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Macadam, le journal qui sort de la rue

crédits : Flickr cc by CouscousChocolat
[20/02/2013]

« La qualité, pas la charité ! » : C’est autour de cette idée forte qu’a été relancé Macadam, le premier titre de presse de rue. Nous sommes allés à la rencontre de Marcel, Joao Paulo ou encore Olivier, des salariés de Macadam qui bénéficient d'un dispositif expérimental permettant une insertion à la carte, progressive, en fonction des capacités de chacun. 

 

Depuis 2011, Paris a voté un programme pour l’insertion et l’emploi dont un bilan à mi-parcours sera débattu lors de la prochaine séance du conseil de Paris des 11 et 12 février 2013. Ce dispositif auquel 85 millions d’euros sont consacrés, rassemble plus de 40 actions en matière d’insertion sociale et professionnelle en direction des chômeurs parisiens et plus particulièrement des allocataires du RSA. 

Zoom sur l'association Macadam qui bénéficie du dispositif Premières Heures, dont l'objectif est de proposer une insertion à la carte, modulable selon les profils et les parcours de chacun.

 

Marcel arrive en premier. Cheveux blancs, il prévient jovial « j’adore parler ! » Salarié depuis cinq mois, il est fier d’être « le premier salarié » de toute la bande ». A 59 ans, il est aussi l'ainé du groupe. Avec son RSA et ses 10h de travail hebdomadaire chez Macadam, il touche 680€ par mois : « de quoi manger, pas plus. » Son logement à l’hôtel lui coûte 600€ chaque mois.

 

Marcel : "Macadam était de retour"

Déjà il y a 15 ans, Marcel vendait des journaux de rues. Il connait le métier et analyse volontiers ses évolutions, « dans le temps, j’étais vendeur à la criée, c’était les gens qui venaient vers nous pour acheter le journal, maintenant il faut aller vers eux et les convaincre. » Quand un jour, il a vu un homme vendre Macadam dans la rue, il s’est réjoui. « Macadam était de retour. »

Il poursuit sur l’image des journaux de rue, « les gens les voient comme un auxiliaire de mendicité, alors que c’est un outil de réinsertion. » Et sur la qualité des articles, Marcel ne tarit pas d’éloges, « ce sont des articles positifs, ils redonnent espoir autant aux vendeurs qu’aux lecteurs ».

Evoquant les raisons qui l’ont amené à la rue, Marcel est en revanche discret. Il évoque un handicap, un projet de création d’entreprise qui a échoué. Il n’en dira pas plus.

Son rêve ? Ouvrir son cyber-café. Et pour ça il a besoin de fiches de paie qui témoignent qu’il est employé à plein temps.

 

Joao Paolo : "Ce travail est nouveau pour moi"

Joao Paolo est le dernier salarié arrivé chez Macadam, il distribue les journaux depuis 2 semaines. Hésitant, il raconte qu’il a travaillé dans le bâtiment, puis comme chauffeur-livreur, « maintenant, il n’y a plus de travail », regrette-t-il. Il réussit à vendre 2 à 4 journaux en deux heures, malgré les réticences des passants à s’arrêter, qui arguent que le magazine est trop cher.

Ce quarantenaire parisien est hébergé chez une cousine qui vit dans le 15e. Il n’est pas encore tout à fait à l’aise dans son nouveau métier, « ce n’est pas un travail que je connais bien ». Il attend avec impatience les prochaines formations à la prise de parole, et les cours de théâtre dipensés par l'association Macadam.

 

 

Olivier : "Vous m'auriez vu il y a un mois, j'étais méconnaissable"

Olivier est un quadra avenant, blond aux yeux bleus. Ses cheveux sont coupés court, « vous m’auriez vu il y a un mois, j’avais les cheveux longs ». Depuis qu’il a commencé son job comme vendeur de journaux, il se sent bien, « en un mois et demi, j’ai réappris à aller vers les autres, le matin, je me dis que je sers à quelque chose. »

Hébergé en réhabilitation par Emmaüs, il témoigne posément de sa descente aux enfers : divorce, accident de travail, licenciement, expulsion de son appartement, dépression « et puis le 115, et Emmaüs ». De son passage à la rue, il garde des souvenirs amers « j’ai vu des horreurs indescriptibles au 115.»

Cet ancien diagnostiqueur immobilier, diplômé d’une maitrise en Français Langues Etrangères, un temps professeur d’anglais, décrypte son arrivée dans la rue, « A partir du moment où vous n’avez plus d’adresse postale, vous n’avez plus de courrier, et là tout va très vite. J’ai par exemple perdu mon permis de conduire parce que je ne donnais pas suite aux courriers de la préfecture qui me sommait de regagner mes points. J’ai aussi raté des courriers de la banque qui me mettait en garde contre mon interdit bancaire. »

Dans la rue, « le temps de se retourner, on perd tout ». Olivier s’est fait volé son ordinateur portable et son iPhone, qui contenaient « toute sa vie ».

 

Olivier : "Je me sens enfin utile"

Ces deux heures de travail par jour lui sont très rapidement devenues indispensable. Il souligne aussi la difficulté de se remettre à travailler, « être ponctuel par exemple, représente un effort formidable quand on a vécu à la rue sans aucun repère.»

