«« retour

Partager sur Facebook | Partager sur Twiter | Partager | Imprimer | A+ | A- | A=Actualités

La Crim' se met à table

crédits : Préfecture de Paris
[18/10/2012]

A l'occasion des dernières Journées du Partrimoine, le 36 Quai des Orfèvres avait décidé d'entr'ouvrir ses portes. L'occasion de fêter le centenaire de la Brigade Criminelle et de découvrir les coulisses d'un lieu mythique où sont passés Maigret, Landru et Guy Georges.

 

Le docteur Petiot, la bande à Bonnot ou Issei Sagawa, le Japonais cannibale, autant d'affaires qui ont défrayé la chronique et qui ont toutes un point commun : le 36 Quai des Orfèvres.

Cinq étages de légende

L'adresse est intimidante. Il faut dire qu'en France et pour ce qui est de la police judiciaire, on ne fait pas plus prestigieux.

Le 36 Quai des Orfèvres dans les années 50

Le 36 dans les années 1950

De l’extérieur, on jurerait une caserne. A quelques encablures de Notre-Dame, le 36 dresse ses cinq étages autour d’une cour pavée qui a vu défiler tout un monde de petits voyous, de grands criminels et de flics fameux. Sans oublier son interminable escalier. Sur chaque marche, le linoléum est creusé. On imagine le défilé de prévenus, de témoins et d'enquêteurs. Tout en haut, un filet est tendu pour prévenir les suicides ou les escapades. En 1982, Nathalie Ménigon d’Action Directe avait tenté de sauter dans le vide. Depuis, on a pris les précautions qui s'imposaient (voir la le diaporama ci-dessous).

A part ça, des murs jaunis, la lumière blafarde, le mobilier administratif réglementaire. Pas de quoi rêver a priori. Sauf qu’il y a le poids de l’histoire.

 

Un seul héros: le groupe

 

D’ailleurs, c’est bien l’âme des lieux qui manquera le plus à Henry Moreau une fois que la Crim’ aura déménagé aux Batignolles, en 2017. Chef de Cabinet de Christian Flaesch – l’actuel patron de la PJ de la Préfecture de Paris –  ce quadragénaire au physique de grimpeur du Tour de France a 11 ans de Crim’ dans les jambes. Dès les premières questions, il tâche de faire la part du mythe et de la réalité

Jules Bonnot
 Fiche de Jules Bonnot, de la bande du même nom
 
Ici pas de héros, pas d’enquêteurs "borderline" avec des problèmes de bouteilles ou une fâcheuse tendance à pencher du côté des voyous. A la Crim’ on n’est pas non plus des superflics. On applique les mêmes méthodes qu’ailleurs. Avec une force de frappe exceptionnelle toutefois.

 

Henry Moreau explique: « C’est ce que certains appelle le rouleau compresseur. Un groupe d’enquêteurs compte 6 ou 7 personnes. Mais parfois, on peut se transporter à 20 ou 30 sur une scène de crime pour ratisser tous les indices et mener l’enquête de voisinage. Ici, nous avons le temps et les moyens de mener des investigations jusqu'au bout. »

Quand on pense au 36, c’est la figure de Maigret qui vient spontanément à l’esprit. Pourtant, la réalité  est plus proche des livres d’Ed McBain, le premier écrivain à avoir donné un héros multiple à ses polars : le 87e district. Une chose est claire, au 36, l'enquête est un sport collectif.

« Un groupe est très hiérarchisé, avec le chef, son adjoint, le procédurier, etc. En même temps, il fonctionne un peu comme une seconde famille, ajoute Henry Moreau. En théorie, la journée c’est 9 heures/19heures mais ça déborde toujours. On finit par passer plus de temps avec ses collègues qu’avec sa propre famille. »

 

Des affaires qui restent gravées

Dans son bureau du deuxième étage, le temps passe, le téléphone sonne sans arrêt. Le lendemain, il y a les Journées du Patrimoine et le 36 ouvre au public. Une nouveauté pour cette maison plutôt jalouse de ses secrets. On en vient tout de même aux affaires marquantes, celles qui restent.

