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10 adresses pour frémir à Paris
A Paris, chaque rue a son histoire et chaque quartier ses fantômes. Visite de quelques lieux qui font frémir et rencontre avec des spectres qui hantent toujours la capitale...
L’homme rouge des Tuileries
Catherine de Médicis (1519-1589) a laissé dans l’histoire une empreinte qui sent le soufre. Reine de France, mère de trois souverains, on la disait venimeuse, jalouse de son pouvoir et capable de tous les crimes pour le conserver. La preuve.
Parmi les sbires qui servaient ses noirs desseins, on trouvait un certain Jean l’Ecorcheur, qui devait son nom à son emploi dans les abattoirs situés non loin du palais des Tuileries. Mais l’homme en savait trop, au goût de la reine en tout cas. Elle chargea donc son âme damnée, Neuville, de s’en débarrasser. Plusieurs assassins furent chargés de cette basse besogne. Mais au moment de commettre leur crime, ces derniers se heurtèrent à une résistance forcenée. Alors qu'il rendait son dernier souffle, l’Ecorcheur eut encore la force de lancer une malédiction : « Je reviendrai ».
Quelques jours plus tard, l’astrologue de la reine Cosme Ruggieri lui confiait avoir vu en songe un homme rouge, tout dégoulinant de sang, qui lui prédisait la mort de la souveraine. Depuis, l’histoire de France est marquée par les apparitions de ce fantôme des Tuileries, qui annonce toujours les plus terribles catastrophes. Marie-Antoinette affirma ainsi l’avoir vu dans sa chambre peu de temps avant son exécution. Napoléon l'aurait aperçu à la veille de Waterloo. On ignore en revanche s'il était dans les parages quand la France a perdu son triple A.
Où: Jardin des Tuileries 75001
Les fantômes du Luxembourg
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On fait parfois de curieuses rencontres au jardin du Luxembourg.
En 1925, un étudiant en médecine révise ses cours sur un banc. Il s’appelle Jean Romier et ne s’étonne pas qu’un homme en redingote vienne l’aborder. Pourtant, on ne porte plus ce genre de vêtements depuis des décennies. Les deux hommes devisent tranquillement à l’ombre des platanes. Il commence à se faire tard et il faut croire que le vieil homme prend son cadet en sympathie puisqu’il l’invite chez lui, rue de Vaugirard, pour assister à une soirée musicale.
L’étudiant en médecine accepte et passe une délicieuse soirée, faisant notamment la rencontre d’un jeune séminariste particulièrement bavard et sympathique. On se dit adieu et Jean Romier s’en va content. Tout de même, en y réfléchissant, il trouve que l’ambiance de cette soirée lui parait bien curieuse. Tout semblait si désuet dans cet appartement : les meubles, les vêtements des convives, jusqu’à leur conversation.
Puis sur le chemin qui le ramène à sa chambre d'étudiant, il s’aperçoit qu’il a oublié son briquet en or et décide de retourner aussitôt rue de Vaugirard. Mais là, il n’y a plus rien. Rien que la concierge qui lui apprend que l’appartement d’où il dit avoir passé la soirée est inhabité depuis des décennies. Le jeune homme perd pied, s’énerve, la police intervient. On force la porte. Et là stupeur: une épaisse couche de poussière recouvre les meubles. Personne n'est venu là depuis des lustres. Pourtant, un voisin confirme que la description de l’homme à la redingote et du séminariste correspond à celle d’Alphonse Berruyer et de son neveu, les anciens locataires, morts tous deux vingt ans plus tôt.
Le plus étrange est encore à venir, quand Jean Romier découvre son briquet sur la cheminée. Lui aussi est recouvert d’une épaisse couche de poussière.
Où: Jardin du Luxembourg 75006
Les messes noires de la Montespan
Le peintre Toulouse-Lautrec a immortalisé les pensionnaires d’un établissement qui fit la renommée de la rue des Moulins, les Belles Poules. Cette maison close était sans doute la plus renommée de Paris et les anecdotes la concernant abondent. C’est là notamment qu’en pleine période surréaliste, Drieu-la-Rochelle (le futur fasciste) emmena son meilleur ami Aragon (bientôt communiste) pour le déniaiser. Un lieu peu recommandable, mais bien fréquenté. Une journaliste qui avait pu s’y introduire pour mener l’enquête au début du XXe siècle écrivit d’ailleurs :
« Un sénateur puissant, plusieurs fois ministre, vient trois fois par semaine pour être corrigé. »
Il faut néanmoins croire que le commerce qui y avait cours ne suffisait pas à faire la réputation des lieux, puisque d'autres légendes le nimbaient d'un mystère plus grand encore. Les propriétaires des Belles Poules juraient ainsi que Madame de Montespan, favorite du Roi Soleil, s’y était livrée nue à des messes noires. Peut-être comptait-elle ainsi recouvrer les grâces du souverain qui avait répudié ses charmes, lui préférant ceux d’une jouvencelle de 17 ans, Mademoiselle de Fontanges.
