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Paris à l'horizon 2025

Concurrence ou développement économique partagé ? (25 avril 2005)

Textes des principales interventions
Jean-Luc BIACABE
Jean-Luc Biacabe au séminaire « Paris à l’horizon 2025 » 25 avril 2005

directeur du centre d'observation économique de la CCIP

La Chambre de commerce de Paris est très sereine vis-à-vis de la notion de zone dense, qui recouvre assez largement son territoire : Paris et les trois départements de la Petite couronne.
La réflexion sur l'emploi en région parisienne doit se faire sur un territoire qui dépasse très largement Paris et même la zone dense. En tant qu'économiste, je suis très perplexe devant la notion de taux de chômage parisien. Le taux de chômage est francilien, et les difficultés rencontrées en région parisienne rejoignent celles de la région et, plus largement, du quart nord-est français. Les statistiques montrent un déplacement de la population française vers le sud et vers la zone atlantique qui dépasse largement Paris et la zone dense.

Le secteur du commerce est très intéressant à suivre dans la perspective de la réflexion sur un schéma de développement régional. Comme cela vient d'être exprimé, l'activité commerciale est largement dépendante de la population qui vit sur un territoire et des flux de populations sur ce territoire. C'est la ville qui fait le commerce, de même que c'est le commerce qui fait la ville.
En fonction des décisions prises sur l'évolution du territoire parisien ou de la zone dense, le développement du commerce ne sera pas le même. On n'a pas précisé quelle forme de commerce se développera dans la zone dense. Si on laisse faire, on va vers un commerce de proximité alimentaire réservé aux " Bobos " et un hard discount réservé aux classes populaires. Veut-on cette forme d'organisation commerciale pour Paris et la zone dense ou une forme plus mêlée ? S'il faut éviter de tout mélanger à l'intérieur d'un immeuble mais à l'échelle d'un quartier, on devrait avoir du logement, du commerce et du loisir et c'est une des forces de Paris et la zone dense. De même qu'on attend des agriculteurs non seulement de nourrir la population mais aussi d'entretenir la nature, ce qu'on attend du commerce, en particulier dans le centre-ville et en zone dense, n'est pas simplement de fournir des biens, - cette fourniture de biens peut se faire par d'autres canaux - mais aussi d'alimenter et d'animer un centre-ville et d'y apporter une fonction sociale. Le commerce sera ce qu'on en fera et, suivant les axes que l'on donnera au schéma de développement, on n'aura pas le même type de commerce dans 15 ou 20 ans, à Paris et dans la zone dense.
Par ailleurs, le commerce est confronté à des mutations. Dans 15 ou 20 ans, la population de la zone dense aura beaucoup vieilli et ses besoins auront beaucoup évolué. Elle aura accès à de nouveaux produits et services, en particulier avec la pratique répandue de l'Internet. Ceci aura des effets considérables sur la nature du commerce qui est la fourniture de biens et sera de plus en plus la fourniture de services qui accompagnent et qui accompagneront le commerce, dont l'exemple le plus courant est la livraison à domicile. Or, jusqu'à présent, on réfléchissait aux liens logistique/commerce en amont. On va avoir de plus en plus de liens en aval. Le commerce sera un go between : on lui livrera des produits et il en livrera.
Que prévoir dans le schéma de développement, pour assurer ce développement de nouveaux services, qui a des implications considérables, en termes de logistique, de plateformes de livraison, de circulation à l'intérieur de la zone dense, de transports ? Le commerce de proximité est proche du consommateur et renvoie à la notion de développement durable. Plus le produit est proche du consommateur, moins celui-ci aura à se déplacer.
Le commerce est confronté également à une évolution des modes de vie et les habitants de la zone dense sont très en avance par rapport au reste du pays. Des évolutions sociologiques considérables font que cohabitent dans la zone dense différents types de populations qui n'ont pas les mêmes rythmes de vie. On va donc travailler sur des plages horaires beaucoup plus larges que les plages horaires traditionnelles. Comme l'a souligné Patrice Vermeulen, directeur du développement économique à la Ville de Paris, les horaires du commerce à Paris étaient souvent calés sur les horaires scolaires : les enfants étant à l'école, les mères pouvaient aller faire leurs courses. Actuellement, les consommateurs consomment de plus en plus tardivement le soir.

Enfin, le commerce représente environ un emploi sur 6 à Paris. C'est un secteur qui se développe et qui est appelé à se développer. Le problème est qu'il rencontre des difficultés de recrutement, comme l'a souligné récemment un colloque sur les emplois non pourvus. Beaucoup de choses se décident au niveau de l'État, de la réglementation du marché du travail qui est aujourd'hui plutôt un frein. Or, il faut adopter une stratégie de mobilité, non pas défendre ce qui existe, mais permettre à ce qui va exister de se développer, pour que les petites entreprises puissent devenir des PME et des grandes entreprises. L'emploi à durée indéterminée, 7 heures 38 par jour devient peu à peu minoritaire. Dans le secteur du commerce, on va vers des emplois à temps partiel, parce que la clientèle a aussi des besoins très diversifiés. C'est une difficulté également dans le bâtiment et dans l'hôtellerie : les minima sociaux sont-ils compatibles avec le développement d'emplois à faible rémunération ?

Mise à jour le : 09 novembre 2010
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