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Paris à l'horizon 2025

Dix ans de schéma directeur régional : bilan et perspectives (16 février 2005)

Textes des principales interventions
Jean-Pierre PALISSE
Jean-Pierre Palisse © Mairie de Paris DDATC / Dolce Vita
directeur adjoint de l’IAURIF*


Cette synthèse des bilans du SDRIF de 1994 établis par la Région, le CESR et la direction régionale de l’Équipement avait été diffusée au forum de lancement de la révision, en octobre 2004.
Le SDRIF de 1994 s’inscrit dans la continuité des schémas établis par l’État depuis le SDAURP de 1965, dont les orientations ont présidé pendant plus de 30 ans à l’aménagement et au développement régional. Le SDRIF est à la fois un document d’urbanisme, s’imposant au SCOT et au PU, et un document stratégique visant à garantir la cohérence de l’action publique en matière d’aménagement du territoire à moyen et long terme.
Le SDRIF de 1994 fixait comme premier objectif d’affirmer la place de l’Ile-de-France au sein de l’Europe, en solidarité avec le bassin parisien, dans le cadre d’une croissance raisonnable, durable et soutenable et donc avec un certain souhait de ralentir la croissance régionale. Deuxièmement, il visait à assurer un développement équilibré de la région, en terme de cohésion territoriale et sociale et en terme environnemental.
Dans la continuité du SDAU de 1965, le SDRIF de 1994 retenait un parti d’aménagement polycentrique, structuré par l’organisation des transports. Il désignait un certain nombre de pôles, des centres d’envergure européenne, comme Paris, la Défense, Roissy, Massy, le Val d’Europe, des villes nouvelles et des pôles régionaux en Grande couronne, des secteurs de redéveloppement : la Plaine Saint-Denis, le Val-de-Seine, la Seine-amont. Le SDRIF a permis de conforter l’organisation polycentrique souhaitée de se conforter et d’« enclencher » un certain nombre de territoires, comme la Plaine Saint-Denis, mais leur succès inégal n’a pas permis d’éviter des retards et des disparités internes à la Région.
Le SDRIF de 1994 visait à une modération de la croissance régionale qui a été atteinte. En 2004, l’INSEE estime la population francilienne à 11,264 millions d’habitants, comme prévu par le SDRIF. En matière d’emplois, la situation est plus nuancée et la rapidité de la variation des niveaux d’emplois rend l’analyse plus complexe. L’amplitude annuelle est de près de 30 000 unités et l’embellie de 2001, qui avait permis de rejoindre les objectifs du SDRIF après la chute forte des décennies 90, semble aujourd’hui un peu dépassée. Ce tassement de la croissance a pour conséquence un poids réduit de l’Ile-de-France dans la France métropolitaine, notamment au regard des métropoles régionales, comme Lyon, Nantes ou Toulouse, ce qui était un des objectifs exprimés par le schéma directeur à l’époque.
Pour atteindre ces objectifs démographiques, le SDRIF avait prévu la construction de 53 000 logements par an. Le rythme de construction a toujours été inférieur, il est descendu jusqu’à 32 000 en 2002 et il est légèrement repris ces dernières années, mais de façon tout à fait insuffisante. La croissance démographique étant toujours aussi élevée, la situation de pénurie a entraîné une hausse de prix du logement et rendu son accès difficile à une part croissante de la population. La panne de la construction provient des difficultés de mobilisation du foncier et des problèmes d’inadaptation des financements et également de réticences locales à l’égard de l’urbanisation ou de la densification. Cette pénurie de logement contribue à renforcer les disparités sociales et nuit aussi à l’attractivité de l’Ile-de-France.
L’Ile-de-France reste au premier rang des métropoles européennes, par son poids économique, sa fonction de pôle touristique et culturel, son potentiel de recherche et le rôle de portail européen que lui donne son accessibilité aérienne, ferrée et autoroutière. C’est une région d’accueil des investissements étrangers, mais elle est placée dans une forte compétition avec les autres métropoles et souffre de handicaps institutionnels et environnementaux qui conduisent à une croissance moindre que d’autres métropoles, comme Londres, à un taux de chômage élevé et à une image parfois insuffisamment valorisée.
