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Paris à l'horizon 2025

Acteurs et partenaires de Paris : une vision capitale (22 mars 2005)

Textes des principales interventions
Didier FUSILLIER
Didier Fusillier © Mairie de Paris DDATC / Dolce Vita
directeur de la Maison des arts de Créteil
Directeur de la Maison de la culture de Créteil, j’étais en charge de Lille, capitale européenne de la culture en 2004, un événement qui a créé un électrochoc important, au moins dans la Région du Nord Pas-de-Calais.

 

La Maison de la culture de Créteil et du Val-de-Marne a été créée en 1972 par André Malraux. Il y a seulement trente ans, l’objectif était clairement affirmé de rendre accessible tous les grandes oeuvres de l’humanité : à Bobigny, à Nanterre, au Théâtre des Amandiers, la Maison de la culture de Bobigny, mais également à Lyon, La Rochelle, de grands établissements accueillaient tous les grands spectacles de Paris. Il n’y avait pas de grandes différences depuis Paris sur le développement en très proche banlieue et en province. Avec le développement de politiques culturelles ambitieuses et de beaucoup de festivals, de théâtres, de grands créateurs, comme Antoine Vitez, Maguy Marin, on sent émerger un pôle très fort notamment à Bobigny, à Nanterre : quand, à Paris, on veut voir certains spectacles, il faut venir à Créteil ou dans les autres théâtres. Créteil attire 110 000 spectateurs, 4 500 abonnés et surtout 25 000 enfants des classes primaires jusqu’en cinquième.

 

On découvre également un foisonnement d’idées, un maillage. Avec sa nouvelle politique, la ville fait aussi en sorte que la Maison des Arts soit un pivot central du développement social, de la connaissance des autres par la culture. À Créteil, nous sommes au pied du centre commercial, Créteil Soleil, qui a été longtemps premier d’Europe. On est confronté à un autre monde et à de nouveaux courants de publics. On crée donc un maillage très fort : 32 conventions sont passées avec les lycées, les collèges et les universités, mais également avec 12 entreprises partenaires, et cela forme le corps du public.

 

Quand, en 1999, le Maire de Lille, Pierre Mauroy, et ensuite Martine Aubry me confient la direction de la capitale de la culture, il s’agit là d’une autre échelle. Le budget de la Maison des Arts de Créteil est de 5,5 millions d’euros, celui-ci était de 73 millions d’euros pour l’année et d’autant en investissements. C’est donc un très grand volume pour la culture. Le grand avantage de l’événement de Lille 2004, capitale de la culture est qu’il s’inscrit sur 193 villes partenaires dans le Nord, le Pas-de-Calais et en Belgique et implique 85 entreprises partenaires, qui apportent 12 millions d’euros de financement direct, ce qui n’avait jamais été vu en France. Eurostar, la SNCF amènent beaucoup de monde : Eurostar a vu ses ventes Lille-Londres augmentées de 25 %, la SNCF a connu 11 % d’augmentation. Durant les week-ends, les trains étaient complets : ce n’était jamais arrivé.  

Le public a découvert une ville dont l’image était celle du Nord, de la « banquise », de gens pauvres, déguenillés, sortant des mines, Zola…. Au moment du lancement du programme de 2004, une publicité d’Eurostar représentait un gars et une fille qui dansaient dans une salle des fêtes épouvantable, avec un orchestre en fin de course qui jouait un vieil air d’accordéon. On avait juste un slogan : « Quand on pense qu’à une heure d’ici, vous aviez Londres ». On se disait donc qu’il y avait beaucoup à faire.

 

On a créé un choc. D’abord, on n’est qu’à une heure de Paris, il y a un train toutes les demi-heures le matin, toutes les demi-heures le soir, et toutes les heures le reste de la journée, à une heure trente de Londres et trente minutes de Bruxelles. Il y a eu une vraie déferlante : 9 millions de personnes sont venus à Lille à l’occasion de Lille 2004, dont 70 % – selon des sondages totalement indépendants – disent venir pour la culture. Rubens a attiré 317 000 spectateurs, c’est-à-dire le deuxième résultat pour une exposition en France et la 9e position internationale. Ce n’était jamais arrivé pour aucune ville française en dehors de Paris.