Guy Georges

Guy Georges, le tueur de l'Est parisien

Par exemple, quand Henry Moreau intègre la Crim’ en 1996, l’affaire Guy George n'est plus très loin d'aboutir. Depuis 6 ans, ce tueur en série qui viole ses victimes avant de les tuer à coups de couteau dans la gorge sème la terreur dans l’Est Parisien. « Je ne travaillais pas directement sur ce dossier à l'époque, mais une fois qu’on l’a identifié, tout le monde s’est mis à quadriller le quartier qu’il fréquentait. Je me souviens de l’ambiance, du climat très concentré. Chacun savait ce qu’il avait à faire. On ne pouvait pas le laisser passer. »

Cela dit, ce ne sont pas les coups de maître, les dossiers super médiatisés qui demeurent en mémoire le plus longtemps. Les affaires qui marquent, celles qui vous empêchent de dormir, ce sont les affaires non élucidées. « Au banquet de la police, des anciens reviennent au 36. Ils nous demandent où on en est de telle ou telle enquête. Ça continue à les travailler des années plus tard. »

Charles Diaz, qui a officié dans les années 1980 et reste l’une des figures marquantes de la maison, ne dit pas autre chose. Lui c'est un vieux vendeur de journaux assassiné un soir de Noël 1980 qui continue à le hanter 30 ans après.

 

Rencontre avec Claude Cancès et Charles Diaz, les grands anciens

 

Aujourd’hui, ils sont rangés des voitures, ils écrivent des livres. Mais le 36 leur colle toujours à la peau.

Diaz et Cancès

Claude Cancès et Charles Diaz, réunis à nouveau lors des Journées du Patrimoine

Charles Diaz (commissaire de la Brigade Criminelle à partir de 1984) : « Le 36, c’est le cœur de la machine. J’y ai passé les meilleures années de ma carrière. On voit de tout, on visite un squat le matin et on va dans le 16e l’après-midi. C’est pour ça qu’on était forcé de porter un costume. Les mecs de l’anti-gang se sont mis à nous appeler les « seigneurs de la Crim'», mais c’était juste un vêtement pratique pour notre boulot. C’est sûr qu'ils pouvaient pas en faire autant, ils passaient leur temps à faire du "saute dessus". Après dans les années 80, ça s’est détendu. Cela dit il n'y a jamais eu de Serpico dans le service, sauf Capela qui s’en foutait complètement. »

Prise d'otages à l'ambassage d'Irak (1978)

Jacques Capela, un autre policier qui a laissé son empreinte et d’autant plus marqué les esprits qu’il est mort lors d’une prise d’otage à l’ambassade d’Irak en 1978. Le preneur d’otage, un Palestinien, venait de se rendre quand des « diplomates » irakiens ont ouvert le feu. Ces derniers n’ont jamais été poursuivis.

Claude Cancès, nommé adjoint au chef de la Crim' en 1982, a bien des histoires à raconter lui aussi. Il se souvient notamment de Michel le Fou qui avait étranglé une vieille dame chez elle. « Il nous passait des coups de fil en disant qu’il se rendrait à condition de revoir sa petite amie d'abord. En attendant, impossible de le « loger » et en enquêtant, on a pu "redresser" deux autres affaires de meurtre qui pouvaient lui être attribuées. Les trois quarts de la Crim’ y travaillaient et on n’a pas beaucoup dormi pendant toute cette période. On ne craignait qu'une chose: qu’il en tue encore une avant d'être pris. Finalement, c’est ce qui est arrivé. Trois ou quatre jours plus tard il se rendait dans le 15ème arrondissement. Ce genre d'affaire, ça vous reste. »

A lire:

-"Histoire du 36, Quai des Orfèvres", Claude Cancès et Charles Diaz, Ed Jacob-Duvernet

 

La crim’ à l’écran

Depuis le début, le 36 Quai des Orfèvres fascine et fait travailler l'imagination des écrivains, des scénaristes et des cinéastes. Voici quelques jalons dans une filmographie longue comme une main courante de samedi soir.

Maigret(s)

Maigret, c’est le commissaire par excellence, le modèle, le "raccomodeur de destins" comme le présentait Simenon. Une pipe, une silhouette épaisse, une impassibilité qui n’a d’égal que son appétit. Car Maigret aime la bonne chère, même s’il est souvent forcé, garde à vue oblige, de se contenter d’un jambon beurre et d’un demi commandés à la brasserie du coin.  

 

Avant de se lancer, Simenon a fréquenté le 36 comme journaliste. Il a pu s’imprégner des lieux et a créé ce commissaire tout en psychologie qui cherche l’homme nu, débusque le criminel comme un psy déniche l’inconscient.

Au cinéma, on oublie souvent que c’est Jean Renoir qui le premier a mis le fameux commissaire en scène dans "La Nuit du carrefour" (1932). D’autres s’y sont collés par la suite, parmi lesquels Delannoy ou Duvivier. La télévision a suivi, mais c’est Jean Gabin qui a définitivement marqué le rôle, faisant de Maigret ce monstre d’humanité qui a toujours le dernier mot.

