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Paris à l'horizon 2025

Concurrence ou développement économique partagé ? (25 avril 2005)

Textes des principales interventions
Frédéric GILLI
Frédéric Gilli au séminaire « Paris à l’horizon 2025 » 25 avril 2005
chercheur à l'École Nationale des Ponts et Chaussées
Mon travail de recherche porte sur la localisation des activités dans la région urbaine de Paris et de manière plus générale sur le desserrement des emplois des centres vers les périphéries des grandes métropoles occidentales. Il est en partie issu de travaux menés pour l'INSEE, la DATAR et la DRE Ile-de-France. Mes propos n'engagent pas ces institutions ni le ministère de l'économie et des finances pour lequel je travaille actuellement.
L'emploi et l'attractivité du cœur de l'une des capitales mondiales… s'agit-il de " problèmes de riches " ? Si c'était le cas, on n'observerait pas un taux de chômage de Paris et de la petite couronne supérieurs à la moyenne régionale et nationale, et seul un problème de redistribution se poserait... Un tel constat témoigne aussi de problèmes spécifiques de dynamisme.
Quelle est la place de ce cœur dans la région ? Faut-il consolider et faut-il diversifier l'attractivité de la zone dense ? Est-il besoin de le faire ? Comment peut-on faire dans le cadre des contraintes qui nous sont posées ? Existe-t-il des solutions ou des leviers d'action ?
Il s'agit de dessiner un cadre de réflexion pour évoquer la zone dense et les contraintes auxquelles sont confrontés les villes et les cœurs de villes mondiales.
Le cœur de la ville mondiale

Doit-on aborder une région économique à travers son unité économique ? La région parisienne serait alors une sorte de grand bassin parisien, dépassant largement les limites de l'Ile-de-France, là où sont implantées les entreprises de la région parisienne. Les groupes internationaux s'implantent à cette échelle interrégionale, qui dépasse l'Ile-de-France pour atteindre la Picardie, la Champagne-Ardenne, etc.
Est-ce un bassin d'emploi ? Si c'est le cas, on se situe dans le cadre des régions urbaines fonctionnelles, au sens large, Paris étant au centre d'une région qui dépasserait les limites de l'Ile-de-France au nord, pour atteindre le sud de l'Oise, et qui n'atteindrait pas totalement le sud-est du Val-de-Marne. Si l'on étend un peu plus largement la vision du bassin d'emploi, dans le cadre d'une métropole multipolaire, on déborde alors la limite de l'Ile-de-France, pour atteindre un ensemble de villes, " avant-postes " de la région parisienne, parmi lesquelles Évreux, Chartres, Dreux, Beauvais ou Compiègne... La métropole fonctionnelle, Paris, dépasse largement l'Ile-de-France. Quand on parle de faire le schéma directeur de manière transrégionale, on se place dans cette perspective.
La zone dense est-elle l'espace soudé par des échanges importants et transversaux ? En fait, on s'intéresse aux flux domicile/travail biquotidiens. Au centre, des flux convergent vers Paris, d'autres partent de Paris, et de nombreux flux se situent entre les pôles d'emplois qui entourent Paris. Il y a une véritable interconnexion des bassins d'emploi de Paris et de la première couronne de zones d'emploi. Les flux sont en revanche radiaux et surtout convergents quand on se place à la périphérie de cette zone.
La zone dense peut enfin résider dans une géographie de l'emploi spécifique, par ses caractéristiques sectorielles ou sa densité. On définit une zone dense par une zone très riche en emplois et en densité de population. La région parisienne faisant de plus en plus apparaître une organisation multipolaire, il est possible d'y découper des pôles d'emplois sur la base de leur densité d'emploi et de les classer ensuite en fonction des types d'emplois offerts localement (secteurs d'activités mais aussi fonctions - professions intermédiaires, fonctions de techniciens et fonctions cadre et recherche). Dans cette perspective, le cœur de l'agglomération s'étend au delà du périphérique. En affinant le découpage, une spécificité de l'emploi parisien ressort : une activité spécifique orientée vers le luxe, les technologies de l'information et de la communication et le tourisme. En première couronne, les pôles d'emplois autour de Courbevoie et Boulogne sont plus orientées vers le tertiaire supérieur, tandis que les communes autour d'Ivry et Saint-Denis le sont vers le commerce de gros, Montreuil, Noisy et Créteil également mais contenant eux toujours beaucoup d'industrie. Cette " Couronne autour de Paris " est donc un espace dense et qui fait sens avec l'intérieur du périphérique.
Les transformations de l'économie locale

