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Le FMAC à l'école

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Entretien de Jérôme Glicenstein, maître conférence à l'université Paris 8 - Saint-Denis







Vous enseignez l’histoire, les théories et la pratique de l’exposition depuis plusieurs années à l’université Paris 8 où vous êtes à l’origine de la création du master Médiation : art et publics. Pourquoi avoir choisi de faire participer vos étudiants à l’exposition
Le FMAC à l’école ?

Jérôme Glicenstein : Nous avions déjà participé à plusieurs opérations avec le FMAC qui s’étaient bien déroulées. La proposition d’Anne Sudre a semblé intéressante : la présentation de l’art contemporain à l’école est souvent faite en dépit du bon sens, parachutée, imposée et autoritaire. D’habitude, lorsqu’on montre de l’art contemporain dans les écoles, il ne concerne ni les enfants, ni leurs enseignants.

Qu’apporte, selon vous, la présence d’une œuvre au sein d’un établissement scolaire ?

J.G. : La présence d’une œuvre au sein d’un établissement scolaire n’a aucune importance « en tant que telle ». On pourrait tout aussi bien se servir d’un extincteur, d’un cendrier ou du portrait de la reine d’Angleterre. Cela importe peu car une œuvre ne rayonne pas, ce n’est pas un produit radioactif.
Je ne crois pas à la « présence » des œuvres. Ce qui importe c’est l’œuvre accompagnée d’une médiation. C’est-à-dire l’œuvre qui fait sens dans le contexte spécifique - temporellement et spatialement situé - où elle rencontre des gens. Mais elle ne les rencontre pas seule. La rencontre est mise en scène et en perspective d’une manière qui correspond aux circonstances très particulières de l’école, des personnes qui y travaillent - et pas seulement les enfants - des gens qui font la médiation, et bien évidemment du type d’œuvre que l’on montre. Et tout cela n’a rien à voir avec l’œuvre elle-même.

Quels sont les enjeux de la médiation en milieu scolaire ?

J.G. : Pourquoi faire une opération spécifique de médiation de l’art contemporain à l’école, alors qu’on peut considérer que les professeurs sont eux-mêmes des médiateurs ? Ils le sont certes, mais ce ne sont pas forcément des spécialistes d’art contemporain. Ce sont surtout les médiateurs de l’accès au savoir. En revanche le médiateur d’art contemporain apporte une approche spécifique extérieure au monde de l’école.
De manière générale, tous les gens qui interviennent à l’école mais sont extérieurs à celle-ci - qu’ils soient médiateurs ou non d’ailleurs - permettent de déplacer le point de vue habituel des usagers de l’école sur l’école.

Paris est la seule ville en France qui offre déjà un enseignement spécifique grâce à la présence dans chaque école élémentaire d’un professeur d’arts plastiques de la ville de Paris. Quelles sont les différences d’approche entre un professeur d’arts plastiques et un médiateur ?

J.G. : Les professeurs d’arts plastiques de la ville de Paris sont bien évidemment formés à l’art contemporain, mais la différence avec le médiateur c’est que quand on est formé à l’art contemporain dans la perspective de l’enseignement des arts plastiques, on est formé aux enjeux de la création ou à la manière dont on produit les œuvres, mais on ne l’est pas aux questions de réception et de publics.

Le professeur d’arts plastiques place les enfants devant des activités à contenu éducatif. Elles correspondent à la transposition didactique de savoirs savants. Il s’agit de mettre les enfants face à la production plastique d’objets. Que ce soit en école élémentaire ou en collège, le but est que l’enfant créé quelque chose par lui-même et qu’il soit capable d’argumenter à partir de ce qu’il a produit. Il s’agit de faire en sorte que son imagination soit mise en valeur, et non pas qu’il copie des choses ou reproduise des modèles. Il doit se trouver dans une posture de « créativité », d’utilisation de certains outils ou techniques qui visent à favoriser son imagination et sa créativité.

Tandis que le médiateur n’a pas pour but essentiel de mettre les enfants dans la position de créateurs. Le but n’est pas de créer pour créer mais de faire réfléchir à partir d’un objet — en opérant des déplacements par rapport à cet objet. Les médiateurs utilisent l’œuvre quelle qu’elle soit, comme une fenêtre qui ouvre sur autre chose que la pure imagination autocentrée. L’œuvre devient un prétexte. Et même si ça peut paraître dur de le dire, on pourrait faire la même chose avec des brosses à cheveux ou du shampoing ; ce serait pareil et nous aurions sans doute à peu près les mêmes résultats. Alors évidemment, nous sommes ravis que cela concerne des œuvres d’art contemporain car elles développent des enjeux souvent intéressants. Mais fondamentalement, cela pourrait être n’importe quel objet parce que le plus important n’est pas « telle œuvre » mais l’utilisation que l’on en fait pour orienter l’imagination sur des points précis. C’est une manière de créer une fenêtre sur le monde.

Quels sont les enjeux de la collaboration entre les professeurs d’arts plastiques de la ville de Paris et les étudiants médiateurs de l’université Paris 8 ?

J.G. : Le professeur d’arts plastiques est le relais dans l’école. Si celui-ci n’est pas là pour accueillir l’œuvre, la médiation ne peut pas avoir lieu. Ceci étant, le professeur d’arts plastiques a son programme, ses enjeux et sa démarche. L’insertion d’une œuvre dans une école est un peu une rupture par rapport à sa démarche habituelle et le médiateur est là pour donner du sens à cette rupture. Il ne s’agit pas d’être un auxiliaire du professeur d’arts plastiques mais d’être un accompagnateur et un intermédiaire au sein de l’école et pas seulement dans le cours d’arts plastiques. Car la médiation ne s’adresse pas uniquement aux enfants mais aussi à leurs parents, aux enseignants, voire aux personnels de service des établissements scolaires. La médiation fait circuler la parole à travers des appropriations multiples où la pratique est un moyen et non une fin.

 

Mise à jour le : 14 mai 2013
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