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Paris à l'horizon 2025

Concurrence ou développement économique partagé ? (25 avril 2005)

Textes des principales interventions
Jean-Marie BERGERE
Jean-Marie Bergère au séminaire « Paris à l’horizon 2025 » 25 avril 2005

délégué général de " Développement et emploi "

La notion de " zone dense " pointe un atout mais pose également un risque. Les atouts de Paris et de l'agglomération sont bien liés à la densité - les villes comme lieux d'échanges, de rencontres, de coopération - mais au-delà d'un certain seuil, cette densité peut aussi devenir un frein à la coopération et les villes des lieux d'anonymat et de difficultés à se rencontrer. C'est la raison de l'importance de la fluidité des transports, mais aussi des zones de convivialité, ce qu'on désigne par  l'effet " machine à café " dans les entreprises ou les technopoles.
Par ailleurs, et d'une façon générale, les emplois de demain seront marqués par l'importance des services et par le poids des créations d'emploi dans les PME et TPE.
En effet, si la compétition internationale, l'économie mondialisée, les sièges sociaux, l'économie high-tech et la recherche sont essentiels, le secteur qui relève de l'économie "domestique", "locale" continue à se développer. Beaucoup d'emplois se créent dans une économie dont la structure de coûts et de prix n'est pas déterminée par la mondialisation. Tous les services ne consomment pas de pétrole et ne sont pas soumis aux fluctuations du taux du dollar ou du prix du pétrole, beaucoup de services sont liées au lieu de consommation et la concurrence n'y est pas dépendante des coûts salariaux par exemple. Cela représente des secteurs très importants.
Le secteur tertiaire désigne, certes, les services aux entreprises, les services high-tech ou de maintenance, mais il renvoie aussi à un secteur fondamental, celui - selon une expression de Daniel Cohen - de la " production de l'homme par l'homme " : la formation initiale, continue, celle de très haut niveau , mais celle destinée aux personnes qui vont occuper des emplois moins qualifiés ; le secteur des loisirs, très développé en région parisienne ; la santé avec la fonction publique hospitalière, largement sur représentée dans la zone dense et les services à la personne, les services individuels, à domicile, qui vont du bien-être ou du confort aux soins en passant par l'éducation.
Enfin, à côté des grandes entreprises - pour une grande administration, le contact est facile avec les sièges sociaux et les directions des grandes entreprises - les PME, TPE, voire les emplois individuels sont les plus créateurs d'emplois. Ils sont très importants même si ils sont plus difficiles à appréhender et que leurs stratégies sont moins faciles à intégrer, par exemple dans un schéma directeur.

En fonction de cette analyse rapide, trois enjeux devraient faire l'objet de discussions :
- L'accompagnement des PME et des TPE ne porte pas simplement sur des locaux, de la formation, des pôles de compétitivité. Beaucoup ne sont pas sur des secteurs high-tech. Par ailleurs s'il y a plus de créations d'entreprise sur la zone dense qu'en moyenne nationale, il y a aussi plus de disparitions. De nombreux dispositifs existent déjà : les chambres de commerce, les plateformes d'initiatives locales ; sur Paris, l'ADIE et France Active, qui permettent d'aider les personnes qui créent leur entreprise, et qui peuvent être des personnes en difficulté.
Si trop d'entreprises disparaissent, c'est qu'il est sans doute plus difficile en région parisienne d'être intégré dans des réseaux d'entreprises, alors que le fait de ne pas être isolé est un élément clé de développement et de pérennité des PME. Ce qui peut être un atout de la zone dense est aussi une difficulté. On trouve des partenaires quand on crée son entreprise et la création reste assez stimulante, y compris pour la collectivité. Mais, si on ne suit pas les PME ou TPE, on en verra trop disparaître. C'est beaucoup d'énergie gâchée. De plus, la France a un grave problème démographique concernant ces entreprises : le baby-boom va toucher prochainement les patrons de PME et de TPE et il faut agir rapidement sur la reprise d'entreprise.


- Les services à la personne représentent un second enjeu. Il faut continuer à travailler sur la demande bien sûr.. Sur Paris et son agglomération, la demande semble plutôt plus solvable qu'ailleurs, du fait sans doute des emplois très qualifiés et du niveau de vie de beaucoup. Le prix des locaux, plus élevé, n'est pas le seul élément, loin de là, à entrer dans la constitution de l'offre de tels services. Mais, et c'est le troisième enjeu, il faut également veiller à la qualité de l'offre. Elle passe par l'accompagnement des personnes qui occupent ces emplois. Les services à la personne demandent beaucoup de compétences tout en permettant d'intégrer des personnes moins qualifiées. On retrouve ici le rôle des missions locales et des maisons de développement économique et de l'emploi.
Le développement des services à la personne va dépendre de leur qualité et on évoque  souvent la notion de " compétences relationnelles ", mais il n'y a pas véritablement de règles de qualité. Pourtant, la personne qui en bénéficie, le client du service, juge tout de suite de cette qualité : son jugement est immédiat pour les loisirs, la garde des enfants, comme pour le maintien d'un ascendant à domicile.
La professionnalisation passe aussi des parcours gratifiants. Il ne suffit pas, en effet d'attirer des personnes : si elles n'ont pas ensuite de parcours professionnel, si elles occupent simplement des emplois à temps partiel, les moins payés…, on les verra très vite repartir. La professionnalisation signifie concrètement avoir des structures intermédiaires, des lieux - employeurs ou non, c'est un autre sujet - où analyser les pratiques professionnelles, où réfléchir à son travail et à la qualité de son travail, aux compétences, aux parcours de formation, aux labels.


- Enfin, il faut peut-être réfléchir à un risque particulier à Paris. La fonction publique d'État est sur représentée, et il ne semble pas que des emplois s'y créeront à l'avenir. Il faut peut-être chercher à créer d'autres emplois " d'intérêt public ", dans le domaine associatif ou en liaison avec les services des collectivités, afin de remplacer les emplois centraux dans les ministères.

Mise à jour le : 09 novembre 2010
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