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DISCOURS

Intervention de Bertrand Delanoë sur la politique culturelle de la Ville de Paris.

23/01/2007

Rencontre avec la presse – mardi 23 janvier 2007.


Bienvenue au 104 !
Ce lieu insolite se prête idéalement à notre rendez-vous. Car il reflète la nouvelle dynamique culturelle que nous tentons de faire vivre depuis presque six ans. C’est pourquoi je veux d’abord remercier Christophe Girard, Moïra Guilmart et Odette Christienne mais aussi Hélène Font et Régine Hatchondo, et à travers elles, tout le personnel de la Direction des Affaires Culturelles et de la Mission Cinéma. Merci à eux, pour ce qu’ils donnent, ce qu’ils construisent, au service de cette ambition.
Bien avant nous, Paris s’est identifiée à un creuset de savoir et de création, à tout ce qui  sollicite les sens. Symbole d’insoumission, de beauté et de foisonnement, c’est une alchimie singulière à laquelle il faut demeurer fidèles, en inventant, avec humilité, mais avec passion.
Ici, au 104, sous l’impulsion de Robert Cantarella et Frédéric Fisbach, la culture vivra sur un mode quasi jubilatoire. Ce qui va naître sera multiforme, dans ses seize ateliers, dans ses deux salles de diffusion. Mais le 104, c’est aussi un fragment de notre ville, avec une rue couverte, intégrée à son quartier, où se côtoient des boutiques, des théâtres, des entreprises et des cafés.
Et si c’était cela la Culture ? D’abord un art de vivre, comme un trait d’union, dans le temps, dans l’espace, et entre les êtres ?
A partir de cette idée simple, nous avons voulu entreprendre, diversifier l’offre, la rendre plus accessible et accompagner les créateurs, dès la genèse de leurs œuvres, qui donnent un sens à notre vie collective.
Souvent, dans le passé, les acteurs publics ont développé une vision cloisonnée de la culture : les grandes institutions face aux lieux alternatifs ; les jeunes créateurs face aux artistes renommés ; et les disciplines dites « nobles » face aux arts dits « mineurs ».
A l’orée du 21ème siècle, Paris devait dépasser cette dialectique un peu convenue et créer les conditions du mélange, de l’éclectisme, voire de la fusion. Au Théâtre du Rond Point, avec Jean-Michel Ribes, l’écriture théâtrale contemporaine rime avec exigence, qualité et ouverture à tous les publics. La même philosophie oriente le travail de Gérard Violette au Théâtre de la Ville, conjuguant formidablement danse contemporaine et succès populaire. Ce mot a un sens. « Populaire ».
C'est-à-dire partagé par le plus grand nombre, accessible à chacun et d’une densité qui génère le désir et l’émotion de tous, comme par une Nuit Blanche, quand Paris décide de veiller…
Oui, chaque individu, chaque identité est une terre d’accueil pour l’Art.
Ainsi, nous sommes heureux d’avoir pu contribuer à l’ouverture récente de I’International Visual Theatre, expérience magnifique conçue par Emmanuelle Laborit.
C’est la même conviction qui nous a inspiré la gratuité des expositions permanentes dans les Musées de la Ville. Pour que les jeunes notamment, s’inscrivent dans ce mouvement, il fallait leur offrir ce passeport. Seul, en famille, en amoureux, on s’y rend, dans une relation naturelle et enthousiaste à la beauté.
Notre ville aujourd’hui, c’est l’Orchestre de Paris, l’ensemble orchestral, le Châtelet, les théâtres municipaux, la Maison européenne de la photographie, qui sont les fleurons d’une identité culturelle admirée et ressentie par delà les frontières.
 
