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Le FMAC à l'école
Ils ont dit
Entretien d'Angela Jaramillo et Céline Rousseau, étudiantes en master à l'université Paris 8 - Saint-Denis
Qu’est ce qui a motivé votre participation à l’opération du FMAC à l’école ?
Angela Jaramillo (AJ) :Le fait qu’une œuvre installée sur place allait permettre de sensibiliser les enfants à l’art contemporain. J’ai aussi été attirée par l’aspect pédagogique et vivant.
Céline Rousseau (CR) :Pour ma part, c’est mon intérêt pour les collections du FMAC que je trouve de qualité. Le lieu d’exposition aussi : on ne pense pas à l’école d’habitude et on ne pense pas forcément aux enfants comme public.
Etiez-vous déjà intervenues en tant que médiatrices auprès d’un public scolaire ?
AJ : Non.
CR : Moi non plus, et c’est aussi ce qui m’a plu. Cela m’a permis de découvrir de nouvelles manières d’aborder la médiation.
AJ : C’est un public plus naïf. On peut penser que c’est péjoratif, mais je veux dire par là que c’est un public que l’on doit guider, qui va être amené à découvrir des choses qu’il n’a encore jamais abordées.
CR : D’un certain côté on peut dire aussi que c’est un public plus exigeant, car il faut s’adapter à ce que les enfants savent déjà et surtout à ce qu’ils ne savent pas encore.
AJ : D’ailleurs, travailler avec eux est une assez grande responsabilité parce qu’on leur donne des bases qui peuvent les influencer plus qu’on ne l’imagine.
L’exposition d’une œuvre d’art dans un contexte scolaire modifie t-elle le rapport à l’œuvre ?
AJ : Je dirais que c’est complémentaire.
CR : Oui, car le contexte modifie le rapport. Si on fait de la médiation au Grand Palais ou dans une école, la manière d’aborder le travail est complètement différente.
AJ : L’œuvre étant restée pendant six mois, il y a une présence forte. Les enfants ont le temps de se familiariser avec elle. Lorsqu’elle sera décrochée, il y aura comme une absence.
Avez-vous été étonnées par certaines réactions, ou peut-être avez-vous entendu des propos particuliers concernant la présence de l’œuvre dans l’établissement ?
AJ : Au collège Edmond Michelet, l’arrivée de l’œuvre de Nicolas Milhé était un moment très important. Christine Charrière, la professeur d’arts plastiques, s’est vraiment beaucoup investie. Elle avait déjà fait un travail avec les élèves et elle a tout de suite voulu faire un livre d’or pour qu’ils puissent s’exprimer.
CR : A l’école élémentaire Alexandre Dumas, dans laquelle nous sommes intervenues avec Angela, autour de l’œuvre de Raymond Hains, nous avons aussi fait une médiation pour les professeurs. Parce que les enfants c’est important, certes, mais si les enseignants ne comprennent pas ce qui a été installé, ce sera très difficile pour eux de transmettre à leur tour un propos.
Selon vous, qu’a apportée votre présence en tant que médiatrices au sein des équipes pédagogiques des écoles où vous êtes intervenues ?
AJ : Nos propositions ont été bien accueillies.
CR : Mais c’était parfois difficile car certaines personnes ne comprenaient pas toujours notre rôle.
AJ : Surtout que l’on ne peut pas tout faire en même temps. La présence de l’œuvre dans l’école est déjà une forme de médiation, mais il aurait fallu expliquer en amont ce qu’est la médiation, car notre rôle n’était pas suffisamment clair pour tous nos interlocuteurs. Mais notre rôle consistait surtout à établir un lien avec l’œuvre.
CR : Nous nous sommes aussi adaptées aux exigences pédagogiques des professeurs. Et cela nous a permis d’approcher une méthode de transmission que l’on ne maîtrisait pas auparavant.
AJ : La réunion avec Anne Gavarret, conseillère pédagogique en arts visuels au Rectorat de Paris, nous a été très utile car nous avons mieux compris ce que nous devions apporter avec notre médiation.
CR : On s’est apporté mutuellement des méthodes de travail : les professeurs d’un point de vue pédagogique et nous avec notre point de vue d’étudiantes en médiation culturelle.
AJ : Nous apportions des idées et les professeurs, avec leur expérience, nous aidaient à les mettre en pratique.
Pensez-vous avoir eu un impact sur la réception des œuvres ?
CR : Je pense que les professeurs auraient quand même fait quelque chose avec l’œuvre si nous n’avions pas été là. Mais, en entamant une réflexion ensemble, nous les avons amenés à se poser des questions qu’ils ne se seraient peut-être pas posées.
AJ : On a fait une médiation qui fonctionne avec l’œuvre. On a cherché à initier les enfants au fait que derrière une œuvre d’art il y a une démarche.
CR : Nous n’étions pas là pour les initier à une technique, leurs enseignants le font bien mieux que nous, mais pour leur faire comprendre finalement en quoi consiste une démarche artistique. Il ne s’agissait pas de leur faire faire des « œuvres », mais de les sensibiliser à tout ce qui fait une œuvre avant sa réalisation.
Que vous a apporté cette expérience ? Diriez-vous que cela a été positif ?
CR : Sans aucun doute. De voir travailler les enseignants nous a appris une certaine méthode de transmission. Par exemple : comment faire participer les élèves, comment les intéresser, etc. ? C’est un peu comme si nous avions été initiées de notre côté à ce qu’est la pédagogie.
AJ : En ce qui me concerne, cela a été aussi très positif. Travailler avec un nouveau public, prendre conscience qu’il faut prendre le temps d’expliquer pour faire apprécier une œuvre qui est en lien avec l’école.
CR : Cela m’a aussi appris une méthode pour aborder l’œuvre. Se confronter à un public d’enfants m’a engagée à reprendre une méthode d’interprétation progressive. J’ai appris à être plus rigoureuse. C’est un public qui demande plus, donc je dois donner plus.
AJ : C’était une découverte, autant pour les enfants que pour moi. J’ai dû décortiquer l’œuvre en profondeur et la redécouvrir afin de la partager avec les enfants. J’ai pu voir des choses nouvelles dans une œuvre que je croyais connaître. Tous ces points de vue m’ont enrichie.