À l’intérieur de l’Ile-de-France, le SDRIF visait un développement plus équilibré de son territoire entre le centre et la périphérie, entre l’Est et l’Ouest. Les axes prioritaires étaient la réduction des déséquilibres habitat/emplois et la lutte contre l’exclusion de certains territoires. En matière d’emplois, le desserrement est sensible vers la périphérie, au bénéfice de la proche Couronne pour ce qui est du tertiaire essentiellement et des villes nouvelles et des abords de la Francilienne pour d’autres secteurs d’activité. Cependant, le différentiel de développement entre l’Est et l’Ouest reste fort : l’axe Roissy/Défense/Saint-Quentin, polarise l’essentiel de la croissance, alors que les secteurs de redéveloppement – la Seine amont et aval – restent à l’écart et que les écarts entre les territoires franciliens se creusent.
Le SDRIF visait à faciliter les échanges par des transports routiers et ferrés performants. La croissance des déplacements motorisés a été moins forte que celle attendue, mais, notamment du fait du desserrement de l’emploi, les déplacements de banlieue à banlieue ont fortement augmenté - plus 9 % en petite couronne, plus 12 % en grande couronne - et ils ont diminué dans Paris même et vers le coeur de Paris. La part automobile continue à augmenter, malgré la place accrue des transports en commun dans le plan de déplacement urbain d’Ile-de-France et le dernier contrat de plan État/Région.
Le SDRIF donnait enfin une place importante aux questions environnementales, en s’attachant essentiellement à la préservation des espaces naturels pour maîtriser leur consommation par l’urbanisation. Il a évité une consommation d’espaces naturels excessive et permis une protection efficace des grands massifs boisés et des grands espaces agricoles, mais la part de renouvellement urbain est restée très insuffisante et la consommation par habitant et par emploi a continué à augmenter. Par ailleurs, la répartition de l’urbanisation nouvelle s’est écartée des orientations du SDRIF, se dispersant excessivement aux franges des zones urbaines, des bourgs et villages, provoquant une fragilisation accrue des espaces agricoles et naturels, notamment dans la ceinture verte autour de l’agglomération parisienne. Enfin, le SDRIF a eu peu de prise sur la qualité du cadre de vie urbain, en matière de réduction des nuisances et des risques mais aussi de développement de la trame verte d’agglomération.
En conclusion, les écarts sont sensibles entre les objectifs définis par le SDRIF et la réalité francilienne. Le SDRIF n’est pas responsable des évolutions du contexte économique, social, institutionnel ou politique. Néanmoins, plusieurs défauts sont constatés dans sa constitution même. Les objectifs quantitatifs trop rigides n’ont pas réussi à s’adapter aux évolutions du contexte. L’approche trop homogène du territoire régional manque de priorités et ne laisse pas suffisamment de place aux subsidiarités et donc au rôle des collectivités locales. Enfin l’articulation est insuffisante avec les dispositifs de planification et les politiques sectorielles, régionales ou locales. Mais surtout, le SDRIF de 1994 n’a pas trouvé les points d’appuis assurant sa mise en oeuvre : les acteurs publics et privés, insuffisamment associés à son élaboration, ne se sont pas sentis engagés à coordonner leurs efforts pour cette mise en oeuvre ; par ailleurs, les outils mis en place - financements, moyens d’animation, outils d’ingénierie ou relais opérationnels - n’ont pas été à la hauteur des ambitions. La question est donc de mieux répondre à ce défi.


* IAURIF Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France
Lien vers le site de l’Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Ile-de-France

Mise à jour le : 09 novembre 2010
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