 

On crée aussi un engouement pour la population avec des idées simples et tout d’abord celle de créer. Je crois beaucoup aux liens transports et visites, à l’accès aux lieux où se passe la culture. Le pass journée a connu un énorme succès - près de 2 millions – et permettait d’utiliser gratuitement tout le réseau – tramway, métro, bus – dans la région de Lille (1 400 000 habitants) et d’accéder gratuitement ou à des prix très faibles à toutes les manifestations. Les gens ne se posaient donc pas la question de savoir s’ils prenaient la voiture ou pas et ce concept a eu un succès considérable. Ils étaient à dix minutes, une demi-heure, voire une heure trente à Boulogne-sur-Mer pour voir les Pharaons d’Égypte. Le temps de trajet était assuré par le transporteur et c’était inclus dans le billet d’entrée de la manifestation. Cela s’est fait sur l’ensemble de la région avec la SNCF et avec le réseau Transpole de transports en commun. C’est une des premières fois que l’on faisait cela.

 

Quand on lit Bourdieu, on voit que le problème de la culture est souvent l’accès. Comment passer la porte et comment y arriver ? Pour les entreprises, il n’y a aucun problème à être de l’autre côté du périphérique, mais le soir quand on va au théâtre, à Bobigny, à Aubervilliers, il y a toujours cette question : comment j’y vais ? Si l’on règle cette question et qu’on la règle dans le billet d’entrée, on règle beaucoup de choses. Nous avons vendu 200 000 billets. Ce sont des chiffres évidemment importants, et nous avons respecté ce budget de 73 millions d’euros.

 

Nous avons utilisé l’art sous toutes ses formes et même au niveau de la communication, par exemple, en peignant en rose toute la gare de Lille, l’équivalent de la gare du Nord à Paris : c’est très impressionnant et l’impact est immédiat. On a installé une forêt de 1 000 arbres à l’envers sur la place centrale de Lille, une forêt qui se déplace - vous passez sous une forêt plantée à l’envers, les troncs en l’air dans le ciel - le choc poétique est absolument incroyable. C’est le lieu de tous les amoureux. Les opérateurs de téléphonie mobile avaient créé un petit logo « rendez-vous avec l’arbre » et tout le monde utilisait ça. On découvre aussi de nouveaux langages, de nouveaux mots : les « maisons folie » qui permettent aux gens de se réunir dans les quartiers, de se rassembler avec une vision très large de la culture - des jardins à l’opéra, à la cuisine - qui fait que les gens se retrouvent avec leur propre culture et l’échangent avec leurs voisins.

 

Je me souviens d’avoir vu à Paris le match d’ouverture de la coupe du monde de football, Écosse Brésil. Dès que vous habitiez Paris, c’était l’enfer. Si on avait pu découvrir l’Écosse, le Brésil, la culture, cela aurait pu être un événement pour la région parisienne, pour l’Ile-de-France, en faisant en sorte que la culture soit au centre des grands événements de portée internationale. La culture ne coûte pas si cher, finalement, par rapport à ce qu’elle rapporte en terme d’image et d’impact. Il faut vraiment penser à l’émerveillement, au réenchantement de la ville par la culture. On voit ce qui se passe à New York, par exemple dans le Queens, à Chelsea, autour des galeries de peinture contemporaine, autour des grands centres d’art qui naissent aussi à Williamsburg et à Brooklyn, qui ont révolutionné complètement ces quartiers, laissés à l’abandon il y a encore dix ans et qui deviennent maintenant les endroits où il faut aller, avec une identité très forte. En Catalogne, à Barcelone, où le président de Generalitat de Catalunyia, Monsieur Maraval, auparavant maire de Barcelone, a doublé le budget de la culture, déjà très élevé à Barcelone, avec la création en trois ans de 7 théâtres majeurs, cela ne désemplit pas. C’est une sorte de frénésie, de curiosité de tous les habitants de Catalogne et des visiteurs.

 

Il est important de considérer systématiquement la culture comme un agent de développement économique et aussi de paix sociale. De toutes les oeuvres qui ont été créées à l’extérieur à Lille - sans être gardiennées - aucune n’a été abîmée ou taguée. La beauté était toujours respectée, même dans les quartiers les plus difficiles. À Lille-sud, où le quartier est très dur – à Lille, 55 % des gens ne paient pas d’impôts et il y a des gens très riches et d’autres très pauvres -, la fierté des habitants de découvrir des oeuvres d’art en face de chez eux était inouïe. Il ne faut jamais oublier cela, quand on développe l’art, les artistes et la culture.


Lien vers le site de la Maison des arts de Créteil

Mise à jour le : 09 novembre 2010
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