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On a retrouvé le premier Parisien

Crédits photo : Laurent Juhel/ La Découverte
[11/10/2013]

Il n'était ni bobo ni parigot, mais chassait à l'arc et s'habillait avec des peaux de bêtes. En 2008, des archéologues ont découvert dans le 15e la mandibule du plus lointain des Parisiens. A l'occasion de l'exposition que lui consacre le Musée Carnavalet, l'archéologue Bénédicte Souffi trace le portrait de cet ancêtre chasseur-cueilleur.

 

En 2006, un sondage est effectué rue Henry-Farman dans le 15e, comme c’est de coutume avant des travaux de grandes ampleurs. Et là, surprise : des vestiges préhistoriques, des traces laissées par les derniers chasseurs-cueilleurs du Mésolithique (-10000 à -5000 avant notre ère)

En 2008, les fouilles débutent. Le site est déjà exceptionnel de par sa nature, puisque c’est la première fois qu’une halte de chasseurs-cueilleurs est mise au jour à Paris. Mais le plus beau reste à venir. Tout à la fin du chantier, les archéologues tombent sur des ossements. Mieux, des ossements humains : une mandibule et un fragment de fémur qui nous ramènent aux premiers des Parisiens.

Bénédicte Souffi

 

Rencontre avec l’archéologue de l'Inrap Bénédicte Souffi qui a mené ces fouilles.

 

 

1. A quoi ressemblait le Parisien du Mésolithique ?

 

premier parisien

 

Bénédicte Souffi : Il avait la même allure que le Parisien d’aujourd’hui. Les hommes du Mésolithique sont des sapiens sapiens comme vous et moi. D’après le nombre de carcasses consommées, on suppose qu’ils vivaient par groupes d’une vingtaine d’individus, soit deux ou trois familles nomades qui se déplaçaient ensemble.

Cela dit, au mésolithique, le climat est plus propice que pendant la période antérieure et ces migrations se font sur des territoires plus restreints. Les hommes ne sont plus soumis à un environnement aussi difficile et la population s’accroit nettement.

 

2. Et de quoi avait l'air la Place du Trocadéro il y a 10 000 ans?

 

Bénédicte Souffi : Il y a 10 000 ans débute une période de réchauffement climatique et le niveau de la mer s'élève. Avant cela, on pouvait traverser la Manche sans eurostar et à pieds secs par exemple. On voit donc les forêts se développer et se densifier, avec des ormes, des chênes, des pins, des bouleaux, des noisetiers.

 

3. Quel était le mode de transport préféré des Parisiens à l’époque ?

Montée des Eaux au Mésolithique
 

 

 

Bénédicte Souffi : Ce qu’on peut dire, c’est que les individus circulent à pied, la domestication des animaux n’étant pas encore inventée. Ce sont des déplacements saisonniers, liés à la chasse et à la cueillette. On a aussi retrouvé des pirogues creusées dans des troncs et qui servaient sans doute à faire un peu de cabotage.

Ce qu’on peut dire, c’est que les grandes migrations du paléolithique sont finies, le climat étant plus clément.

On remarque aussi que le Nord de ce qui est devenu la France est occupé par des groupes culturels qui se ressemblent. Leur outillage est très différent des groupes qui circulent alors dans les territoires méridionaux.

 

4. Niveau solde, quels étaient les must automne/hiver il y a 8 000 ans ?

Bénédicte Souffi : Là encore, les peaux ou le tressage végétal ne laissent pas de vestiges. En revanche, on a retrouvé des accessoires en os et en coquillages, des parures, des bijoux, des boutons en dents de cerf qui ressemblent un peu aux boutons de nos duffle-coats actuels.

Nous avons aussi des aiguilles en os. On sait donc que les hommes du Mésolithique pouvaient coudre des peaux, pour faire des vêtements, mais aussi des abris.

 

5. Les Parisiens du mésolithique sont-ils plutôt sushi ou steak de mammouth ?

 

Faune du mésolithique

 

Bénédicte Souffi : Pour la cueillette, on retrouve peu de traces, si ce n’est des coquilles de noisettes.

S’agissant du gibier, les chasseurs du mésolithique traquaient l’auroch (un bœuf sauvage), le cerf, le sanglier, le chevreuil, le renard, différentes espèces à fourrure. D'après les traces de foyers, on sait qu’ils cuisaient leurs aliments.

