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Paris à l'horizon 2025

Concurrence ou développement économique partagé ? (25 avril 2005)

Textes des principales interventions
Frédéric WEIL
Frédéric Weil au séminaire « Paris à l’horizon 2025 » 25 avril 2005

président de Capital Games
Je m'occupe d'un SPL, c'est-à-dire d'un rassemblement d'entreprises qui ont souhaité mutualiser une partie de leurs ressources, en particulier les ressources en R & D, mais aussi humaines et financières. Nous sommes plutôt spécialisés dans le domaine du jeu vidéo. Nous rassemblons l'ensemble des entreprises qui développent, c'est-à-dire ceux qui inventent et fabriquent les jeux vidéos. Sur une cinquantaine en Ile-de-France, nous en rassemblons une quarantaine. Avec ce SPL, nous avons tout simplement voulu sauver notre industrie, la développer et la défendre à l'international.

Le pôle de compétitivité a été essentiel pour nous, patrons et salariés de PME. Cette action de rencontre entre pouvoirs publics, laboratoires, PME et TPE est radicalement nouvelle et très importante dans la compétition que nous vivons au quotidien. Nous sommes des entreprises de 2 à 100 personnes - vraiment des PME - et nous sommes " embarqués " dans la globalisation : la plupart de nos produits et projets sont des jeux vendus à l'international. 80 % de nos recettes viennent de projets vendus sur les marchés mondiaux. Nos concurrents sont Sony, Atari, Microsoft - de grandes machines de guerre - avec des visions et des moyens très supérieurs aux nôtres.
Nous avons monté ce SPL pour alerter les pouvoirs publics qu'une filière était en train de disparaître dans cette compétition mondiale et pour travailler ensemble en regardant ce qui se fait, par exemple, au Québec ou en Corée. Alors que le cluster est une démarche venant plutôt de la base, en Corée, ce sont les pouvoirs publics qui ont incité des entreprises à travailler dans le même sens et en 4 ou 5 ans, des entreprises coréennes sont devenues leaders de leurs métiers, en particulier dans le jeu vidéo.
Nous avons d'excellents programmeurs, les meilleurs graphistes du monde, des gens qui inventent, des idées… Il n'est donc pas question que la France disparaisse de ce qui devient l'une des industries culturelles les plus importantes dans le monde. Notre démarche vient donc de la base et nous avons été bien reçus et compris par la Mairie de Paris et la région Ile-de-France. Nous avons construit en quelques mois une politique de soutien et de dynamisme des entreprises. C'est donc possible.
Cette démarche s'est naturellement inscrite dans les pôles de compétitivités. On nous a demandé de travailler, à notre niveau, à travers des relations interpersonnelles, les projets nécessaires pour survivre dans les 2 ou 3 prochaines années dans le monde globalisé du jeu vidéo. Nous avons proposé ces projets aux pôles, débattu avec les chercheurs et découvert de véritables " mines " au sein des laboratoires. Nous avons donc commencé à mettre des interfaces de travail entre laboratoires publics et entreprises privées.
Effectivement, cela se situe au niveau de l'interpersonnel, de la relation de confiance avec des analyses technologiques ou techniques nécessaires pour monter ces projets. Au-delà de l'intérêt de la filière, nous imaginons de nouvelles bases de coopération entre les pouvoirs publics et les PME. Nous sommes des petits artisans du jeu vidéo et, comme dans le dessin animé ou le cinéma qui sont aussi très importants pour la culture, on ne peut avoir des moyens financiers ou même une vision stratégique de haut niveau. Or, les pouvoirs publics ont cette capacité et l'approche de l'" offre d'un marché " se fait aussi dans ces PME. L'alliance des deux produit une politique volontaire de conquête, déplaçant notre contenu culturel vers l'étranger.
Sans constituer une nouvelle forme de gouvernance pour les entreprises, les pôles de compétitivité représentent pour les PME le seul moyen d'alliance pour pouvoir faire des projets de haut niveau, compétitifs mondialement, avec des sociétés comme Pixar dans les dessins animés en images de synthèse. On peut ainsi réunir les têtes chercheuses, les dynamismes d'entreprises, les visions stratégiques des états ou des pouvoirs publics locaux.
Et c'est aussi le moyen de réunir l'ensemble des structurations financières pour nous battre pour les 3 prochaines années, ce qui est très important pour les 40 PME que je représente. Les pôles de compétitivités se heurtent pour l'instant au manque d'outils de financement répondant aux problèmes de capitalisation et d'accès sur les marchés des PME. Les clusters des districts italiens ou des pays anglo-saxons se fondent sur une gouvernance et une stratégie mondiales, un positionnement marché mais aussi un accompagnement financier.
Les pôles de compétitivité ne seront une réussite en termes de construction, de gouvernance et de vision, que s'ils intègrent - comme dans le pôle sur lequel on a travaillé - une réflexion sur le financement des PME sur 3 ou 4 ans, l'accompagnement de leur développement, la dotation de capitaux à des entrepreneurs qui, en général, n'en possèdent pas, sortent de leurs études ou sont des étudiants chercheurs qui se lancent avec leur idée. Ces questions sont vraiment une des clés de réussite des pôles de compétitivités.

Mise à jour le : 09 novembre 2010
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