Mais c’est également la Philharmonie, futur grand Auditorium de la Villette, où la musique s’exprimera enfin de toutes ses forces, dans toutes ses formes, au cœur d’une œuvre architecturale que je souhaite impressionnante. L’Architecture est un élément de la création, telle que nous l’encourageons à Paris. Docks en Seine viendra bientôt le confirmer, sous la conduite de Dominique Jakob et Brandon Mac Farlane, au cœur d’une année 2007 qui révèlera aussi le choix des jurys sur les Halles et sur l’Auditorium.
Déjà, voyez ces œuvres qui rythment le parcours du tramway des Maréchaux, invitant le citadin à une rencontre inédite avec l’art contemporain. Mais Paris, ce sont aussi les arts de la rue prochainement à Masséna, le hip-hop ou le cirque.
C’est la jeune chanson française qui, aux Trois Baudets, investira un lieu historique encore habité par les talents qu’il a révélés. C’est la Gaieté Lyrique, au passé parmi les plus prestigieux de l’histoire des théâtres parisiens.
Massacrée à la fin des années 80 par une consternante « Planète Magique », elle s’ouvrira bientôt aux musiques actuelles et aux arts numériques. Paris, c’est également le Centre Fleury Goutte d’Or qui portera le nom d’une voix, d’une silhouette immense, Barbara. Là, les pratiques amateurs prendront une autre dimension.
Et cet espace servira de passerelle entre la jeunesse et l’expérience, l’artiste en devenir et les décideurs de la profession.Car il faut toujours soutenir, accompagner, faire le pari du futur, qui naît au fond d’une petite salle ou dans la pénombre d’une scène confidentielle.
Pour éclore, un talent a besoin d’être épaulé. Déjà, le nombre d’ateliers et de résidences d’artistes s’est accru de 30% en six ans. C’est bien.
C’est même très bien. Mais nous ne devons pas nous en satisfaire.
Car ce mouvement en marche nous invite à toujours plus d’audace ! Avec ces 282 espaces nouveaux, c’est la cité entière qui se trouve irriguée et qui en redemande encore !
Ainsi, des lieux comme le « Point P », la Maison des Métallos ou l’Auditorium Saint Germain, s’ouvrent et s’ouvriront aux plus jeunes, faisant exploser des carcans devenus anachroniques.
La Culture, c’est un souffle, qui apaise, qui étonne, qui enchante et qui dérange parfois. Les totalitarismes l’exècrent, pour son impertinence. Par essence, la Culture est liberté. Une vie culturelle tonique, c’est l’expression d’une démocratie qui vibre.
A Paris, elle prend sa source à l’échelon micro-local, où se dispensent des savoirs et des initiations.
Au sein de bibliothèques rénovées et accessibles, même s’il nous reste tant à faire ; au cœur de nos conservatoires municipaux, dont les tarifs réformés sont désormais à la portée de toutes les familles.
Et puis il y a tous ces petits festivals de quartiers dont les noms éclatent comme des feux d’artifices : Riffifis aux Batignolles, Récréa 4, Onze Bouge ou le Temps des rues…
Dans ce paysage qui évolue, avec cette tonalité qui s’affirme, il y a aussi la puissance de l’héritage. Paris, son histoire, son patrimoine, qui appartiennent à l’humanité tout entière. L’amour du patrimoine est un conservatisme - le seul peut-être - que je revendique !
Préserver le témoignage du temps qui passe, c’est renforcer l’écrin d’où surgissent l’inconnu et la beauté qui signent la suite.
Milan Kundera a raison : « La culture, c’est la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de penser et de vivre ».
Notre conception du patrimoine intègre l’histoire populaire des Parisiens, quand la Commune renaît à la faveur d’une exposition remarquable ; ou quand nous intervenons aux Grand Moulins au cœur de Paris Rive Gauche, vestiges uniques de l’architecture industrielle. Cette mandature aura vu  quarante opérations majeures ainsi mises en œuvre. Parmi elles, la rénovation de la Tour Saint Sulpice, ou celle de la Tour Saint Jacques, superbes aventures, qui permettent de valoriser les métiers d’art.
Ce sont, par exemple, les tailleurs de pierre qui travaillent sous le regard souvent fasciné des jeunes Parisiens.
Les « Protections de la Ville de Paris » nous ont donné l’occasion de mobiliser les associations et les citoyens eux-mêmes, autour de cette formidable entreprise : 5000 bâtiments ou parcelles, vestiges du Moyen âge ou d’époques plus récentes, sont désormais protégés. Ce legs épouse parfois les contours d’une photo. C’est la « Parisienne de Photographie » qui met en ligne 15 000 clichés de notre cité. Willy Ronis qui séduit 500 000 visiteurs l’an dernier, à l’Hôtel de Ville. Et cette année, Doisneau, dont le regard unique restitue un Paris si proche, si vivant. Depuis, notre cité n’a cessé d’affirmer son goût pour l’image. Véritable capitale du cinéma, elle revendique cette incroyable attirance pour le septième art, accueillant 730 tournages cette année !
Nous avons donc soutenu activement les 150 salles indépendantes de la capitale. Dès l’origine, d’ailleurs, nous savions bien qu’il faudrait investir les  moyens indispensables à une dynamique n’excluant aucun territoire, aucune discipline, aucun citoyen. Cet engagement, pris en 2001, a été tenu. Dès 2005, le budget global de la Culture, hors frais de personnel, avait doublé. Pour que naissent les projets. Comme ici. Ce 104, multiculturel, qui rassemble tous les ingrédients d’une approche nouvelle à vocation internationale. Un espace où se côtoient l’enthousiasme, un certain goût  pour l’imprévu et même l’impatience ! Car il faut aimer cette ville et savoir ce qu’on lui doit. Se dire, même quand les choses traînent un peu, que demain, ici, le mouvement s’imposera.
J’imagine les voix qui répètent, les corps qui s’animent, l’urgence dans chaque esprit, et surtout le plaisir de créer.
Ces sensations là donnent envie de ne rien lâcher.
Comme pour mieux éprouver la magie de Paris…

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Triangle, Paris

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