Où: 6, rue des Moulins 75001
La malédiction des Templiers
Au XIVe siècle, les Templiers sont au faîte de leur puissance. Enrichi grâce aux croisades et aux dons de pieux seigneurs, cet ordre de moines soldats inquiète jusqu'au roi. Philippe Le Bel prend d'autant plus ombrage de leurs ambitions que les finances du royaume sont au plus mal. Il décide alors de faire d'une pierre deux coups en éliminant cet adversaire et en confisquant son trésor.
Sur son ordre, les Templiers sont emprisonnés, torturés et convaincus d'hérésie. Le 18 mars 1314, le grand maître de l’ordre Jacques de Molay est brûlé sur l’Ile aux Juifs (le lieu correspond aujourd'hui au square du Vert-Galant). Au moment de périr, ce dernier lance depuis le bûcher une phrase promise à une grande postérité :
« Maudits, vous serez tous maudits, jusqu'à la treizième génération de vos races. » Maurice Druon, dans sa saga des "Rois Maudits", a raconté les déboires qui advinrent par la suite aux Capétiens. Rappelons aux sceptiques que treize générations après Philippe Le Bel, on retrouve Louis XVI et l’ombre de la guillotine.
Où: square du Vert-Galant 75001
Le moine bourru
Vous qui errez dans Paris à la nuit tombée quand vient Noël, soyez prudents. Parisiens qui passez la tête par votre fenêtre aux jours de l’Avent, méfiance ! Le moine bourru est là qui rôde. Mais qui est-il? L’un des plus anciens fantômes parisiens. Au XVII siècle les bonnes et les nourrices de la capitale invoquaient déjà son nom pour épouvanter les enfants peu sages.
On prétendait aussi qu’il errait dans les rues comme une âme en peine, moine mauvais dans sa robe de bure. Il était censé proférer des insultes aux passants et tordre le cou de ceux qui mettaient leur nez à la fenêtre. On le voyait rue du Temple. D'autres fois, sur l’Ile de la Cité. Victor Hugo donna son nom à un chapitre de "Notre-Dame de Paris" et le Sganarelle de Molière l’évoque avec effroi : « Il n’y a rien de plus vrai que le moine bourru. »
Où: Rue du Temple, 75003
Cagliostro et ses soupers d’outre-tombe
Escroc flamboyant, mélange de Raspoutine et de Christophe Rocancourt, Cagliostro fit beaucoup de bruit au XVIIIe siècle et stupéfia son époque. Voyageur, séducteur impénitent, il fut un temps la coqueluche de Versailles avant d’être embastillé, expulsé de France pour mourir dix ans plus tard dans une geôle italienne.
Mais le mage est surtout resté dans les mémoires pour ses actes de sorcellerie. Cagliostro se disait immortel et prétendait avoir assisté aux Noces de Cana. Normal pour un intime du Christ. Il faisait également commerce d’un élixir d’éternelle jeunesse. On raconte encore que l’homme organisait dans un hôtel particulier situé au n°1 de la rue Saint-Claude des soupers d’outre-tombe où se pressait toute la bonne société des enfers : Voltaire, Montesquieu, Diderot, d’Alembert. De quoi refaire un nécronomicon en version encyclopédique.
Où: 1 rue Saint-Claude, 75003
L’esprit frappeur de la rue des Noyers
On dirait un conte de Dickens, ou le film "Poltergeist" revisité par Balzac.
Nous sommes en 1860, rue des Noyers, non loin de la Place Maubert. Un homme vit là tranquillement. Il s’appelle Le Sage et exerce la profession d’économe au Palais de Justice. Selon son nom et sa profession, on est tenté d’ imaginer un homme pondéré, le nez chaussé de besicles, ami du progrès et des sciences. Or le malheureux est en bute à un esprit frappeur particulièrement dérangeant. En effet, sa maison est la cible de morceaux de bûche à demi carbonisée et des bouts de charbon qu'on dirait sortis de nulle part.
Le Sage qui croit sans doute avoir la berlue fait appel à un huissier pour constater les faits. Imperturbable, ce dernier consigne effectivement la chose. Et en homme pratique, use même de la poudre noire du charbon pour sécher l’encre de son récit.
Des amateurs de spiritisme s’en mêlent et convoquent le Saint-Louis pour obtenir de plus amples informations. Quel est donc l’esprit mal embouché qui fait enrager le citoyen Le Sage ? Le bon souverain dénonce le fantôme d’un chiffonnier du quartier, un certain Jeannet. Convoqué à son tour, ce dernier avoue. De son vivant, le drôle avait un penchant pour la bouteille. On a beau être mort, on ne renonce pas forcément à faire du tapage.