Je suppose que les conditions d’existence de l’époque impliquaient une dépense physique très importante et que la viande était un élément essentiel de leur alimentation. On a également retrouvé des empreintes de nasses qui signalent la pratique d’une pêche au filet.

 

 

6. Quand le Parisien du Mésolithique a fini ses études, vers quelle carrière s’oriente-t-il le plus volontiers ?

 

Bénédicte Souffi : Il est difficile de répondre à cette question. Au paléolithique les tailleurs de pierre étaient des spécialistes. Il fallait tailler de grosses pointes pour les sagaies à propulseur. Au mésolithique correspond le développement de l’arc, une arme plus précise et qui n’exige pas le même savoir-faire technique.  Il s’agit de faire des petites pointes de silex qui sont ensuite fixées sur les flèches avec des colles végétales, des liens végétaux, des tendons. Chacun est alors amené à fabriquer ses propres pointes.

En tout cas, les hommes du mésolithique ne disposent pas de moyens pour conserver la viande. Il faut donc chasser sans cesse. Même chose pour la cueillette. Ces hommes passent leur temps à chercher les moyens de leur subsistance.

 

7. Où en est la situation du logement pour le Parisien du mésolithique ?

Hébitat mésolithique

 

Bénédicte Souffi : Ces populations nomades occupent des sites de manière temporaire. L’habitat n’est donc pas très solide. A défaut de trouver des vestiges, on suppose que l'homme du mésolithique vivait dans des abris faits de branchages et de peaux. En tout cas, on n’a jamais retrouvé de trous destinés à recevoir des poteaux comme c’est le cas au néolithique.

 

8.  Comment s'organisait la société parisienne de l’époque ? Les endroits pour sortir, les manifs, les lieux de pouvoir?

Bénédicte Souffi : Malheureusement, nous n’avons aucun moyen de le savoir. On ne peut que reprendre certains enseignements de l’ethnologie et supposer que certains de ces hommes étaient des chefs et d’autres pas.

En l’absence d’images ou de traces écrites, nous en sommes réduits à faire parler les objets. Par exemple, je suis spécialisée dans la lecture du silex. En regardant un morceau de silex taillé, j’arrive à savoir à quel emplacement ce dernier se trouve dans la chaîne de fabrication: si c’est un éclat, un déchet, une pointe finie, etc. De même, un spécialiste de la tracéologie sait retrouver des reliquats de bois ou de viande sur un outil et en déduire sa fonction des milliers d'années plus tard.

 

9. Imaginons qu'on aille dîner chez un Parisien du mésolithique. Quel est le cadeau qui ferait le meilleur effet?

Flèche mésolithique

 

Bénédicte Souffi : Les hommes du mésolithique apprécient les parures. On a retrouvé des colliers, ou des coquillages qui devaient être cousus à leurs vêtements. A ce moment-là, les représentations artistiques changent. Au paléolithique, on trouvait des dessins de chasseurs, d’animaux. Au néolithique, la tendance est à l’abstraction, avec des motifs à quadrillage par exemple.

Le mésolithique est une période de transition. Les silex taillés, les sculptures sont de plus petite taille qu’auparavant.

 

10. En quoi ces Parisiens ressemblaient-ils le plus aux Parisiens d’aujourd’hui ?

Bénédicte Souffi : Je ne sais pas. A force de les étudier, on a parfois un sentiment de proximité. On commence à imaginer ce qu’ils ressentaient. Ils vivaient vraiment pour survivre, menaient des existences très différentes des nôtres. Ce qui ne signifie pas forcément qu’ils étaient moins heureux. Ce sont les mêmes humains que nous. Ce genre de recherches nous donne aussi à réfléchir sur le caractère provisoire de nos sociétés.

 

 

Pour en savoir plus:

L'exposition du Musée Carnavalet: "Sur les traces du Premier Parisien

À partir du 10 septembre 2013, le musée Carnavalet-Histoire de Paris accueille, dans son espace d’actualité archéologique, l’exposition-dossier « Sur les traces des premiers Parisiens » consacrée aux recherches menées rue Henry-Farman (Paris 15e), en 2008, par une équipe de préhistoriens de l’Inrap.

Le dossier multimédia "Sur les traces du premier Parisien" de L'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (Inrap).

 

 

 

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