connaissance de cause.

 

Je souhaite, pour conclure, ajouter un point qui me tient à cœur. Les institutions du travail social créent de l’emploi de proximité dans les quartiers : ce sont des entreprises d’insertion sociale. Avec le développement des technologies et des sciences humaines - nées en même temps que le travail social - on a l’impression de disposer de réponses à beaucoup de difficultés : les parents accompagnent leur enfant chez le psychothérapeute ; le RMIste apprend à taper son CV sur ordinateur pour trouver du travail, etc. Mais pour autant, les habitants ne comprennent pas pourquoi certains ne s’en sortent pas. Que font les assistantes sociales ? Que fait le SAMU social ?

 

Il faut absolument prendre le temps de répondre à cette question et pour cela, organiser des rencontres entre les habitants et les spécialistes et, évidemment, permettre une meilleure approche des élus, premiers décideurs du secteur de l’action sociale. C’est ainsi que nous participerons mieux au développement social et faut bien prendre conscience que ces actions permettent d’éviter des coûts beaucoup plus élevés à l’avenir. Les problèmes aigus de logement social ont nécessité la construction de centres sociaux et ont actuellement un coût extrêmement élevé pour la collectivité : un SDF coûte très cher en dépenses d’hébergement et de santé. Si l’on se contente d’agir ainsi vis-à-vis des plus pauvres, cela coûtera très cher dans 20 ans à la collectivité.

Mise à jour le : 09 novembre 2010
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