 

"Quai des Orfèvres" de Henri-Georges Clouzot (1947)

Clouzot n’aurait sans doute pas réalisé un très bon Maigret. Le cinéaste du "Corbeau" et de "Les Diaboliques" n’avait pas assez de foi en l’homme pour cela. Mais avec "Quai des Orfèvres", il a signé un film d’atmosphère captivant et vénéneux.

 


Louis Jouvet - Quai des Orfèvres par RioBravo

Dans les bureaux de la PJ, douteux et empestant le tabac, défilent des personnages plus abjects les uns que les autres. Mari veule, femme vénale, policier cynique. Le tout emballé dans une mise en scène au cordeau et ficelé de dialogues millimétrés.

Louis Jouvet trouve là le rôle de sa vie (au cinéma en tout cas) et Blier incarne son emploi de cocu sans courage avec un talent qu’il mettra bientôt au service de ses rôles de patrons sans scrupules. Un classique.

 

"36 Quai des Orfèvres" d’Olivier Marchal (2004)

Olivier Marchal a au moins un mérite, celui de la légitimité. En effet, avant de faire le comédien dans des séries télé, l’homme a travaillé à la PJ. Il a vu les dessous de la société et l’expérience l’a renseigné une fois pour toutes sur l’état du monde.

 

A la fin des années 80, après quelques cours d’art dramatique au Conservatoire du 10e, il commence à émarger dans des polars mineurs, des téléfilms et des séries policières où ses airs d’ours mal léché font merveille.

Sans doute insatisfait des rôles qu’on lui propose et de la manière assez convenue dont on fait des polars dans l’hexagone, ce fan de romans noirs et de séries américaines, se met à écrire puis passe derrière la caméra. En 2004, c’est le coup de maître : "36 quai des Orfèvres", un film âpre qui raconte la rivalité sans merci de deux Lieutenants de la PJ incarnés par Daniel Auteuil et Gérard Depardieu.

Depuis, le cinéma français clone inlassablement des histoires tournées dans des tons nuit bleutée où des flics "borderline" (et souvent vêtus d’un blouson de cuir) s’affrontent sur cette frontière tellement perméable qui sépare le bon flic du vrai voyou.

 

"Engrenages" (2005-2012)

Avant, il y avait Navarro et Julie Lescaut, des policiers drôlement bien de leur personne, un peu divorcés sur les bords, mais nettement plus proches de Joséphine Ange gardien que du Sipowicz de "NYPD Blues".

 

Et puis Canal+ a osé : un peu de  réalisme.  Des policiers qui dérapent, une avocate qui sert plus sa carrière que la veuve et l’orphelin, un juge d’instruction cérébral et flippant, des politiques qui mettent la pression, une société malade où la ligne de partage morale ne divise plus les bons et les méchants mais traverse les personnages dans le sens de la longueur.

"Engrenages", c'est quatre saisons à suivre la vie de sept protagonistes qui évoluent, prennent des coups et gardent des marques, comme dans la vie. Surtout, c'est une qualité d’écriture qui renvoie les grandes machines du prime time hertzien à la préhistoire.

"Engrenages" se vend dans 60 pays, preuve que la qualité peut parfois payer. En même temps, "Hélène et les garçons" avait fait presque aussi bien.

+ Pour poursuivre les investigations, rendez-vous au Forum des Images pour le cycle "Que fait la police?": plus de 50 films projetés, des débats, des rencontres du 17 octobre au 30 novembre.

TV Paris (logo)

En vidéo...

  • La boutique de la Ville de Paris est ouverte !

    >>Toutes les vidéos

Dossier

  • Le FMAC à l'école

    Crédits

    Exposer des œuvres d'art contemporain dans des écoles, collèges, centres scolaires et hôpitaux parisiens, telle est l’expérience initiée par le Fonds municipal d'art contemporain dans le cadre de l'opération "L'art pour grandir".

  • Comment ouvrir une chambre d'hôtes à Paris ?

    Crédits

    La semaine prochaine Clara va recevoir deux jeunes filles venues de New York. Cet été, elle se prépare à l'arrivée d'un jeune couple de Japonais en voyage de noces dans la capitale. Clara a sa chambre d'hôtes dans son appartement du 11ème arrondissement. Si comme elle, vous voulez tenter l'expérience de location de chambre d'hôtes à Paris, suivez notre guide...