Les nouvelles logiques de l'économie internationale conduisent à une mondialisation de l'activité, donc à des économies d'entreprises plus qu'à des économies nationales ou locales. Cela a pour première conséquence de distinguer les grandes métropoles comme des territoires spécifiques, complexes, denses, chers à entretenir et à gérer, mais dans lesquels on trouve généralement des mains-d'œuvre très hautement qualifiées. Elles posent donc des problèmes d'emploi spécifiques.
Les villes mondiales se placent dans un contexte de concurrence internationale, qui n'est pas le même pour les autres territoires. Elles cherchent évidemment à capter les flux des emplois et les activités susceptibles de nourrir cette population qui fait leur originalité. Mais elles subissent toutes en leur sein même une profonde mutation de la géographie de leurs emplois, caractérisée par le desserrement et la multipolarisation. Pour ce qui est de la zone dense en particulier, la dilatation du centre prend deux formes. D'une part, la proche banlieue de Paris n'est plus tout à fait sa périphérie et d'autre part, la périphérie a changé de nature :
- Dans le cadre d'une métropole internationale en très forte croissance, de la même manière que l'on a dépassé l'enceinte des Fermiers Généraux, on est condamné, à terme, à dépasser le boulevard des Maréchaux et le périphérique, de nombreux travaux montrent que c'est déjà le cas.
- De plus, la périphérie a changé de nature. Toutes les grandes métropoles mondiales connaissent ces problèmes. Le cœur de la métropole est en concurrence avec ses territoires proches selon une première logique de coûts : il est beaucoup plus facile de faire de la production ou des centres d'appels dans une grande zone logistique où le foncier n'est pas cher. La deuxième logique est une logique de productivité. Un centre de recherche aura tendance à s'installer dans une sorte d'" écrin vert ", à proximité d'une zone dans laquelle ses cadres pourront habiter dans un cadre de vie assez agréable. Quand le World Trade Center s'effondre à New York, le principal problème de la ville est de faire en sorte que les activités qui sont parties s'installer à 80 ou 90 kilomètres de New York dans le Connecticut reviennent ensuite. En fait, elles ne reviennent pas ou très difficilement. Il reste toutefois à s'entendre sur ce que sont un cadre de vie agréable et l'endroit optimal pour faire de la recherche et sur ce point, les zones denses ont une possibilité d'action.
Le phénomène de desserrement de l'emploi urbain est donc fort (Paris a perdu 300 000 emplois entre 1975 et 1999 et la proche banlieue n'a pas compensé cette perte, ne gagnant elle que 100 000 emplois, alors que 700 000 emplois sont apparus en périphérie). Mais il n'est donc a priori pas plus accentué à Paris que dans d'autres régions métropolitaines. Le seul phénomène qui est peut-être particulier à Paris est que l'on n'a pas vu arriver est la forme que ce desserrement a pris en grande banlieue : les pôles d'emplois périphériques (villes nouvelles, pôles techniques et scientifiques pour l'essentiel) en ont gagné 400 000 et on a focalisé notre attention sur eux, mais en parallèle à cette explosion, 300 000 emplois se sont égayés dans la nature, dans des zones qui étaient rurales en 1975 et ce n'est pas uniquement de l'emploi de service local, c'est de l'emploi industriel, de recherche, de services.
Conclusion

Dans tous les cas, la zone dense s'affranchit des contours administratifs, ce qui a une double conséquence :
- Les logiques locales auxquelles sont confrontés les différents décideurs locaux, chacun sur sa zone, sont généralement ancrées dans les problèmes quotidiens. Elles seront forcément différentes d'un bout à l'autre de l'espace partagé. Ce ne sont donc pas les mêmes problèmes qui vont se poser aux différents interlocuteurs, en dépit de territoires sur lesquels les intérêts sont communs.
- Les conséquences du desserrement urbain créent pour elles des problèmes spécifiques, communs à Paris et à la proche banlieue : il faut faire face à l'étalement et à la multipolarisation de la ville, en veillant à ne pas renouveler à l'échelle de la région urbaine l'erreur que l'on a faite en opposant Paris et sa banlieue. À l'échelle de l'agglomération se pose un problème général de mixité des populations, des emplois et des usages des sols.
Mise à jour le : 09 novembre 2010
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