« Là, j’ai vendu trois exemplaires en 25 minutes », fanfaronne-t-il. Sa technique, c’est de s’adresser à des gens qui ne marchent pas, « dans les queues de l’expo Dosineau ou Sempé, ça marche super bien. »

La voix douce, il s’approche d’une jeune fille et déroule son argumentaire de vente, « avec les filles, c’est plus facile, les zygomatiques se déclenchent tout seul ! ». Pourtant, garder le sourire « c'est dur, avec toutes nos emmerdes. » Entre deux ventes, Olivier prend un coup de fil, il négocie avec son interlocteur une avance de 100 euros pour aborder le mois un peu plus sereinement. 

La dernière fois, il a vu le film « La vérité si je mens », « à un moment, un personnage tente d’échapper à un contrôle fiscal et se déguise en clochard, et vend des journaux », raconte Oliver, « je sais que c’est une blague, mais ça m’a fait du mal, je me suis dis que j’étais ce type qui vend des journaux à la rue... »

Dans trois mois, il se voit quitter son logement Emmaüs, et peut-être quitter la France pour un pays anglophone où il pourrait donner des cours de français. La semaine dernière, Nathalie Kosciusko-Morizet est venue visiter le foyer Emmaüs dans lequel il vit. Elle l’a reconnu : « on était dans deux lycées voisins du 16e. Elle m’a tapé sur l’épaule et m’a demandé ce que je faisais là...»

Olivier ne veut l’aide de personne. A ses vieux copains qui lui proposent un coup de main, il répond fermement qu’il veut se refaire tout seul.

17h. Quentin, le jeune encadrant de l'équipe, retrouve les salariés et les remotive pour l’heure qui suit « souvent au bout d’une heure, je perds confiance, j’ai besoin qu’on me re donne confiance,» confie Olivier.

 

Macadam, le journal

Macadam, janvier 2012

 « La qualité, pas la charité ! » C’est autour de cette idée forte qu’a été relancé Macadam. Premier titre de rue, lancé en mai 1993, Macadam avait disparu lorsqu’un groupe de vendeurs colporteurs lyonnais décide de redonner vie au journal. C’était à la veille des fêtes en 2006. Ils décident alors de mettre en place un atelier d’expression, de prendre part à la relance du journal, autour d’un journaliste lyonnais et de quelques bonnes volontés professionnelles de l’information.

  • Un réseau de professionnels bénévoles

Tous bénévolement. En 2009, le journal devient un vrai magazine couleur. Journalistes, photographes, dessinateurs professionnels offrent de leur temps, chaque mois pour la sortie du titre. Des partenariats associatifs et éditoriaux sont noués. 

Macadam est affilié à la Fédération internationale de la presse de rue reconnaissant le sérieux de son contenu et de son projet auprès des vendeurs. Macadam en est son seul représentant en France. La Fédération (International Network of Street Papers), dont le siège est situé en Écosse, regroupe 120 journaux de rue, répartis dans 40 pays, aidant quelque 250 000 sans-abri.Ils sensibilisent pas moins de 10 millions de lecteurs chaque année.

  • Briser l'isolement social

Le concept demeure jusqu’à ce jour l’un des modèles les plus remarquables pour briser l’isolement social des plus vulnérables et redonner travail, espoir et dignité aux personnes démunies. Les journaux de rue constituent un formidable outil de communication pour sensibiliser les populations urbaines aux affres de la pauvreté.

 

Les personnes en difficulté et rejetées par la société retrouvent, par leur position de vendeur colporteur, une place en société. L’être invisible ou que l’on évite dans la rue devient tout à coup cette personne avec laquelle nous pouvons avoir une relation humaine égalitaire. Les lecteurs contribuent, par leur chaleur humaine, à réconforter et aider les vendeurs. Leur geste, leurs paroles ont plus d’effet que nombre de thérapies. C’est là que réside avant tout le bienfait de la presse de rue.

- Vous souhaitez devenir vendeurs Macadam ? Contactez l'association au 07 62 82 31 12 ou sur recrut@macadamjournal.com

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- Retrouvez toutes les infos sur Macadam, sur leur site Internet.

Premières heures, l'insertion à la carte

Le Département de Paris a mis en place un dispositif expérimental permettant à des personnes en situation d'exclusion une insertion à la carte, progressive, en fonction des capacités de chacun. Premières Heures permet la transition jusqu’à l’intégration dans une structure d’insertion ou dans un emploi pérenne. Cette expérimentation a été réalisée en 2011 et 2012 à destination de près de 100 personnes. Elle a été rendu possible par le partenariat réalisé avec 6 associations volontaire, dont Macadam, et aussi Atoll 75, Emmaüs Défi, la régie de quartier Paris-Centre, Mains Libres et SOS Alternatives et Insertion.

Malgré  l'efficacité des structures d'insertion, ces dispositifs s’avèrent parfois trop rigide pour certains - car ils imposent au moins 26 heures de travail hebdomadaire. Or pour l’insertion des publics en situation de très grande exclusion, c’est déjà trop. Le dispositif Premières Heures propose de moduler cette charge de travail, et de l'adapter en fonction des publics.

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