Où: rue des Noyers, 75005
Allan Kardec, l’homme qui dialoguait avec les esprits
Léon Rivail, pour un magicien, ça ne fait pas rêver. Aussi, quand ce dernier se met à l'occultisme, il se choisit un pseudo plus adapté : Allan Kardec, sobriquet qui fleure bon le druidisme. C'est un peu le même genre de sentiment qui avait convaincu Claude Moine de devenir Eddy Mitchell au début des sixties.
Quoi qu’il en soit, Kardec se passionne pour cette nouvelle mode venue des Etats Unis et fait quotidiennement tourner les tables à son domicile du 8 rue des Martyrs. Et on peut dire qu’on voit défiler du beau monde à cette adresse : Socrate, Fénelon, Jean l’Evangeliste, Napoléon, que des gens biens. Kardec tire de ces rencontres la substance du "Livre des Esprits", premier des cinq ouvrages qui fondent le spiritisme.
Aujourd’hui, les tables se tiennent tranquilles rue des Martyrs. Mais des médiums du monde entier viennent encore fleurir la sépulture d’Allan Kardec qui se trouve au cimetière du Père-Lachaise. Au Brésil, le spiritisme s’est même érigé en religion et a séduit quelques six millions d’adeptes. On ignore si Léon Rivail aurait fait aussi bien.
Où: 8 rue des Martyrs, 75009
Sylvie Vartan et le fantôme de l’avenue Frochot
L’avenue Frochot est un lieu select, une ruelle privée située près de la Place Pigalle. Ont vécu là Victor Hugo, Toulouse-Lautrec, Jean Renoir ou Django Reinhardt.
Au numéro 1 se niche un curieux hôtel particulier de style néo-gothique qui a une histoire pour le moins glaçante. Le compositeur Victor Massé est le premier à s’y installer et développe bientôt une sclérose en plaque dont il meurt en 1884. Le directeur des Folies Bergères s’y installe ensuite avec son épouse et y mène une vie sans histoire avant de léguer l’hôtel à sa femme de ménage. La malheureuse y sera sauvagement assassinée à coups de tisonnier.
Suite à ce crime macabre, la maison est mise sous scellée et abandonnée pendant trente ans. Un silence qui se transforme bientôt en rumeur. Le n°1 de l’avenue Frochot serait hanté.
Arrive alors la chanteuse Sylvie Vartan qui cherche un lieu tranquille pour pouponner après sa grossesse. Ses valises ne sont pas encore défaites qu’elle décide de revendre la maison en quatrième vitesse. Les lieux seraient-ils vraiment maudits? On ne le saura jamais sans doute. Toujours est-il que le critique de théâtre Mathieu Galey, son dernier occupant, y est lui aussi mort d’une sclérose en plaque.
Architecture gothique, crime de sang, coïncidences étranges, tout est là pour entretenir encore longtemps le mythe de cette maison qui est à nouveau inoccupée.
Où: 1, Avenue Frochot, 75009
Etienne Robertson, le montreur de spectres
L’abbé Robert était un homme aux multiples talents. Dessinateur et peintre, ce belge qui s'est fait connaitre sous le nom d’Etienne Robertson était l’une de ses personnalités typiques de la fin du XVIIIe siècle, pétri de l’esprit des lumières, passionné de physique, d’optique, d’aéronautique mais très sensible aussi au spectaculaire et à l’occultisme. Il vécut à cheval sur deux siècles, à la jonction du rationnel et des superstitions qui continuaient d’irriguer l’imaginaire populaire de son temps.
Croisant son goût de la mise en scène, ses expériences d’optique et de projection et son talent pictural, il mit au point des fantasmagories qui anticipaient sur le cinéma. Son public, un rien crédule, était quant à lui convaincu d’assister à l’apparition de revenants. Robertson avait d'ailleurs un laïus taillé sur mesure pour impressionner les esprits faibles:
« Citoyens et messieurs, j’ai assuré que je ressusciterais les morts, je les ressusciterai. Ceux qui désirent l’apparition d’êtres chers dont la vie s’est terminée par la maladie ou autrement n’ont qu’à parler : j’obéirai à leur commandement. »
Vers 1798, ses fameuses séances fantasmagoriques avaient lieu au couvent des Capucines, non loin de la place Vendôme. Le public terrifié pouvait ainsi le voir convoquer Marat, Robespierre ou bien les proches qu'ils souhaitaient voir revenir parmi les vivants le temps d'une brumeuse apparition. Mais les secrets du "fantascope" s’éventeront et les épigones de Robertson se multiplieront, tuant le mystère en même temps que son monopole. Reste la tombe de l'abbé au Père Lachaise où l’on retrouve sculpté tout un bestiaire fantasmagorique à glacer le sang.
Où: emplacement de l'ancien Couvent des Capucine, Rue de la Paix 75002
Sources:
-Paris fais-nous peur, Marc Lemonier et Claudine Hourcadette, 2009
-Guide de Paris Mystérieux, 1985
Ces livres sont disponibles à l'emprunt dans certaines bibliothèques de prêt de la ville de Paris
Crédit photo : François Grunberg / Mairie de Paris


